BATI ANCIEN

Voir également la page : Vulnérabilité - les principales causes

INVENTAIRE DES TECHNIQUES DE CONFORTEMENT

Il est indispensable certes, d'approfondir notre connaissance sur les tremblements de terre pour avoir de meilleurs éléments de prévention. Bien entendu, les communautés anciennes connaissaient les tremblements de terre et les différents points sensibles sur un bâtiment. Ils réagissaient en appliquant des techniques constructives dans leur habitat, sur les édifices publics et religieux. Par exemple en réalisant un entourage d' ouverture extrêmement fort, avec des blocs bien taillés, en faisant de grands linteaux surmonté d'un arc de décharge, en établissant des voûtes qui bien calées permettaient de résister aux sollicitations horizontales bref une culture sismique existait. 
C'est la raison pour laquelle, il convient aujourd'hui de considérer le bâti ancien et les monuments historiques à la fois comme objet d'intervention, mais aussi comme sources d'information essentielles qui nous dévoilent leur histoire et surtout qui nous apprennent ce qu'il reste encore à faire pour le renforcer. Pour cela il est nécessaire d' inventorier ces techniques constructives anciennes et garder à la fois pour des raisons de respect du patrimoine mais aussi pour des raisons liées aux intentions des constructeurs, les éléments de techniques constructives les plus efficaces.
Dans le bâti ancien, la notion dite "d'anomalies" existe au cours d'un changement dans des méthodes constructives courantes ou à un changement par rapport à l'image type d'une réparation qu'on s'est faite d'un bâti courant. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ces "anomalies" n'ont rien d'anormal. Elles sont d'une part l'expression du bâti lui-même face à une sollicitation nouvelle. D'autre part, ces anomalies sont aussi la réponse d'une communauté, visant à résoudre un problème qui s'est posé à elle, qu'il soit ou non d'origine sismique. Le bâti ainsi modifié entrera naturellement dans l'usage et si la solution qu'on a trouvée se révèle être la bonne, elle sera réutilisée. L'anomalie introduite dans le bâti se transformera ainsi peu à peu, en anomalie volontaire, dans la tradition constructive comme un acte de réponse des occupants à un événement soudain. 
Voici un échantillonnage de ces techniques visibles un peu partout dans nos villages. La récupération de ces méthodes traditionnelles pourra alors être développée comme étant les mesures "parasismiques douces" applicables au bâti ancien pour la sauvegarde des villages de notre département et du patrimoine culturel de la région.

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LES CONTREFORTS

Lorsqu'un mur de façade présente un dévers, la réponse de la communauté à ce problème est presque toujours le même : la mise en place d'un contrefort. Il s'agit donc d'un élément confortant une structure existante et le plus souvent, il est ajouté sur une maçonnerie plus ancienne. Parfois, le contrefort est exécuté en même temps que la construction du bâtiment, acte volontaire et prémédité pour renforcer cette construction, le plus souvent dans les angles. Dans les régions soumises à l'aléa sismique, le contrefort accompagne fréquemment le bâti en pierre et fait partie du paysage urbain. A noter également que par sa masse, le contrefort abaisse aussi le centre de gravité d'un bâtiment.

    

L'église paroissiale (gauche), et la chapelle Notre-Dame du Peuple (droite) du village de Bézaudun
ont été consolidées par des contreforts suite au tremblement de terre de 1887.
(Photos André LAURENTI)

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Autre exemple de contrefort de façade
à la Bollène Vésubie
(Photo André LAURENTI)

LES ARCS DE CONFORTEMENT OU ARCS DE CONTRASTE 

Une ruelle, un passage étroit entre deux bâtiments, sont des éléments de rupture dans la continuité d'un linéaire de façades. Des arcs maçonnés en pierre offrant une relative souplesse ( et non en béton armé qui créerait un point dur) permettent une transmission des contraintes horizontales au niveau des planchers. Les immeubles ne se comportent plus comme des éléments isolés mais comme un ensemble de blocs dynamiques. Il s'agit d'éléments omniprésents dans l'Est du département et en Ligurie.

    

Exemples d'arcs de confortement dans la localité de Diano Castello en Ligurie
( photos André LAURENTI )

 

MentonArc.jpg  ArcCons1.jpg       

Autres exemples à Menton à gauche et à Bussana Vecchia à droite
(Photos André LAURENTI)

Peille11

Détail d'une anomalie constructive à Peille, cette arche sur laquelle se trouve une terrasse
n'a certainement pas été construite pour le confort. On peut remarquer qu'elle
s'appuie sur des anciennes ouvertures. Cette construction a donc été réaliser
pour pallier à une urgence.
(Photo : André. Laurenti)

PASSAGES VOUTES 

a) - Loges ou "laùpias"

Le village de Peille révèle un nombre important de portiques barrant les rues. Selon l'historien Pierre Gauberti, ces constructions originales sont dues à deux raisons d'ordre différent. D'une part, la population augmentant sans cesse, il fallait la loger dans l'enceinte des remparts pour cause de sécurité : or, les immeubles existant dans ces murs étaient tous habités. La seule possibilité restait donc la construction de pièces supplémentaires entre deux maisons et à une hauteur déterminée afin de ne point gêner la circulation. Comme la coutume l'autorisait à Peille, chacun bâtissait selon ses besoins et à son gré, sans autorisation préalable de la cour. Ces surfaces habitables étaient appelées "loges" et dans la langue peilloise "laùpias".

Loge1  Loge2

On peut voir dans le village de Peille  de nombreuses loges
(Photos : André Laurenti)



b) - Portiques ou "pouertégous"

Toujours selon Pierre Gauberti, la deuxième cause nécessitant la construction des portiques, est imputable aux tremblements de terre qui mirent à mal un très grand nombres d'immeubles. Pour éviter le pire, les habitants de Peille furent mis en demeure de soutenir en hâte leurs maisons branlantes. A cet effet, ils eurent recours à la construction des portiques ("pouertégous" en langue peilloise), seul moyen d'enrayer d'autres catastrophes, ces derniers faisaient office de coins placés entre deux immeubles ou groupe d'immeubles, comme cela se voit encore à la rue des voûtes au quartier de l'Arma à Peille.

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Exemple de portique du village de Peille
(Photos : André Laurenti)

LES TIRANTS 

Il s'agit d'une pièce métallique, une tige ou fer plat destinée à empêcher l'écartement de murs opposés. Les tirants reliant des murs prennent appui sur des pièces métalliques de formes diverses appelées ancres ou clefs.
Après le tremblement de terre du 23 février 1887, il a été mis en place de nombreux tirants en fer, afin de rendre solidaires les murs des constructions. Un peu partout dans le département de nombreuses façades montrent ces clefs métalliques indiquant les extrémités de ces tirants.


Tirant sur une façade du village de Peillon
(photo André Laurenti)

LES OUVERTURES BOUCHEES 

Les ouvertures, portes ou fenêtres sont des éléments de vulnérabilité dans une façade. Les éléments horizontaux que sont les linteaux, sont particulièrement fragiles. Après un événement ayant créé un désordre dans de telles ouvertures, on va bien sûr réparer, mais la réparation d'un linteau n'est jamais chose aisée. Si la communauté constate que la cause de ce désordre vient d'un mauvais positionnement dans la construction (porte située près d'un angle de bâtiment) ou d'un mauvais dimensionnement, alors l'ouverture sera partiellement ou complètement bouchée.

ouverture1  PeilleA
A gauche exemple d'ouverture bouchée à la Bollène Vésubie.
La façade de la photo de droite prise dans le village de Peille,
a subi d'importants dégâts lors du séisme Ligure de 1887, on peut remarquer
que les ouvertures des niveaux supérieurs ont été réduites, il en est de
même pour le passage en dessous l'immeuble.
(Photos André LAURENTI)

LES ESCALIERS CONTREFORTS 

L'escalier assurant l'accès à l'habitation est parfois construit de manière à jouer le rôle d'élément de confortement. Une façon judicieuse d'associer la technique de renforcement au confort.    


    

Escalier de confortement au village de Peillon
(Photos André LAURENTI)

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Autre exemple place du Mont Agel à Peille
(Photo : André Laurenti)

LES ARCS DE DECHARGE

Une ouverture dans une façade constitue un point vulnérable en cas de déformation du bâtiment. C'est la raison pour laquelle on peut observer très souvent sur des constructions anciennes, des arcs en pierre taillée situé au dessus d'une ouverture (fenêtre ou porte). Cela permettait de transmettre et répartir de part et d'autre de l'ouverture, la charge constituée par le poids du mur situé à l'aplomb de celle-ci.



Arcs de décharges au village de Peillon
(photo André Laurenti)

LES LINTEAUX ET ENTOURAGES D'OUVERTURES

Les communautés anciennes connaissaient la fragilité d'une ouverture dans une construction. Aussi lorsqu'elles avaient les moyens et le matériel disponible, elles réalisaient  des entourages d' ouverture extrêmement fort, avec des blocs bien taillés, en faisant de grands linteaux . Le village de Peille fournit de magnifiques réalisations.

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Linteau de style Renaissance à gauche et cet entourage remarquable à droite réalisée
avec seulement 4 pierres (trois verticales et une en arrondi faite d'une seule pièce)
(Photos : André Laurenti)

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DES SOLUTIONS EXISTES

Il est intéressant de présenter le travail d'un promoteur de la région qui utilise dans ces réalisations, les techniques de confortement que l'on vient de découvrir. Cette initiative mérite que l'on porte une attention particulière sur la qualité de ce travail et cette magnifique réussite d'intégration dans le site qu'il en résulte.  
Cet agent immobilier niçois développe dans la région un modèle de construction plutôt original. Qualifié de "Maison du terroir" cette architecture au service de la valorisation du patrimoine et du développement durable, nécessite quelques explications.

Il s'agit en fait de constructions neuves sur lesquelles ont été mis en place une association de connaissances modernes et de technologies traditionnelles issues de la culture sismique locale.

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Réalisation au village de Magagnosc près de Grasse
(Photo : André Laurenti)

Ce projet emploie les techniques de maçonnerie typique de la Provence : construction en pierre et mortier de terre du site, enduits de chaux, planchers bois et tirants d'acier. Il constitue également une réponse en termes de respect de l'environnement car il invite à construire avec des matériaux naturels des lieux, ce qui représente une garantie d'intégration, un gain en énergie, pollutions et autres nuisances pour une très faible consommation d'énergie, pas de nuisances de chantier, et pas de déchets.
Plusieurs constructions respectant ce principe, ont été édifiées en plein cœur du village de Magagnosc près de Grasse. Elles ont été conçu en harmonie avec les bâtisses existantes du village pour la plupart plusieurs fois centenaires. L'ensemble du projet se fond naturellement dans le paysage comme un évident prolongement du village, il offre le charme des maisons d'antan, des génoises sous les toits aux pièces voûtées des rez de jardin.
Ces constructions à caractère humain sont bâties selon toutes les normes modernes de confort et de sécurité et en particulier le parasismique. Le projet fait aussi appel à tous les moyens scientifiques et techniques modernes. Ainsi, il est mené en étroite collaboration avec :
Le laboratoire C.N.R.S. Géo-matériaux de l'Ecole Nationale des Travaux Publics de l'Etat; les meilleurs spécialistes européens de résistance des structures, de qualité thermique et environnemental et de sécurité parasismique.
Ce projet, soutenu par l'Agence Nationale pour la Valorisation de la Recherche, a reçu l'agrément technique (Atex) du Centre Scientifique des Techniques du Bâtiment (C.S.T.B.), obligatoire pour autoriser une construction et la faire assurer.
Cette démarche est reconnue et soutenue par les pouvoirs publics. Des organismes spécialisés comme l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) et l'Agence Régionale pour l'Environnement (ARPE) sont les partenaires attentifs à ce projet.
Cet ambassadeur de la culture sismique locale réalise également la réhabilitation du bâti ancien et éventuellement le renforcement de celui-ci.

Cette technique de construction discrète demande à prendre de l'envergure dans notre département, elle permettrait le développement de nos villages en parfaite harmonie et sans agression dans le site.
Par ailleurs, ces méthodes douces conviendraient parfaitement pour renforcer le bâti ancien qui constitue le patrimoine culturel de notre région, le fleuron des Alpes-Maritimes.

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Orientation bibliographique

Ferrigni Ferruccio : San Lorenzello à la recherche des "anomalies qui protègent  - novembre 1990 Réseaux PACT, C.U.E.B.S de Ravello

Gauberti Pierre : auteur de trois volumes sur la commune de Peille édités le 14 juillet 1973. tome I : Peille son histoire - tome II : Peille son histoire - tome III : Peille mon village.

Laurenti André : Regard sur la sismicité historique de la commune de Peille dans les Alpes-Maritimes - Actes des VI ème Rencontres du Groupe APS (Octobre 2002)

Rideaud Alain : Etude de la vulnérabilité des bâties anciens et contribution à l'analyse des cultures sismiques locales : l'apport de l'architecte - année 1997.

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