LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887
DIANO MARINA (province d'Imperia):
Les effets : La première secousse fit disloquer d'un
trait dans un horrible
fracas et au milieu d'une poussière dense, un bon nombre de
maisons situées presque toutes dans la partie moyenne et
occidentale du pays,
et le long de la mer.
Beaucoup d'habitants, qui en cette heure de la matinée étaient encore sous les couvertures, restèrent ensevelis sous les décombres les uns sont morts, les autres en piteux état mais encore vivants ; certains furent atteints par des chutes de gravats. Quelques habitants des maisons restées sur pieds, qui voulurent endosser leur vêtements et apporter quelque objet précieux en lieux sur, furent renversées par les murs, les escaliers et des greniers écroulés lors de la deuxième secousse. Pendant que les plus courageux des survivants allaient tirer hors des décombres les malheureux enterrés vivants qui imploraient de l'aide, survint la troisième secousse, laquelle, provoqua de nouvelles ruines. Elle augmenta encore le nombre de victimes et éveilla la terreur chez les survivants paralysant pour quelque temps toute tentative de sauvetage. En effet, l'évacuation des décombres ne fut entrepris que le lendemain, lorsque militaires et ouvriers vinrent au secours de la malheureuse ville. Dans toutes les maisons de Diano, à l'exception de deux ou trois, les murs maître restèrent sur pieds, mais les greniers des niveaux supérieurs se détachèrent et tombèrent sur les planchers inférieurs et transformèrent l'intérieur des maisons en un tas de gravats. Bien souvent on voit l'escalier délabré; presque toujours on trouve le toit d'ardoise disloqué, et très souvent défoncé. Les maisons restées sur pieds présentent presque toutes des lézardes verticales sur et sous les lignes qui limitent les ouvertures des portes et les fenêtres. Là
où il y a deux ou plusieurs fenêtres superposées,
les fissures passent de l'une à l'autre. Ces fissures sont
toujours plus prononcées en correspondance avec les angles
et les planchers supérieurs. D'une manière
générale, les façades de direction Nord-Sud furent
beaucoup plus endommagées que celles disposées
normalement. Dans peu de cas les murs tombèrent vers
l'extérieur, lorsque ce fut le cas ceux-ci se
renversèrent vers la mer. Les vieilles bâtisses subirent
de gros dégâts mais aussi les maisons nouvelles de
villégiature et les palais fabriqués selon les
règles de l'art.
La presse française précise que les étages supérieurs de presque toutes les maisons se sont écroulés ou menacent ruine. La gare de chemin de fer est à moitié détruite (5). Dans un café voisin de l’église de Diano-Marina, on dansait encore le Mardi Gras. Le bal s’était prolongé tardivement jusqu’au lever du jour, lorsque soudain une forte secousse suivie immédiatement d’un déluge de gravats, enseveli danseurs et orchestre. Un séisme d’une rare violence venait en quelques secondes de mettre à terre un tiers de la petite ville. Les maisons qui restaient encore debout n’étaient plus habitables, l’antique église dont la ville était fière, fut détruite. Les survivants installèrent des campements autour de la station ruinée elle aussi. L’autorité militaire envoya immédiatement trois compagnies du 13ème et 14ème régiments, deux cents hommes du génie venus de Piacenza. Des tentes, des baraquements furent rapidement dressés. Six cents ouvriers de la Galleria dei Giovi, un tunnel en construction pour la ligne Genova-Busalla, travaillent au déblaiement. Des petits rails ont été apportés et installés à travers les rues afin d’amener dans de petits wagonnets, les matériaux provenant du déblaiement à la mer. Dans
les maisons, divers objets défient les lois de
l'équilibre. Au quatrième étage, une chaise est
suspendue à une poutre; à côté une commode
est inclinée sur trente degrés environ. A
l'intérieur d'un bâtiment voisin, on aperçoit de la
rue, dans un placard vitré, une pile d'assiettes et une
soupière intactes, des cadres, des portraits et mille objets
mobiliers dans le plus étrange désordre (1).
La plupart des victimes sont des jeunes de 18 à 30 ans. En effet, la population suivant la coutume traditionnelle était regroupée à l'église pour y prendre les cendres. Les jeunes filles et les jeunes garçons fatigués du bal, restèrent au lit. Lors du séisme, ce fut comme un immense craquement et Diano Marina s'écroula enveloppé dans un nuage de poussière (1). Parmi les morts se trouvent la famille Durante, une des plus estimées de Diano et le prétore Rossi à peine âgé de trente-deux ans, jeune homme d'avenir fils de M. Rossi substitut du procureur général à Genova (1).
Diano
Marina depuis l'actuel Corso Garibaldi, le clocher de l'église sert de repère.
On a gagné sur la mer et on peut remarquer que les constructions ne sont pas
très élevées.
Le Corso Garibaldi, certains bâtiments ont été baissés d'un niveau comme c'est le cas pour celui situé à coté de l'église. A gauche (collection Didier Moullin) à droite (photo A. Laurenti) Vendredi,
deux jours après la catastrophe, les sauveteurs délivrent
d'une sorte de niche formée par un morceau de plancher et deux
poutres, un vieillard qui se tenait depuis trois jours, dans ce tombeau
exigu, accroupi les mains sous ses genoux. Samedi lors d'une
excavation, on retire vivants et bien portants, deux femmes dont une
âgée de 70 ans et un petit enfant. A quelques
mètres d'une équipe d'ouvriers, un bras apparaît,
puis une petite tête et enfin surgit des décombres, un
petit enfant de huit ans. Il s'est creusé un chemin à
travers les ruines (1).
Le tremblement de terre a débuté par trois secousses verticales, puis par de violentes secousses ondulatoires qui ont duré au moins 30’’, vers la fin les vibrations du sol n’avaient aucune direction déterminée et les trépidations augmentaient de violence. Cette secousse renversa les maisons (2). Le bilan dans la localité de Diano-Marina fut très lourd en perte humaine. Cette bourgade composée à l’époque de 2 246 habitants, perdit plus de 8% de sa population avec 190 morts et 102 blessés (3). 15 jours après le séisme les travaux de démolition ont déjà commencé. On procède au rasement avec des cartouches de dynamite. Tous les débris provenant de cette démolition sont jetés sur les quais le long de la mer (6). ![]() Plan de la ville au moment du séisme, l'agglomération était concentrée sur le front de mer (Schéma : André Laurenti) Diano aujourd'hui La
reconstruction de la cité a été confié
à un architecte. Celui-ci a profité de l'occasion pour
élargir les artères existantes du coeur historique tout
en conservant quelques rares édifices. La hauteur des nouveaux
bâtiments n'est pas très élevée, certaines
constructions ont d'ailleurs été abaissées d'un
niveau.
Avant le tremblement de terre Diano Marina était une bourgade maritime typique, avec un habitat composé de maisons hautes de 12 à 15 mètres et des ruelles étroites. Elle s'est développée sur une étroite bande littorale et traversée d'est en ouest par deux rues principales. Tout d'abord sur le bord de mer, l'antique Via Aurélia qui porte aujourd'hui le nom de Corso Garibaldi, et la via Regina Margherita actuellement via Nizza et via Genova. Au delà s'étendaient des propriétés basées sur la production horticole. A l'est la petite ville était délimitée par le torrent San Pietro. Les principaux monuments étaient l'église paroissiale reconstruite en 1862 sur l'aire de la précédente, la place Ardoino à l'angle de la via Cavour et de la via Genova et enfin l'oratoire de l'Annunziata près du torrent San Pietro. Le travail de reconstruction après le séisme fut réclamé; quelques mois après l'architecte Giacomo Pisani originaire de Valloria (vallée de Prino), formé à Turin et qui exerçait son activité à San Remo, était désigné pour établir un plan de la cité. En rédigeant son projet il devait tenir compte de la présence de l'hôtel de ville, de l'église paroissiale et de la station ferroviaire, parce qu'il traçait les nouvelles voies de liaisons enquête d'un monde meilleur. Il dessina le Corso Roma qui s'étend de la rue Matteotti et la rue Colombo en passant au droit de l'hôtel de ville, tandis que s'ouvrirent perpendiculairement à la mer la rue Cairoli, la rue Genala entre le Palais Ardoino et l'église, la rue Milano et la rue Canepa. ![]() Plan de la ville actuelle et son expansion De nos jours, cette station balnéaire s'est étendue à l'ouest, à l'est et au nord avec la construction d'immeubles. La promenade du bord de mer est aujourd'hui très fréquentée. Comme on a pu le voir, le Corso Garibaldi est directement liée au tremblement de terre du 23 février 1887 A cet endroit, il n’y avait qu’une large plage, parcourue par une voie carrossable aménagée plus tard dans la première moitié du XIXe siècle. Le nouveau parcours, légèrement rehaussé par rapport à la voie Aurelia, fut réalisé avec des matériaux résultant du déblaiement des décombres de la ville détruite. On procéda donc à une reconstruction homogène de la nouvelle ville, qui comprend également une promenade moderne, en mesure d’assimiler Diano Marina aux centres résidentiels saisonniers de la Riviera. Très vite la ville devint un pôle d'attraction touristique avec la construction du grand hôtel Paradiso vers 1892 (4). Remarque : Les localités de Diano Calderina, Diano Serreta, Diano Gorleri et Diano Muratori dépendent de Diano Marina. Classification utilisée dans l'échelle EMS 98. Entre le récit et les photos on peut constater que les dégâts correspondent à des effondrements de toitures et de planchers à l'intérieur des maisons, soit des dégâts structuraux très importants de degré 4 et en grand nombre. On remarque quelques effondrements d'édifices sur des bâtiments isolés ou bien situés en extrémité d'un alignement de façades, malgré tout en tenant compte que la plupart des constructions sont inhabitables, il est proposé une intensité IX. ---------------------------------------------------
Source documentaire
- 05 L'Eclaireur du Littoral : Extrait du journal du 25 février 1887 (Arch. Dép. Des A. M.) |
