a z u r s e i s m e

LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887

EN LIGURIE

La Mortola :
 Il y a eu des fissures sur les maisons moins robustes. Même sur la villa Hanbury (le palais des orangers) une construction pourtant solide se produisit des fissures.. Le long de la Mortola, les fermes Cae et Zanoni subirent de grâves dommages quelques uns de leurs habitants ont été blessés.

A Ventimiglia :
Un grand nombre de maisons et de murs furent brisés dans la cité nouvelle qui repose sur les alluvions récents de la Roya. Il est à noter qu'au bas de la voie Aprosio, une maison récente à l'époque et de belle apparence a eu la façade Nord-nord-ouest toute lézardée, alors que les murs perpendiculaires ne furent que légèrement fissurés.
Dans la partie supérieure de cette construction se trouvait un gymnase, il fut entièrement délabré.
Dans l'église de San Francesco, le pliage de clés des tirants montra  la force de traction considérable exercée, si les tirants avaient cédé tout l'édifice se serait effondré.

Camporosso :
Quelques dégâts dans ce village où un de ses habitants fut blessé.

Apricale :
Quelques maisons furent endommagées et sept personnes ont été blessées.

Pigna :
Village ancien dont les maisons sont empilées sur le flanc d'une colline. Il y eu quelques dégâts sur les édifices moins résistants mais pas de victime.

Castelvittorio :
Ce village est situé sur le sommet d'une colline au dessus de Pigna. Le tremblement de terre provoqua la mort de cinq personnes et fit de nombreux blessés. La voûte de l'église paroissiale s'est effondrée et trois autres édifices furent entièrement ruinés.

VALLECROSIA (Province de San Remo) :
Situé à l'est de la vallée de la Nervia, ce village a été en partie détruit. De nombreux fidèles furent ensevelis dans les ruines de l'église paroissiale. On retira des décombres deux morts et cinq blessés.

San Biagio della Cima :
Quelques maisons furent endommagées.

BORDIGHERA (Province de San Remo) :
La ville a énormément souffert, toutes les maisons ont été ébranlées, mais par hasard on ne déplora aucune victime.

Ospedaletti :
Le tremblement de terre n'a presque pas laissé de trace.

Seborga : Les dégâts sont mineurs.

Coldirodi :
Il y a  eu 2 morts et quelques blessés. Entre les 349 maisons de ce village, 97 doivent être démolis et 196 demandent d'importantes réparations. Les habitants purent fuir le danger à l'exception de deux personnes.

SAN REMO :
Le maire de la ville, M. Asquacioli, télégraphia que le tremblement de terre avait causé des dégâts purement matériels, aucune victime n'était à déplorer.
Toutefois, le clocher de l'église des Anges s'est abattu sur la voûte. Pas très loin de là, le plafond de la caserne proche du monastère, s'est effondré. Un caporal et trois soldats ont été blessés.
Beaucoup d'étrangers quittèrent la ville pour la France, et les habitants campèrent dans les jardins.
Beaucoup de fabriques de la vieille ville ont été endommagées à cause de leur vétusté mais aussi parce qu'elles étaient construites sur les pentes raides d'une colline.
On raconta que les maisons rendues inhabitables étaient au nombre d'une centaine, mais d'après Arturo ISSEL ceci a été exagéré. Il signale avoir vu des fissures dans les angles des édifices et dans la continuation des pièces, des portes et des fenêtres. Il fait part également de ces observations en précisant que les murs qui ont le plus souffert sont ceux situés au nord et au sud et aussi nord-ouest et sud-est. Dans le faubourg oriental il a observé sur de nombreux édifices nouveaux des fentes sur des murs maître, des parapets brisés ou décrépis, des cheminées et des balustres tombées.
Dans la petite villa Gastaldi les greniers furent endommagés. Pendant la première secousse, un des locataires a pu voir de l'intérieur une fente sur le mur sud-est s'ouvrir et ensuite se refermer.
Le sanctuaire de la Madone de la Côte, près de San Remo, porte les traces du séisme : ses deux clochers ont été fendus transversalement sous la coupole et ont été un peu déplacée vers l'est.

San Romolo :
Au sanctuaire situé au dessus de San Remo, la voûte de l'église s'effondra et le clocher fut renversé. Le couvent contigu subit de graves dommages.

CERIANA (Province de San Remo) :
Situé à 7 km au nord de San Remo ce village a subi des dégâts matériels importants. Beaucoup de maisons s'écroulèrent et d'autres furent tellement lézardées que les habitants les abandonnèrent. Une des églises a les murs lézardés, la voûte crevassée et le campanile fissuré, une autre est toute fendue. 
Ici aussi, on a évité le pire, en effet de nombreux habitants se trouvaient dehors, accompagnant un défunt à sa dernière demeure lorsque soudain, la secousse eut lieu. Sans cela toute la population aurait été ensevelie dans l'église qui s'est écroulée comme à Baiardo ou à Castellaro. On déplora au total 5 morts et 12 blessés.
La chapelle de San Rocco, le long de la route de Baiardo, a les façades est-sud-est et ouest-sud-ouest traversées par des lézardes qui se coupent à angle droit ; son clocher s'est écroulé.
Le sol de Ceriana et de Baiardo est constitué de schiste marneux de l'éocène alternant avec du calcaire. Cette roche dont l'élément argileux domine semble très altérée par les agents extérieurs.

Arma di Taggia :
Il n'y a pas eu ici de maisons écroulées, mais seulement des murs plus ou moins lézardés.

Taggia :
Placée à l'extrême limite d'un terrain d'alluvions, ce village déplore de nombreuses ruines et quelques victimes 8 morts et 5 blessés. Dans la rue Soleri s'est écroulé l' intérieur de vieilles maisons. Toutes les autres habitations sont plus ou moins endommagées.

Badalucco :
En amont de Taggia en remontant la vallée de l'Argentina, se trouve le gros bourg de Badalucco qui est fondé sur de la roche vive. Les dommages se limitèrent à de nombreuses maisons crevassées ou fissurées. Quelques unes durent être temporairement abandonnées.

Montalto :
Dans ce village situé en amont de Badalucco, un homme fut tué et six personnes furent blessées par les chutes de matériaux.

Triora :
La partie alpestre a également souffert, la commune de Triora implantée sur différentes hauteurs des flancs d'une colline,  eut 74 maisons écroulées et environ 90 furent inhabitables. Il y eut 2 morts et six blessés.

CASTELLARO (Province de San Remo) :
Le désastre est grand, peu de maison reste debout. Sur ce petit village de 848 âmes, plus de 4% de la population a été décimée en enregistrant 38 morts et 65 blessés. Là encore la plupart des victimes ont été tuées par l'effondrement de la voûte de l'église.
Les habitants campèrent un peu partout dans les campagnes. Des charrettes de planches furent acheminées pour construire des baraquements.

POMPIANA :
Plus d'une vingtaine de maisons se sont écroulées et l'église a été sérieusement endommagée. On compte cinq morts écrasés sous les décombres et sept blessés plus ou moins graves.

San Stefano :
Les dommages ne furent pas très graves.

Cipressa :
Il a été signalé pour ce village peu éloigné du littoral et situé sur le versant est d'une colline, des maisons endommagées et ruinées.

Lingueglietta :
Maisons endommagées et ruinées.

Civezza :
Maisons endommagées et ruinées.

ONEGLIA :
De nombreuses maisons se sont écroulées parmi lesquelles le bureau du télégraphe et le collège royal. Partout on peut voir des toits effondrés, des pans de mur branlants, troués de baies lumineuses, les vitres et les persiennes ouvertes, battent au gré du vent, les rideaux flottent hors des habitations abandonnées et de temps à autre quelques blocs de maçonnerie se détachent et tombent avec fracas dans un effritement de plâtras et de poussière.
La via Maria Curtina est déserte et gardée par des sentinelles du 13ème de ligne. Ca et là, des matelas et des campements sont installés un peu partout en attendant que les ouvriers finissent de construire des abris en planches.
Au bout du sixième jour, deux ingénieurs venus spécialement de Milan pour vérifier et constater les dégâts, se trouvaient dans une maison fort endommagée lorsque soudain, une énorme poutre se détacha du mur et vint écraser un de ces malheureux. Le séisme fit au total 20 morts et 22 blessés.
De tristes anecdotes sont nombreuses, toutes également désolantes et racontées par les survivants avec des sanglots de désespoir.
La maison Agnési s'est effondrée ensevelissant un professeur M. Morro. La jeune maîtresse de maison âgée de vingt ans qui venait de rentrer du bal, a été tuée dans son premier sommeil. En s'écroulant, le bâtiment est tombé sur la caserne contiguë où huit soldats qui se trouvaient à l'infirmerie ont été atteints, tuant l'un d'entre eux. 
Par ailleurs, un père de famille en poste à l'église San Giovanni, se leva à 5 h mais l'église était encore fermée. Il retourna un moment chez lui pour revoir ses enfants qu'il avait laissés seul. C'est à ce moment que la secousse se produisit, toute la famille succomba.
Quinze jours après la catastrophe, la commission technique du génie civil déclara inhabitable 90 % des habitations alors que le génie militaire place la barre encore plus haute avec 98 %.

PORTO MAURIZIO (7 219 hab.)
Le tremblement de terre a détruit un grand nombre d'édifices dans divers quartiers, spécialement les maisons déjà en mauvais état de la vieille ville, faisant au total une victime et neuf blessés. Toutefois les proximités du port souffrirent beaucoup moins. L'ex-couvent de l'Annonciade fut gravement endommagé, celui-ci est situé en hauteur au nord de la ville. Les murs ont été fendus, défiant la verticalité, les planchers démolis et couverts de gravats. 
 Une partie de la population a reçu l'hospitalité à bord des bateaux ancrés dans le port, d'autres dans des wagons de la compagnie des chemins de fer, tandis que les agriculteurs et les pêcheurs se partagent des cabanes en planches.
Les administrations reprirent le travail dans des baraquements de fortune construits rapidement à cet effet et les offices religieux se font sur le perron de l'église. 
Les villages situés entre Sante Stefano et Porto Maurizio ainsi que ceux situés à l'intérieur vers le nord de cette ville, subirent des dégâts considérables.

Les deux localités de Porto Maurizio et Onéglia furent sous le régime du fascisme, réunies pour devenir définitivement Impéria.

Massabovi :
Toutes les maisons menaçaient ruine; la petite église avait en outre le toit défoncé et le péristyle fracassé, il suffirait d'un souffle de vent pour faire tomber le clocher dont les murs de soutien sont démolis. Selon Arturo Issel, le désastre s'explique facilement en observant que le village est bâti sur un congloméra graveleux du pliocène assez peu résistant et que les maisons sont fabriquées avec de gros galets, au lieu de pierres carrées ou de briques. Talia et Caramagnetta situés à peu de distance de Massabovi souffrirent beaucoup moins, parce que ces localités sont construites sur la roche vive.

Dolcero : 
Beaucoup de bâtiments ont été rendus inhabitables ou du moins endommagés, c'est le cas de l'hôpital.

Pietrabruna :
Deux terrassiers ont été blessés.

Valloria : 
Quatre personnes furent sorties des décombres dont un a été tué, les deux tiers des maisons subirent d'importants dégâts et menacent ruine.

Tavole :
Il y eut 7 blessés dans ce village. Plus loin on déplore deux blessés à Prelà; un à Piani; à Villatalla deux personnes perdirent la vie et quatre furent blessées; et enfin 3 blessés et un mort à Pantasina.

Vasia :
Il n'y a pas eu de victimes, mais les maisons à démolir sont nombreuses, disons que deux petites fractions devront être abandonnées entièrement. Nombreux dégâts également à Carpasio.

CERVO (954 hab. province de Porto Maurizio)
Distante de cinq kilomètres de Diano Castello, cette localité a encore moins souffert. Malgré tout, on déplore une victime et quatre blessés. On raconte qu'à quatre kilomètres, au hameau de San Piétro, la secousse n'a même pas été ressentie.

ANDORRA (Province d'Albenga) :
Toutes les constructions furent fortement fissurées alors que l'ancienne tour ronde resta intacte.
Le nombre de maisons détruites est important surtout dans le hameau de Lates. Le séisme fit au total deux morts et dix-sept blessés.

NOLI (Province de Savona) :
A Noli, le spectacle est le même qu'à Diano Marina. Cette charmante petite bourgade si fière de son castel et de ses portes, est en piteux état. Le séisme  provoqua la mort de seize personnes et fit dix-sept blessés. Tous les habitants se réfugièrent au milieu des champs. Le maire  demanda à Savone, des troupes et des provisions.

SAVONA (Province de Savona) :
Bâtie en partie sur une plage sablonneuse, Savona a vu ses édifices tellement détériorés qu'une seconde secousse lui eût fait courir les plus grands dangers.
Certains ouvriers qui travaillaient au bord de mer au moment de la catastrophe, racontèrent que le sable fumait.
Un quart des habitations furent détruites, le bureau télégraphique s'écroula. Deux maisons de quatre étages, situaient dans la rue Untoria, s'effondrèrent entraînant ses occupants sous les décombres. Plus loin, le toit de l'église de la Madone est tombé. Dans l'après-midi, une nouvelle oscillation fit s'écrouler une maison de la rue Forni.
On déplora en tout une dizaine de morts et une quinzaine de blessés.
La population fuit la ville, les gens partent camper sur les collines avoisinantes, errent ça et là. Autour des feux, ils font cuire les aliments qu'ils ont pu emporter, tandis que d'autres personnes, logent dans des wagons.
Les jours suivant virent l'arrivée du Ministre des Travaux Publics, deux mille tentes furent mis à la disposition des habitants.

VADO :
Ce bourg, distant de cinq kilomètres de Savona, quatre crevasses parallèles, d'environ 100 m de longueur chacune, dirigées du nord-ouest au sud-est se sont ouvertes dans un terrain marécageux, à 300 m de la plage. Sur quelques points, l'ouverture des crevasses serait assez large pour passer le bras. Le terrain s'est abaissé de 25 cm sur leurs bords. Une cinquième crevasse perpendiculaire aux précédentes, mesure 200 m de longueur. Les habitants affirment que, lors de l'ouverture de ces crevasses, ils virent distinctement en sortir une éruption fangeuse. Une autre crevasse se serait manifestée sur la route du col d'Altare.
Un autre phénomène curieux, s'est produit en mer. En effet le Commandant du vapeur Guadeloupe, de la société Transatlantique, voyageant de Genova à Marseille et se trouvant par 43°45' de latitude nord et 5°39' de longitude est, ressentit à 6h du matin, deux fortes secousses, comme si le navire eût touché un écueil. Le commandant fit ralentir la machine et examiner la cale.
Vers 8 h, le navire ressentit une autre secousse moins sensible. Ces secousses correspondaient parfaitement à celles qui causèrent les destructions sur le littoral.

ALBISSOLA (Province de Savona) :
Selon Stanislas Meunier, aide naturaliste au Muséum de Paris, de passage dans la région, indiqua que près d'Albissola également fort éprouvé, la voie de chemin de fer tout comme la route de terre, sont traversées de crevasses ouvertes, un pont s'est même écroulé. On voit les ruines disparaître en même temps que le sol s'élève.
Meunier précise qu'il y a une influence manifeste de la roche superficielle... Les points ruinés sont constitués par des lambeaux détritiques : poudings pliocènes, sables quaternaires, etc. Au contraire, les localités moins éprouvées sont sur la roche massive calcaire, schiste, granit. Le naturaliste conclura sur le fait qu'il s'agit là d'une observation analogue aux constatations antérieures effectuées au cours du tremblement de terre d'Andalousie en 1884.

GENOVA :
Le tremblement de terre a surpris les danseurs en plein bal masqué. Une terrible panique s'ensuivit et les rues se trouvèrent tout à coup, envahies par une foule affolée.
Plusieurs maisons s'écroulèrent et des familles se trouvèrent sans abri.
Un retrait de la mer a été observé en plusieurs points du littoral, notamment à Genova, Savona, Final Marina, Diano et Porto Maurizio. Pendant la journée du 26 février, un bateau, qui avait besoin de réparations, se préparait à entrer dans le bassin de carénage, lorsqu'il fut empêché par le retrait des eaux. Celles-ci aurait baissé de 35 cm tout comme à Savona.

 

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