
LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887
VALLEE DE L'ESTERON
Bonson :
Ce fut la consternation dans cette commune où lors de la première
secousse, vers six heures du matin, le quartier entier de la Tour, comprenant
quatorze maisons, s'écroula subitement.
La plupart des habitants furent retirés de dessous les gravats sains et saufs,
les autres eurent le temps de se sauver par les fenêtres. Malgré tout, on ne
déplora aucune victime. Les autres habitations du village ressentirent
fortement la commotion, et toutes furent plus ou moins lézardées et
crevassées, certaines même menacèrent ruine.
Les jours suivants, les villageois vécurent dans la crainte et l'angoisse que
de nouvelles secousses entraînent la destruction complète du village.

Village de Bonson surplombant la vallée du Var
(Photo André Laurenti)
Gilette :
A part quelques maisons lézardées qui ont légèrement souffert, on
peut dire en général que les dégâts ont été insignifiants. Cependant la mairie
et l'église subirent des dommages, les plafonds menacèrent ruine.
Dans les environs, des maisons de campagne se sont effondrées ou bien ont été
fortement
ébranlées. Des arbres et des murs de clôture furent renversés par de
éboulements.

Village de Gilette surplombant la vallée de l'Esteron
(Photo : André Laurenti)
Revest-les-Roches :
A six heures, une première secousse très violente fit trembler les
habitations jusque dans leurs fondements.
Il n'y eut aucune victime à déplorer mais les dégâts matériels furent assez
importants.
Dans le village, trois propriétaires durent déménager et aller demander
l'hospitalité à leurs voisins, leurs maisons ayant été presque entièrement
détruites. On déplora en tout et pour tout, une maison détruite, une autre menaçant ruine et
enfin cinq partiellement détruites.
Dans les campagnes neuf granges et habitations furent également détruites de
fond en comble. Dans les environs proches des éboulements se produisirent. En effet des rochers se
séparèrent de la montagne au-dessus du Chandan et roulèrent dans la vallée
déracinant sur leur passage, des oliviers.

Village de Revest les Roches
(Photo : André Laurenti)
Tourette du Château :
Quatre secousses réveillèrent en sursaut les habitants de la
localité. Les dégâts se résumèrent à l'effondrement du toit d'un grenier
à foin, à des brèches dans les murs des maisons et à quelques pans de murs
tombés dans les rues.
Comme en bien d'autres lieux, l'eau de la fontaine coula terreuse pendant une bonne
partie de la journée.

Village de Tourette du Château
(Photo : André Laurenti)
Toudon :
Le séisme a été fortement ressenti dans cette localité, et a
causé d'importants dégâts. La presse rapporte que de nombreuses constructions
situées dans les quartiers environnants, se sont littéralement effondrées.
Quant au village, il a été sérieusement atteint sans malgré tout faire de
victime.
Pour mieux connaître la situation rencontrée à Toudon, un rapport de visite
destiné à prescrire aux propriétaires, les travaux d'urgence qui s'imposent,
fut établi par l'agent voyer M. Rancurel Vincent en présence de l'adjoint au
maire M. Brun Victor et de deux conseillers municipaux : MM. Brun Jean et
Belleudi Antoine.
Ce document est important, car il permet
de mettre en évidence sur une carte, les parcelles affectées.
Ainsi : les maisons n° 496 - 497 - 498 et 500, référencées selon le cadastre
de l'époque, situées sur le bord sud du passage qui donne accès au
cimetière, se sont effondrées. Il a été demandé aux propriétaires de
démolir les pans de murs encore debout et de déblayer les matériaux qui
encombrent le passage.
Au sud-ouest du village, sur le bord droit du chemin rural du Rayet deux maisons
référencées n° 669 et 670 ont eu le côté nord-ouest effondré. Les
propriétaires devront démolir les pans de murs qui menacent de tomber sur le
chemin.
Au n°2 du chemin vicinal de la Cerise, dans la traverse de Toudon,
correspondant au n°449 sur le cadastre, le mur sud surplombant la voie
publique, s'est complètement lézardé. Il a été préconisé l'étaiement de
ce mur et l'étançonnement de l'intérieur de la maison.
Au n° 468 situé vis à vis de la façade principale de l'église, l'angle
sud-est menaçe de s'écrouler sur les constructions inférieures. La partie
supérieure de l'angle sud-ouest du n° 545, menace de s'écrouler sur l'entrée
du passage voûtée située dans la zone basse du village. Dans l'église
paroissiale n° 492, la nef a été lézardée de haut en bas et la façade
principale s'est désemparée de la voûte. Il conviendra de consolider le
bâtiment par des tirants et des ancres de fer et d'édifier des contreforts.
Le mur sud du presbytère n° 464, en surplomb a été lézardé. Il devra être
reconstruit partiellement et consolidé au moyen de tirants et d'ancres de fer.
La toiture sera à refaire.
Le bâtiment qui fait office de Mairie, mais aussi de maison d'école et de
logement des instituteurs (n°470) a subit d'importants dégâts. L'appartement
situé au 3ème est devenu inhabitable. La partie ouest du mur de fac
correspondant aux trois étages, est lézardée en divers endroits et
principalement à l'angle sud-ouest.
L'angle sud-est du n°513 menace ruine, il devra être reconstruit.
Au n° 430, la partie supérieure du mur de face, coté est, correspondant aux
3ème et 4ème étages, est totalement désemparée.
Les n°439 à 444 - 444bis 445 446 448 et 450 tous ces numéros formaient un
pâté de maisons dont la partie sud-est en surplomb est lézardée.
Les murs en surplomb devront être démolis et les parties lézardées
consolidées au moyen de tirants et d'ancres de fer.
Les murs du cimetière se sont disjoints et le château sur lequel il est assis,
a laissé se désagréger un volume important de rochers qui dans leur
chute, ont jeté une certaine frayeur chez les habitants.
Par ailleurs la chapelle St. Jean a énormément souffert. La voûte, la toiture
sont tombées et les murs se sont lézardés, seule la statue du saint est
restée debout et intacte au milieu des ruines.
A proximité de la chapelle, la maison de l'avocat Antoine Alzial a eu la
toiture effondrée et les murs crevassés. Celle de Mme Emeline Lazare,
composée de deux étages est toute effondrée.
Au quartier Gabarel trois maisons, l'une munie d'un étage et appartenant à M.
Chaix Jean a eu la toiture et le mur Est effondrés. L'autre de M. Brun Zacharie
comportant un seul niveau s'est littéralement effondrée; il en est de même
pour la troisième appartenant à M. Brun Lazare et composée de deux étages.
Au quartier du Clot, deux autres bâtisses d'un même propriétaire, l'une
composée d'une écurie surmontée par deux étages, l'autre comportant un seul
niveau supérieur, se sont à moitié effondrées.

Village de Toudon plusieurs fois affecté par les séismes
(Photo André Laurenti)
Pierrefeu :
Deux maisons, l'une au quartier du Clot et l'autre
située au quartier du Planet, ont eu les toitures effondrées et les quatre
murs crevassés.
Dans le village, sept maisons ont été lézardées : la mairie, la salle de
classe, le logement des instituteurs furent sérieusement lézardés
devenant inhabitable par temps de pluie.

Pierrefeu compose avec le relief
(photo André Laurenti)
Cuebris :
A 6 h 03 une forte secousse d'une durée d'environ 30 " a fortement
ébranlé le pays.
Le toit d'une petite grange de campagne et une muraille du vieux château en
ruine qui domine le village se sont écroulés. Les autres dégâts sont presque
insignifiants, les murs lézardés de quelques maisons seront vites réparés.
Par ailleurs des rochers ont roulé des montagnes environnantes.

Village de Cuébris blotti contre un rempart calcaire
(photo André Laurenti)
Roquesteron :
Le séisme a semé la terreur chez les habitants. Les secousses se sont
produites à trois reprises différentes et ont été d'une égale intensité.
La première d'une durée de quelques secondes, s'est opérée horizontalement
et a violemment agité les maisons. De nombreux rochers se détachèrent de la
montagne où est adossé le village. Presque toutes les maisons ont souffert et
sont lézardées.
La deuxième secousse a été de plus courte durée mais plus forte que la
première. Par contre, la troisième a été moins intense. Dans la journée
d'autres secousses se sont produites verticalement.
les habitants épouvantés se sont précipités hors de leurs demeures et sont
allées, à peine vêtus, chercher refuge loin des maisons.
Dans le village des quantités de cheminées furent renversées. L'église et le
bâtiment communal où se trouve la mairie, la salle d'école et le logement du
couple d'instituteurs ont particulièrement souffert.

Roquesteron est divisé en deux communes : Roquesteron de Puget à droite et
Roquesteron de Grasse à gauche.
Autrefois la rivière Estéron faisait office de frontière entre le
Comté de Nice et la France.
(photos André Laurenti)
Ascros :
Les dégâts furent dans l'ensemble peu nombreux. Toutefois, la maison
d'habitation appartenant à M. Alziari Benoît, a été fortement endommagée.
En effet, la façade donnant vers le midi ainsi que la toiture, sont tombées. Il
ne resta que l'écurie servant de gîte.
Par ailleurs trois granges, composées d'une écurie et d'un grenier à
fourrage, se sont complètement écroulées.
Rourebel :
A la première secousse, le sol s'abaissa de 75 cm et repris sa forme initiale,
à la cinquième. Plusieurs maisons se lézardèrent et l'eau de la fontaine
coula trouble pendant 24 h. La terre est crevassée. Des blocs énormes
détachés de la montagne, obstruèrent le chemin vicinal de Rourebel à St.
Antonin.
Saint-Antonin :
Le tremblement de terre a jeté l'effroi dans cette commune. Le vieux
presbytère s'est fendu à deux endroits, de sorte qu'il y a danger à
l'habiter. Une maison vis à vis du presbytère, s'est écroulée avec un grand
fracas, personne ne se trouvait dedans. On raconte que la mère du curé est
presque folle de terreur.
Plusieurs cheminées sont tombées, l'église est toute crevassée et le clocher
menace de tomber. Dans les environs les accidents sont nombreux et sérieux.
Sigale :
Beaucoup de maisons furent endommagées et plusieurs détruites.
Celle appartenant à M. Bertolini Vincent, inspecteur des douanes italiennes en
retraite, située au quartier St. Sébastien, a eu la toiture et le premier
étage d'effondrés, elle est devenue inhabitable.
Une seconde située au Pont de Sigale, composée de deux écuries, d'un étage
d'habitation et d'un grenier à foin, est également effondrée.

Village de Sigale
(photo André Laurenti)
La Penne :
Les maisons du village sont presque toutes crevassées, on ne
déplore aucune victime.
Deux habitations appartenant au Marquis de la Penne, Consul d'Italie en
Angleterre et à M. Alziari Charles, ont été fortement endommagées. La
propriété du Marquis est fissurée à l'intérieur et des lézardes sont
apparues sur les façades est et ouest. Les poutres sont sorties de leur pivot
et la toiture s'est effondrée sur six mètres carré. Celle d'Alziari a été
éprouvée dans son ensemble et la toiture s'est écroulée.
Par ailleurs une maison au quartier Champ Baudoin et une au quartier Arrine se
sont écroulées.

Village de la Penne.
(photo André Laurenti)
Saint-Pierre (Alpes de Haute
Provence) :
Dans cette localité c'est la consternation, la femme de l'aubergiste a été
écrasée par les gravats qui lui sont tombés dessus. Etant couchée dans son
lit, sa fille de trois ans, qui dormait avec elle, a été sauvée. On l'a
retrouvé sous son lit.
Aiglun :
Dans cette localité, le séisme a été accompagné d'un bruit sourd. Dans un
intervalle de trois secondes, deux fortes secousses d'une durée de quelques
secondes ont ébranlé les maisons et fait vaciller les meubles.
Sallagriffon :
Toutes les cheminées du village ont été renversées et beaucoup de toits se
sont écroulés.
La Rochette (Alpes de Haute
Provence) :
Deux maisons se sont écroulées et deux hommes ont été grièvement blessés.
Gars :
Trois secousses furent ressenties avec un mouvement d'ouest-est. La première
dura au moins trente à quarante secondes et l'ébranlement fut si violent que
tout craquait ou s'entrechoquait. Les portes s'ouvrirent, des poules furent
jetées de leur perchoir, la marche des pendules s'interrompit et dans les
maisons de campagne situées à une demi-heure du village, un four et une
cheminée s'écroulèrent. Malgré tout aucun accident ne fut déploré.
