L’événement
L’événement
Le mercredi 23 février 1887, un tremblement de terre d’intensité maximale de X provoqua d’importants dégâts et fit de nombreuses victimes principalement en Italie mais aussi quelques unes en France. Le foyer était situé en mer, probablement au large entre Diano Marina et Imperia.
Selon Arturo Issel, l’aire sismique principale, limitée au territoire sur lequel le tremblement de terre fut désastreux, c’est à dire sur lequel on peut observer la ruine totale ou presque de quelques édifices, a une figure triangulaire. L’angle le plus aiguë, serait Albissola Marine, le second, moins aiguë, serait Nizza et le troisième obtus, dans la vallée de la Tinée au dessus de Clans. Dans ce triangle, la mer, les cimes des Alpes Maritime et les Apennins seraient circonscrits. Puis, en choisissant une frontière topographique comme la vallée du Var, et son affluent la Tinée, celle-ci marquerait la limite à l’ouest . La direction serait de sud-ouest à nord-est. La longueur de cette aire, ainsi définie entre Nice et Albissola Marina, est d’environ 120 kilomètres ; sa plus grande largeur entre Clans et Nice étant de 35 kilomètres, soit une étendue de dégâts supérieure à 2 000 kilomètres carrés.
Autrement, le tremblement de terre a été plus ou moins ressenti sur une aire de 600km de diamètre, soit sur une étendue considérable d’environ 300 000 km2. La commotion a été perçue à l’ouest dans le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l’Hérault, la Lozère ; au nord-ouest dans les Hautes-Alpes, la Drôme, l’Isère, l’Ardèche, la Haute-Loire, le Puy de Dôme, la Loire, le Rhône, l’Ain ; au nord dans le Piémont, la Savoie et la Suisse ; au nord-est dans la Lombardie ; à l’Est jusqu’à Florence et au sud au-delà de la Corse.
On déplora 635 victimes sur la Riviera italienne et un total de 555 blessés. Dans les Alpes-Maritimes on dénombra huit morts répartis de la manière suivante : Castillon 2 morts et 20 blessés ; La Bollène-Vésubie 2 morts et 15 blessés : Bar-sur-Loup 2 morts et 3 blessés : Nice 2 morts et 13 blessés. Dans les Alpes de Haute-Provence le séisme fit 1 victime dans la localité de Saint-Pierre d’Entrevaux.
La première secousse destructrice se produisit à 6 h 20, suivie d’une seconde dix minutes plus tard à 6 h 30, puis d’une troisième moins violente à 6 h 40. Quant à la quatrième, très vive, elle a eu lieu à 8 h 50 et poursuivit son travail de démolition.

- Signal du séisme
- Oscillation des appareils magnétiques de l’observatoire de Greenwich par le tremblement de terre du 23 février 1887
La situation en Ligurie
Lors de ce séisme, l’état du bâti a été en fait, l’une des principales causes de destructions. En Ligurie les précédents événements de 1818 – 1831 et 1854 ont malgré tout contribué à une mise en état de vulnérabilité successive des constructions. Cette situation fut aggravée par la grande pauvreté économique qui régnait à ce moment là sur le pays. La zone de dégâts s’est concentrée sur la frange littorale et ’est propagée sur le pays montagneux qui va du col d’Altare au-dessus de Savona à Millesimo, Mondovi et aux régions limitrophes. La secousse a été forte, mais sans dommage important dans les provinces de Coni, d’Alexandrie et de Turin. Elle a été plus légère dans le plaines et dans les vallées de la province de Novare et en Lombardie, faible ailleurs en Italie.
Les effets dans les Alpes-Maritimes
Les dégâts ont été évidemment moins importants dans les Alpes-Maritimes que sur la Riviera italienne.
Les quartiers situés en bordure de cours d’eau sur des terrains alluvionnaires, ont connu d’importants dégâts à Nice et à Menton, liés probablement au phénomène de liquéfaction du sol.
A Nice, à l’intérieur d’un périmètre comprenant le quartier de St. Etienne et le sud de la Gare depuis le vallon de Magnan, jusqu’à l’avenue de la Gare (bd Jean Médecin), 18 maisons furent évacuées pour d’importantes réparations. Dans le quartier situé entre la voie ferrée, le boulevard Carabacel, l’avenue de la Gare et le Paillon, 14 habitations subirent le même sort pour les même raisons. Entre le Paillon, la route de Turin, le boulevard de Riquier et la mer, 15 immeubles connaîtront un traitement analogue. En revanche, les secousses n’ont eu que des effets secondaires dans le vieux Nice et les hauteurs de Cimiez. A Menton, le quartier Partouneaux, ceux de la gare, de Saint-Benoit, les bords du Carei et du Borrigo ont subi d’importants dommages. Certaines rues furent sillonnées de crevasses et les bordures de trottoirs séparées de la chaussée. En revanche le quartier de la Madone a été le moins affecté.
Rue Partouneaux à Menton lors du séisme et de nos jours.
(Photos collection Didier Moullin à gauche et cliché André Laurenti à droite)
Au village de Bonson qui surplombe la vallée de Var, un quartier entier dénommé la Tour et comprenant quatorze maisons, s’écroula subitement.
Situation du quartier de la "Tour" à Bonson.
(Photos : A. Laurenti)
Au Broc, le village par lui-même a peu souffert, seuls les quartiers environnants des Fougassières, des Carlons, de la Germaine et de la Clave subirent de gros dégâts. Au Clos Martel, huit maisons et un bastidon composant le quartier des Soutrans furent fortement endommagés, 16 personnes se trouvèrent sans abri.
Les mouvements de terrain
Les éboulements ont été relativement nombreux un peu partout dans le département. Un éboulement se produisit sur la route du col de Braus, entre l’Escarène et Sospel sur une distance d’environ 1 600 m. Sur la même route, au-dessus de Touët de l’Escarène la chaussée s’effondra sur 50 m dans les lacets qui mènent au col.
Entre Rourebel et Saint-Antonin, des blocs énormes obstruèrent le chemin vicinal. A Séranon des rochers se détachèrent subitement de la montagne, probablement celle du Baous Roux.
Entre les localités de Séranon et Caille, on retrouve dans le paysage, les rochers
probablement tombés lors du séisme. Quelques résidences secondaires ont été construites à cet endroit.
(Photos : A. Laurenti)
A Villefranche, un éboulement important eut lieu au Pont de l’Arma interrompant la RN7. Le chemin conduisant à la Madone Noire, fut fortement ébranlé et au-dessus du tunnel de la S.N.C.F. au lieu-dit "Malariba", une crevasse de 15 cm parcourut le mur dans la direction est-ouest.

- Villefranche-sur-Mer
- Au premier plan le lieu-dit "Malariba" De nombreuses constructions ont été édifiées au dessus de la zone sensible.
(Photo : A. Laurenti
D’autres éboulements se produisirent dans les environs de Sospel mais l’imprécision des faits ne permet pas de situer l’événement. La montagne du Barbonnet au-dessus de Sospel fut fendue sur toute sa hauteur par des fissures perpendiculaires au nord magnétique. Elles mesuraient 3 mm au col St. Jean et 1 cm aux lacets les plus hauts. A Menton, la propriété cultivée de M. Buscio, située au quartier Guglione, subit d’importants dégâts. Des gros blocs de pierre se détachèrent du haut de la colline et détruisirent une vingtaine de murs en pierre sèche, arrachant oliviers et citronniers au passage.
Tsunami
La secousse majeure a provoqué des mouvements de mer d’amplitude variable à Villefranche, Menton, Nice et Antibes, celles-ci n’ont pas dépassé un mètre. A Antibes la mer a baissé d’un mètre pour remonter presque à la hauteur du quai. A Marseille, le marégraphe n’indiqua aucune agitation de la mer mais les ondulations allant d’est en ouest, furent ressenties et de brusques trépidations s’accompagnèrent de mugissements souterrains.

