LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887

Le secteur Mentonnais

Castellar :
Presque toutes les habitations du village ont été lézardées et plus particulièrement l'école, la mairie et l'église, qui furent d'ailleurs fermées  par mesure de sécurité.
L'édifice religieux a subi lui aussi de fortes dégradations. Pour la petite histoire, on raconta que le sacristain s'était heureusement endormi dans le clocher si bien qu'il n'a pas sonné l'heure de la messe. C'est cette circonstance qui a sauvé un grand nombre de personnes qui au moment du séisme, devaient prendre les cendres.
La population, grâce aux exhortations de l'instituteur a conservé tout son sang froid. Des bivouacs ont été installés sur la place et sur les terrains voisins.
Plus tard, une personne de l'art viendra consulter les établissements publics et les maisons afin de prendre les mesures nécessaires.

Sospel :
Les communications télégraphiques s'interrompirent entre Nice et Sospel.
Un très grand nombre de maisons furent lézardées et des cheminées renversées. La grande église paroissiale a été fortement ébranlée et son clocher légèrement déplacé. Les voûtes montrèrent de nombreuses fissures.
Au cours de la nuit, beaucoup d'habitants campèrent ou se réfugièrent dans les écuries et les rez-de-chaussée.
Sur plusieurs versants des montagnes qui environnent Sospel, d'énormes blocs d'environ 10 m3 s'éboulèrent dans les vallées.
Le Ministre de la Guerre adressa à l'Académie des Sciences, un rapport sur les dégâts occasionnés dans les ouvrages militaires du fort du Barbonnet situé au col Saint-Jean au sud-ouest de Sospel.
Le bâtiment des bureaux du génie militaire a eu ses murs pignon nord et sud séparés d'un centimètre.
Dans les voûtes du fort il s'est également produit de nombreuses fissures. Une fente générale s'étend sur toute la longueur du fort dans le sens nord sud. Le magasin à poudre et celui aux agrès attenant, ont été sensiblement endommagés. La citerne affectée à la tourelle nord, présente une fente d'un centimètre en travers de la voûte supérieure. Cette citerne qui était pleine et étanche, a baissé d'un mètre quarante en vingt et une heures. Des fissures se sont aussi produites à la tourelle nord, il en est de même des escarpes et des contrescarpes.
Les officiers ont constaté que la montagne du Barbonnet a été fendue sur toute sa hauteur par des fissures qui se reproduisent dans tous les lacets de la route militaire. Ces fissures, au niveau du col Saint-Jean, n'ont pas plus de 3 millimètres, mais elles en ont 10 à l'entrée du fort.
Il est également précisé dans ce rapport que c'est à la mauvaise constitution du sol qu'il faut attribuer les accidents survenus au Barbonnet, car les autres forts, construits sur des terrains plus homogènes, n'ont subi aucune dégradation.

  

Sospel et son architecture particulière.
(Photos : André Laurenti)

Le Moulinet :
La secousse a été telle qu'en un clin d'oeil tout le monde a été sur pied, suivi d'un sauve-qui-peut général.
Tous les habitants se trouvaient pêle-mêle grelottants de froid, la plus grande partie sur la place du nouvel Hôtel de Ville, encore recouverte d'environ cinquante centimètres de neige. L'autre partie sur la place St-Roch et sur la route de Borromet.
Seule l'école, la mairie et la maison du maire ont un peu été ébranlées et fissurées.

Sainte-Agnès :
La première secousse a duré entre 25 et 30 secondes. Elle a été si forte que des maisons se trouvaient menacées. En effet, des rochers se détachèrent de l'ancien château et des maisons de campagne se sont écroulées.
D'autres rochers se sont détachés des montagnes volant dans les bas fond avec un bruit épouvantable.
Les Cabrolles, petit hameau de la commune, dans le vallon du Borrigo, a été endommagé d'une manière effroyable, toutes les maisons ont été fendues de haut en bas et plusieurs jetées à terre.


Le village de Sainte-Agnès au dessus de Menton demeure
la plus haute commune d'Europe proche du littoral.
(Photo André Laurenti)

Gorbio :
Plusieurs maisons sont lézardées dont l'école et une femme a été blessée par un éboulement.
Des habitations sont gravement endommagées, la villa de M. Joseph Rossetti ancien maire, menace de s'écrouler.



Village de Gorbio.
(Photo : André Laurenti)

Roquebrune :
Les habitants se trouvaient encore chez eux, lorsque la secousse s'est produite. Ils se précipitèrent affolés dans les escaliers. Deux furent assez gravement contusionnés et un enfant qu'une femme portait aux bras, failli être étouffé.
L'école du village a particulièrement souffert. Les murs ont été ébranlés et lézardés en tous sens, les plafonds détachés. L'instituteur et sa famille en s'enfuyant en chemise, ont reçu des matériaux qui ne leur ont occasionné aucune contusion grave.
Les gros rochers de la place des frères n'ont pas bougé, mais une légère crevasse a été constatée. Par ailleurs à Carnolès, la chapelle de Bon Voyage menace ruine.


Le vieux village de Roquebrune Cap Martin
(Photo André Laurenti)

Monaco - Monte-Carlo :
Par rapport aux autres localités, les dégâts sont dans l'ensemble minimes. On déplore toutefois des dommages à la caserne des gardes du Prince qui a été lézardée en plusieurs endroits et menace ruine. A l'intérieur, les cloisons s'écroulèrent et quelques soldats furent blessés.
L'autorité a également ordonné l'évacuation de la maison de M. Vedel, place du Palais. Ce bâtiment a été largement lézardé et menace de tomber.
Aux Palmes, la caserne des employés du chemin de fer a été évacuée, elle menasse ruine elle aussi. Diverses constructions de la Condamine et du haut Monaco ont été lézardées. L'hôtel de la Terrasse, les villas Mariette, Jeannette, Lany et la maison de Jeaume ont le plus souffert. Mais les dégâts n'atteignent pas l'importance qu"ils ont eu à Nice et à Menton.
Des crevasses ont été observées aussi sur le clocher de la chapelle de l'Annonciade.
La ville est calme mais le coup d'œil n'en est pas moins bizarre. Les tables ont été dressées sur les terrains vagues appartenant à M. Blanc, mais aussi dans le grand jardin de l'hôtel Beau-séjour et sur la place même du Casino.
Le Baron de Rothschild a préféré pour sa sécurité louer un wagon-lit des P.L.M., afin d'y passer la nuit.
Le gouvernement de Monaco a fait demander au 111ème de ligne, des tentes pour faire camper les habitants.
D'une manière plus humaine, M. Ferrari propriétaire de l'hôtel d'Angleterre, a fait construire, à ses frais, une tente spacieuse sur un terrain vague près de la mer, pour héberger les personnes épouvantées et sans asile.



La Principauté de Monaco et son rocher, à droite le quartier de Fontvieille
(Photo : André Laurenti)

La Turbie :
La presse publiera sur le ton de l'ironie, qu'une violente secousse a fait lever même les paresseux. Les uns se sauvaient en criant dans la rue, d'autres ne trouvant pas la porte couraient d'un appartement à l'autre en disant : Avez-vous entendu ? Avez-vous ressenti ? Pauvres de nous.
Autre fait anecdotique, au moment de la secousse, des personnes réveillées en sursaut ont cru avoir affaire à de voleurs; elles ont saisi leurs revolvers pour se défendre.
Comme dégâts matériels on peut signaler bon nombre de plafonds tombés en totalité ou en partie, cloisons lézardées, vases brisés, etc.
Une fille de seize ans a eu un léger trou à la tête causé par la chute d'un plafond. Au quartier de l'Agel, un enfant qui dormait dans son berceau a failli être écrasé par la chute du plafond.
Non loin de là à 8 h 50, le gardien de batterie Muller, du fort de la tête de chien, était en communication télégraphique avec son collègue de la Drette, pour rendre compte des effets des deux secousses ressenties le matin. Il manipulait debout, une chaise derrière lui. Interrompu par son correspondant, il avait abandonné le manipulateur et regardait son appareil se dérouler lorsqu'il remarqua que la transmission était interrompue par des saccades qui se produisaient dans son appareil et que le mouvement d'horlogerie grinçait fortement. Lorsqu'il reprit le manipulateur pour continuer sa dépêche, une violente secousse se fit sentir. Il vit le mur placé devant lui se lever et s'abaisser et en même temps, il ressentit une violente commotion électrique dans le bras   droit



Le Trophée d'Auguste à la Turbie
(Photo : André Laurenti)

 

Eze :
Le séisme a réveillé en sursaut la plupart des habitants. Il n'y a pas eu de grands dégâts, toutefois quelques embrasures de fenêtres sont tombées.

  
Le village d'Eze véritable nid d'aigle, surplombe la Méditerranée du haut de ses 429 m
(Photos André Laurenti)

Beaulieu :
Les secousses n'ont presque pas été ressenties ici. Les habitants de cette localité privilégiée ont été étonnés d'apprendre les nouvelles alarmantes qui leur sont parvenues de Nice et des environs.

Villefranche :
Les secousses successives ont été précédées d'un bruit semblable à celui du mistral s'engouffrant dans la rade. La mer s'est retirée très sensiblement mais n'a conservé aucune agitation.
Au pont de l'Arma, un éboulement considérable s'est produit enlevant le parapet et interrompant les communications sur la route n°7.
Par ailleurs, le chemin conduisant à la Madone Noire, a été fortement ébranlé juste au-dessus du grand mur de soutènement construit récemment au-dessus du tunnel de chemin de fer, au lieu dit "Malariba". Une crevasse de 15 cm de large parcourt une assez longue distance dans la direction est-ouest.

Saint-Jean-Cap-Ferrat :
Dans la revue "l'Astronomie", Camille Flammarion publia les impressions de Madame Amélie Pollonnais qui résidait dans une villa du Cap-Ferrat.
"Vous dire l'impression d'une pareille nuit ou plutôt d'un pareil moment est impossible. Il faisait déjà jour, la secousse m'a paru durer vingt-cinq secondes. Ce fut une sorte de trépidation de bas en haut et non d'oscillation de droite à gauche; les chambres, les lits étaient comme enlevés, portés en haut, et l'on se sentait encore suspendu alors même qu'on ne l'était plus. Trois fois cette impression nous a été transmise de 6 heures à 8 heures 45 mn. Ainsi nous avons été témoins de phénomènes véritablement extraordinaires et terrifiants. Par exemple : cette mer calme, comme endormie, alourdie mais d'une teinte bleue et jaune; puis tout à coup elle se retire, et laisse les algues, les rocs à nu sur une longueur de cent mètres; puis elle revient avec une force de soulèvement qui ne ressemble à aucune vague Ce flux et reflux spontané eurent lieu pendant l'intervalle des secousses, et nous nous demandions quel autre phénomène allait surgir. Le ciel est très beau, bleu, lumineux, le soleil est radieux, mais l'effroi et l'effarement sont sur toutes les physionomies.

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