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LES SEISMES A FOYER LOCAL

Le séisme de 1348 :

Cet événement en date du 25 juin, figure sur une liste chronologique établie par le Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM). Ce document laisse apparaître que les communes de la Bollène-Vésubie,

  
Village de la Bollène-Vésubie
(photo : A. Laurenti)

Roquebillière et Lantosque, auraient été affectées par un séisme d’une intensité estimée maximale de IX sur l’échelle MSK. Au-delà de ces localités, les effets restent inconnus.


Le séisme de 1494 :

Le 23 juin un tremblement de terre serait responsable de dégâts immobiliers à Lantosque, Roquebillière, la Bollène-Vésubie et d’une panique à Nice. L’historien Urbain Bosio complète l’information en signalant que " des maisons de fermes, à proximité des localités citées, furent écrasées par des masses énormes de pierres qui se détachèrent des flancs des montagnes ". L’historique sur l’église Saint-Véran à Utelle nous apprend qu’elle fût détruite en 1452 par un tremblement de terre et reconstruite par le prieur Claudio de Grimaldi pour être achevée en 1547.

Malgré une erreur chronologique, cette information est importante car elle permet de rajouter le village d’Utelle dans l’aire de destruction de ce séisme. Le phénomène a sans doute touché d’autres localités mais pour le moment l’histoire n’en dévoile pas plus.

    
Village de Lantosque situé dans la vallée de la Vésubie
(Photos André LAURENTI)


Le séisme de 1564 :

Le 20 juillet, une heure avant le coucher de soleil un violent tremblement de terre affecte à nouveau la vallée de la Vésubie. Ce séisme appelé séisme nissart, a fait l'objet d'une étude minutieuse entreprise par B. Cadiot (B.R.G.M.). Malgré tout, la confusion des documents rend difficile la compréhension du phénomène, en voici les raisons : "Un marchand génois de passage à Nice un mois après le séisme, transmet à son correspondant de Nuremberg une lettre illustrée par une carte. Cette lettre écrite en italien a été dans un premier temps traduite en allemand puis reproduite. De nos jours, le texte original a disparu et c'est par hasard qu'une copie de la carte a été retrouvée en Autriche. En observant cette carte, les problèmes graphiques de la localisation et l'orthographe des villages affectés font supposer une réelle méconnaissance de l'arrière pays par l'auteur.

Ainsi par recoupement B. Cadiot attribue à Repella le village de Rimplas, à Sandalingi celui de Saint-Dalmas de Valdeblore, à Roccia la Roche, à Morena avec beaucoup d'imagination la Bollène Vésubie ou peut-être Molière, Villaret plusieurs hameaux portent ce nom, quant à Rocca Marina ce dernier reste inconnu.

Nissart1564.jpg (59925 octets)

(Cliquez pour agrandir)
Carte du séisme nissart de 1564

LES EFFETS DANS LA REGION :  

Roquebillière fut particulièrement éprouvé, et compta près de 300 victimes. L'effondrement de l'église tua 22 personnes et en blessa 60. Le hameau de Gordolon fut détruit de fond en comble. A la Roche, presque totalement anéanti, 50 personnes trouvèrent la mort. Complètement ruiné, on dénombra 250 morts à la Bollène-Vésubie et 14 blessés. A Saint-Jacques de Valdeblore, qui n'existe plus de nos jours, connut une destruction générale, un peu plus haut, à Saint-Dalmas Valdeblore c'est une montagne qui s'est éboulée. A Belvédère une cinquantaine de victimes furent déplorées et autant de blessés. A Lantosque de nombreuses habitations s'écroulèrent, provoquant 3 morts. A Venanson l'église ne résista pas tuant ainsi 21 personnes. 


Village de Venanson dominant la vallée de la Vésubie.
(photo : André Laurenti)

A la Penne, le château et quatorze maisons s'effondrèrent. Par ailleurs les châteaux de Saorge, de la Brigue et de Vintimille furent partiellement détruits. A Clans, quatorze maisons s'écroulèrent, un grand nombre d'habitants ainsi que du bétail furent écrasés sous les décombres. A l'Escarène plusieurs sources font état d'une montagne qui se serait ouverte en deux, laissant sortir du feu. Sur les cours d'eau de la Vésubie et du Paillon, des barrages artificiels provoqués par des éboulements firent, après avoir cédé, de nombreuses victimes en aval.
Sur le littoral, d'important mouvements de mer ont été rapportés à Antibes, à Monaco, à Nice ainsi qu'un affaissement du port de Villefranche-sur-Mer. L'historien Urbain Bosio indique qu'il n'y aurait pas eu de dommages sérieux dans ce secteur.

 
A Villefranche-sur-Mer le quartier de "Malariba" au premier 
plan  a subit des désordres lors du séismes de 1887 
(photo A. Laurenti)

Le séisme nissart, l'un des plus violents qui ait affecté l'actuel territoire de la France au cours du dernier millénaire, eut un grand retentissement en Europe et éveilla la curiosité des plus célèbres physiciens de l'époque. De nos jours, il suscite de nombreuses interrogations, notamment celles concernant la localisation du foyer. Les scientifiques émettent des avis différents, certains le situent vers l'Escarène, d'autres dans le Valdeblore.

seismeNissart.jpg (77133 octets)
simulation macrosismique
réalisée par André Laurenti

Mes récentes investigations apportent quelques éléments nouveaux sur ce séisme. Tout d'abord, il s'agit de la localité de RoccaMarina qui n'avait pas pu être identifiée. C'est en prenant par hasard connaissance à travers un fascicule, de l'histoire de la station thermale de Berthemont les Bains que la relation entre cette station et Rocca Marina m'a paru très probable. En effet, on apprend que cette station thermale située entre Roquebillière et Saint-Martin Vésubie, portait au moment du séisme le nom de Rocca Alpinaria. Il est fait état dans ce livret, qu'en 1564 le séisme détruisit totalement les bains. Ils furent reconstruits presque un siècle plus tard, en 1663 sur ordre de Christiane de France, sœur de Louis XIII et veuve de Victor Amédée premier Duc de Savoie. Les bains portèrent par la suite son nom.
L'identification probable de Rocca Marina permet d'inscrire un nouveau site dans la zone de très forte intensité.


   
La station thermale de Berthemont les Bains avec son hôtel dans la partie supérieure et l'établissement thermal en dessous.
(Photos André Laurenti)

Autre élément nouveau, ce fut la découverte d'un manuscrit des notaires de la commune du Broc aux archives Départementales des Alpes-Maritimes. Le notaire Maître François Arnulphy a été dans ces annotations personnelles, le chroniqueur d'événement locaux couvrant la période de 1500 à 1567.

LA COMPILATION DE FRANCOIS ARNULPHY 1500 -1567

 Dans la sixième notice de cette chronique, l’auteur mentionne l’événement du 20 juillet 1564 en évoquant seulement et sans aucun autre détail, le nom de la Bollène.
- Le 20 de juillet post ave grand vent par tremblement de la terre et environ la demye nuyt autre tremblement de la terre que a mys par terre toutes les maysons de la Bollène et dez autres lieux en terre neuve   et y sont mortz beaucoup de gens.

De  la septième à la dix-huitième notice, Maître François Arnulphy évoque ce qui fut probablement les répliques du séisme nissart et mérite d’être rapporté intégralement d’autant plus que ces textes ont été écrits l’année même du séisme par l’auteur, ils attestent donc, une certaine fiabilité.

- A 26 de juillet a retourné davant jour ledit tremblement de la terre dont cest faicte la procession générale au présent lieu du Broc et dict grand messe a la annonciation de notre dame de la Foulx pour Dieu vulle avoir miséricordie du pauvre puble et cesser son ire et la métiier.

- Le luns dy dernier jour de juillet hure de vespres encores est retourné le tremblement de la terre.

-  Le 5 d’aoust la nuyet encore est venu le tremblement de la terre. (samedi)

-  Sabemedy 19 de aoust a esté le tremblement de la terre dont à Nyce et alz portalz a faict a chacune porte a scavoir de St. Aloy, la Payrolière de limppe et la Marine   ung grand puys grandeur de ung vayseau de dix charges et d’une canne   de profond.

-  Le 27 d’Aoust de matin encores a esté tremblement de la terre. (dimanche)

-  Le Luns dy 4 de septembre une hure davant jour a esté tremblement de la terre.

-  Le samedy 23 de septembre a hure de sohel de vespre encore tremblement de la terre avec vent.

-  Luns dy 25 de septembre de grand matin encores grand tremblement de la terre.

-  A 7 de novembre environ demye nuyet tremblement de la terre. (mardi)

-  Le 16 de …la nuyet environ une heure demye nuyet grand tremblement de la terre.
Pour ce dernier, le mois reste inconnu.

D’AUTRES EVENEMENTS ?

Par ailleurs deux autres événements qui ne figurent dans aucune compilations connues même dans les documents italiens,  sont consignés dans le manuscrit. Le premier a eu lieu le 19 Mai 1549.

- Ledit an et le lunddy 19 de may a 9 hures a esté grand tremblement de la terre duquel est tombés en plusieurs lieux dez maysons et dez cheminées.

  Ce séisme apparemment a été destructeur.  Malheureusement Arnulphy ne mentionne aucune localité et il semble bien difficile de trouver d’autres informations.

Le second et dernier événement mentionné a eu lieu le 10 septembre 1566.
- 1566 et 10 de septembre de nuyet a fait grand tremblement de la terre et presque toute l’année.

On se trouve ici, en présence d’un séisme troublant qui ne s’est peut être pas produit dans les actuelles Alpes-Maritimes, en effet  E. de Balincourt (1906) évoque un important tremblement de terre à Avignon le 5 Mai 1566.Si Arnulphy note le 10 Septembre, il précise néanmoins que le séisme a duré une partie de l’année.

CONCLUSION

Cette découverte permet d’exclure définitivement le séisme de 1556 qui ne figure pas dans le manuscrit et  qualifié de douteux depuis longtemps par les historiens. Il s’agit tout simplement d’une confusion de date avec le séisme majeur de 1564.
  Toutefois elle confirme avec certitude, la date du 20 juillet 1564 comme étant l’événement majeur et apporte un éclaircissement sur les répliques, tout en supprimant le doute sur les différentes dates fournies par des historiens dans d'autres sources.

Le séisme de 1612 :

Le 30 juin à 15 h, un tremblement de terre provoqua une grande frayeur parmi la population et fit sonner les cloches de la grande horloge de Nice. Les dégâts d'après Gioffredo, furent mineurs.

Le séisme se 1618 :

Le 14 et 16 juin, de fortes secousses furent ressenties à Nice sans causer de dégâts. Bosio précise qu'elles auraient fortement ébranlé la montagne du Férion, provoquant l'effondrement de maisons et de fermes à Duranus, Roccasparvière et Coaraze. Par ailleurs, les murs du château de Saorge auraient été ébranlés. Dans le mémoire de Giuseppe Mercalli, l'auteur mentionne un autre séisme, même jour, même mois, même lieux  mais l'année précédente en 1617, il s'agit probablement d'une confusion de date. Ce tremblement de terre aurait été ressenti dans tout le Comté de Nice, faisant beaucoup de dégâts à Lantosque, Roccasparvière et à Coaraze. Dans la campagne d'Utelle, deux femmes et trois enfants furent tués sous les ruines d'une maison.
Par ailleurs, l'historien contemporain Pierre Robert Garino, nous apprend que le canal d'acheminement d'eau de Roccasparvière fut endommagé et que le lieu de captage s'affaissa de plusieurs mètres, privant définitivement le village d'eau courante. Cette catastrophe aurait incitée les habitants à abandonner petit à petit les lieux, pour Duranus et l'Engarvin.

Rocca1.jpg (19090 octets)Rocca4.jpg (14477 octets)Rocca2.jpg (16087 octets)Rocca3.jpg (21360 octets)Roccasparviera6.jpg (14232 octets)

Le village abandonné de Roccasparvière situé au pied de la cime de l'Autaret,
à environ 1000 m d'altitude 
(Photos A. Laurenti)

Le séisme de 1644 :

Le registre paroissial de la commune de Belvédère, relate que le 15 février 1644 deux secousses violentes furent ressenties dans la vallée de Lantosque. Trois personnes périrent à Belvédère, d'autres victimes eurent lieu à la Bollène et à Roquebillière.
Un journal publié à Gênes le 12 mars 1644, confirme l'événement et complète l'information en évoquant la désolation de cinq terres dans le comté de Nice et de Provence, ainsi que la mort d'un grand nombre de paysans.
On apprend également dans un autre journal italien, le "Schiaffino", que le 15 février 1644, vers 17 h des secousses furent ressenties à Gênes et ruina trois terres dans le Comté niçois.
Selon l'histoire chronologique de Provence, l'historien Bouche rapporte que le séisme a ruiné la moitié de 14 villages ensevelissant beaucoup de personnes et renversant deux grands châteaux. Il signale aussi, l'éboulement d'une montagne qui aurait emporté quatre cents brebis passant au pied. L'auteur rajoute que le village de Châteauneuf a ressenti les secousses pendant plusieurs jours.
A propos de ce village, dans un petit opuscule, M. A. Moris ancien archiviste départemental, déclare que les habitants abandonnèrent Châteauneuf après le tremblement de terre de 1644 pour redescendre à l'emplacement du village primitif.
Selon J.B. Martel qui s'est penché sur l'histoire de ce village, Châteauneuf n'aurait pas été détruit par le séisme de 1644, il aurait en fait été déserté progressivement à partir de 1748. Martel précise que cette erreur a été reproduite par la plupart des auteurs contemporains qui se sont intéressés à l'histoire de cette localité.

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Simulation macrosismique proposée par l'auteur

Parmi les anciens historiens qui ont parlé plus spécialement du séisme mis à part Bouche; Gioffredo, Durante, Scaliero, Bonifacy, etc... aucun ne site Châteauneuf.
Gioffredo considérera exagérés les propos de Bouche, mais il se rendra à l'évidence en affirmant que le tremblement de terre a été vraiment extraordinaire, particulièrement à Belvédère, Roquebillière et Lantosque où les églises et les habitations furent ruinées.
Mais c'est le travail de M. Séraphin Laugeri qui permettra de découvrir un cinquième village qu'aucun historien n'a évoqué et peut-être l'un des deux châteaux énoncé par Bouche. Ce village, c'est celui de Toudon situé sur les crêtes dominant la vallée de l'Estéron.
En effet, le registre paroissial de Toudon indique pour la journée du 15 février 1644, le décès de 36 personnes. Ce jour là, le séisme fit s'effondrer des rochers et les murailles du château sur le quartier du Brec, détruisant 32 maisons, tuant principalement des femmes et des enfants car les hommes étaient partis aux champs.

     
Village de Toudon surplombant la vallée de l'Esteron : le château se trouvait sur le mamelon rocheux au premier plan de la photo de gauche, et à droite sur l'autre vue 
(photos A. Laurenti)

Par ailleurs d'autres sources diverses apportent quelques informations précieuses sur l'étendue des secousses. Ainsi à Onéglia et à Porto Maurizio (Impéria) la secousse a été tellement forte que la population est allée s'installer pour deux mois dans les campagnes. A Taggia, les habitants étaient réunis à l'église paroissiale lorsque les colonnes et les murs se mirent à trembler. Les fidèles s'enfuirent et l'un d'entre eux reçu une pierre sur la tête. La secousse fut ressentie également à Alessandria, à Grasse, à Fréjus où là aussi les gens s'enfuirent de l'église, à Marseille, Aix en Provence et enfin à Gap.

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Simulation macrosismique élargie proposée par l'auteur

Ce séisme met un terme à une série d'événements ayant certainement pour épicentre les Alpes-Maritimes actuelles, cela fait très exactement 358 ans qu'il ne s'est plus rien produit. A méditer...


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