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LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887

Les effets sur le village Ligure de Bussana Vecchia


A 6 km à l'est de San Remo, Bussana Vecchia reste encore la preuve
oculaire de la violence du séisme ligure du 23 février 1887.
(photo André Laurenti)

Bussana un village médiéval :
Situé sur les collines qui couronnent les vallées d'Argentina à l'est et celle d'Arméa à l'ouest, Bussana est distant de six kilomètres de San Remo.
Ce village fut fondé vers l'an 1050 lorsque le seigneur féodal des lieux, membre de la souche des comtes de Vintimille, fit bâtir un premier château. Plus tard Bussana fut acquit en 1259 par la république de Gênes. A la fin du XIVème siècle le village prend de l'ampleur et la chapelle du château demeure insuffisante pour accueillir tous les fidèles. Ainsi débuta la construction de l'église dédiée au culte de Saint Egidio et dont les travaux s'achevèrent en 1404. Un peu plus tard, l'église connu une extension avec l'ajout de deux nefs latérales et dont les travaux se terminèrent en 1505.
En 1652 une grande partie de l'église fut démolie à cause d'un changement radical de style, le Roman cédant le pas au Baroque. Les colonnes qui délimitaient les deux nefs latérales furent éliminées et on érigea le long des murs, six chapelles munies de leurs autels respectifs.

La sismicité historique :

Bussana a connu au XIXème siècle une série de quatre événements sismiques destructeurs, avec un premier événement le 23 février 1818 , d'une intensité maximale de VIII sur l'échelle de Mercalli, puis un second, le 26 et 28 mai 1831 un peu plus fort que le précédant, d'une intensité maximale de VIII à IX (VIII sur Bussana), et où 24 maisons s'écroulèrent. Puis encore un troisième, le 29 décembre 1854 d'une intensité maximale de VIII qui a provoqué l'effondrement d'une maison et a fait quelques blessés légers.  Et enfin, 33 ans plus tard, le village est à nouveau frappé par le terrible séisme Ligure du 23 février 1887 encore plus fort que les prétendants, d'une intensité maximale de X à l'épicentre (VIII à IX à Bussana), qui a provoqué la mort de 53 personnes et a fait 27 blessés à Bussana. 



Le séisme Ligure du 23 février 1887 :
Rien n'était plus gai et plus gracieux que ce paradis de vignobles, d'orangers et de violettes. Qui aurait cru, quelques instants auparavant, alors que le jour se levait, que tout allait être ravagé ?
La secousse a été d'une violence inouïe, détruisant presque entièrement le village, à l'exception de deux maisons.
Comme ses voisins de Diano, Bussana qui comptait 820 habitants, a perdu cinquante-trois de ses concitoyens et vingt-sept furent blessés.
Mais le nombre de victimes aurait pu être encore supérieur, les habitants ont échappé de peu au même scénario qu'à Baiardo. En effet, les fidèles venaient tout juste de sortir de l'église lorsque celle-ci s'effondra. Il ne resta plus que les quatre murs et le clocher qui tenait par miracle. 

  

Vision de l'église principale peu de temps après le séisme,
Le choeur, photo de gauche, et entrée ouest
(Provenance musée de Bussana Vecchia)


Les fidèles venaient tout juste de sortir de l'église 
lorsque la voûte s'effondra.
(photo André Laurenti)

Dans les petites ruelles étroites, de gauche à droite, se dressaient des murs branlants prêts à s'écrouler. De temps en temps, le vent détachait des pierres et des poutres, partout les rues étaient jonchées de débris de toutes sortes.
Une trentaine de soldats vinrent porter secours à ces malheureux. Le lieutenant Mattei sauva deux petits enfants qui, ensevelis sous les décombres, appelaient leur mère écrasée à leurs côtés.
face à cette désolation, la presse apportera une petite note d'humour en évoquant l'aventure d'un blessé qui était resté six heures pris entre les murailles, la tête en bas. Quand les sauveteurs lui présentèrent une bouteille de rhum, il se serait contenté de dire "Est-ce qu'elle est toute pour moi ?".



La chapelle de Bussana Vecchia
(photo André Laurenti)

Le sauvetage des habitants demeura difficile et très dangereux à cause des murs qui menaçaient de tomber à tout instant mais aussi à la fréquence des répliques. Lors de la deuxième secousse, des ruines s'écroulèrent à nouveau, ensevelissant plusieurs sauveteurs.
Vendredi, deux jours après, ils retirèrent encore d'une maison, une mère et sa fille qu'on croyait mortes.

Bussana5.jpg (18755 octets)
Souvenir des habitants
de Bussana
(photo André Laurenti)

Pourquoi ce village a subi d'importants dégâts ?
Il y a trois raisons à cela, la première est d'origine géologique, Bussana est en fait fondé sur une colline de conglomérats du pliocène, c'est à dire de l'ère tertiaire (-7 à -2 millions d'années) et ce terrain offre peu de résistance à une sollicitation sismique importante et fournit aux édifices de très mauvaises assises. Il y a ensuite la qualité médiocre des matériaux de construction que l'on trouve à proximité du village et qui ont servi à bâtir Bussana.
Et enfin, la troisième raisons vient du fait que l'Italie au XIXème siècle était en pleine période du "Risorgimento" (resurgence) le mouvement pour l'unité italienne. Ces années de conflits ont plongé le pays dans une grande pauvreté économique, donc peu de possibilité a cette communauté de réparer et de renforcer le bâti d'une manière efficace. 


  

A gauche la rue des arches
(Photos André Laurenti)

Particularités architecturales :
Une ruelle, un passage étroit entre deux bâtiments, sont des éléments de rupture dans la continuité d'un linéaire de façades. Pour remédier à cela, les anciens ont édifié des arcs maçonnés, (appelés aussi arcs de contraste ou encore arcs de confortement), au dessus des ruelles comme on peu le voir sur la photo de gauche. Ces éléments ne sont pas construits n'importe où, ils vont de point dur à point dur, c'est à dire de plancher à plancher, ou de mur de refend à mur de refend. On peu d'ailleurs remarquer que l'ensemble des constructions de cette ruelle n'ont pas trop eu de dégâts. Cette technique très répandue en Ligurie et dans les Alpes-Maritimes, offre une relative souplesse et permet une meilleure transmission des contraintes horizontales au niveau des planchers. Grâce à ces liaisons, les immeubles ne se comportent plus comme des éléments isolés mais comme un ensemble de blocs dynamiques.
Dans son ouvrage, Arturo Issel précise d'ailleurs à ce sujet, que si les maisons n'avaient pas été reliées entre elles avec des arcs de confortement et des passages voûtés, les victimes auraient été beaucoup plus nombreuses.

Suite au dernier séisme Ligure des cabanes en bois ont été construites dans les champs environnants pour abriter les sinistrés, et ce n'est que sept ans plus tard en 1894, que le village fut définitivement abandonné. Les habitants ont pu gagner enfin leur nouvelles maisons, dans le nouveau Bussana édifié sur le prolongement de la même colline, mais beaucoup plus bas en direction de la mer.
L'ancien village de Bussana devenu Bussana Vecchia fut administrativement rayé de la carte.

Campement dressé à proximité du village lors du tremblement
de terre de 1887
(Photo : musée de Bussana Vecchia)

Le village renaît :

Aujourd'hui, Bussana Vecchia est une village qui se visite, on peut voir encore les stigmates de ce séisme sur les constructions, et cela grâce à une poigné d'artistes venus s'installer dès 1963. Pierre après pierre, ils ont littéralement ressuscité les ruines grâce à l'imagination, la persévérance, l'obstination, et le talent de cette communauté.
Bussana Vecchia longtemps fantôme et insolite, qu'on peut croire complètement délaissé lorsqu'on l'aperçoit de loin depuis l'autoroute, accueille la bagatelle de 25 000 visiteurs par an.

Ensemble des photos de Bussana réalisé par André Laurenti

Classification utilisée dans l'échelle EMS 98.

Classe de vulnérabilité A
Il faut rester prudent en déterminant l'intensité pour ce village, car l'état des ruines que l'on peut observer sur place encore de nos jours, a été aggravé par des tournages de films de guerre. Quant au nombre de victimes élevé (53 au total), il est possible que la plupart des victimes aient perdu la vie à l'intérieur de l'église.
Le récit demeure peu précis sur les types de dégâts, il laisse supposer des dégâts de degré 3 à 4 voire 5. Les effets sont largement suffisants pour une intensité de VII, ils sont insuffisants pour une valeur de VIII, il est donc proposé une intensité de VII - VIII

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Remerciements à :
Franco Brunatto artiste peintre du village, son atelier "Studio Brunatto" se trouve
à l'entrée du village à gauche et en plus il parle très bien le français. Franco possède un site internet sur lequel figurent quelques unes de ses oeuvres :
http://www.bussana.com/brunatto   

Louise qui s'occupe du petit musée et du jardin botanique "il giardino" une visite à ne pas manquer, Louise aussi parle bien le français.

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Orientation bibliographique :
- Terremoti della Liguria e del Piemonte - mémoire de Giuseppe Mercalli - Naple 1897 - pages 119 à 123 (provenance Instituto Nazionale de Geofisica de Roma)

- Terremoto del 1887 in Liguria d'Arturo ISSEL - page 141- (Provenance Société Géologique de France)

- LE PETIT NIÇOIS : Extrait du journal en date du 27 février 1887. (Archives Départementales des Alpes-Maritimes)

- L'ÉCLAIREUR DU LITTORAL : Extrait du journal en date du 28 février 1887. (Archives Départementales des Alpes-Maritimes)

- Catalogo dei forti terremoti in italia dal 461 a . C al 1980 : Istituto Nazionale di Geofisica SGA storia geofisica ambiente  E. BOSCHI - G. FERRARI - P. GASPERINI - E. GUIDOBONI - G. SMRIGLIO - G. VALENSISE
 Année 1995 pages 372 et  412

- Plaquette provenant de l'Office du tourisme de San Remo intitulée "Bussana Vecchia Villaggio Internazionale degli Artisti"
(provenance Bussana Vecchia).

- Iconographies de l'église,  musée de Bussana Vecchia.

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