LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887 Les effets sur le village de CASTILLON
ANCIEN VILLAGE NOUVEAU VILLAGE
S'il est un village qui ait souffert de ce cataclysme Castillon est
celui qui en
a été le plus meurtri.
Déjà, le 30 juin 1886, un violent orage de
grêle avait détruit toutes les
récoltes. Huit mois après, le séisme
anéanti toute espérance, plus d'abri,
plus aucun moyen d'existence, sans récolte et sans argent,
bref la misère la
plus totale. Les effets du séisme : Il ne reste qu'un amas informe, horrible à parcourir, des poutres, des gravats, de vieux meubles dont une partie s'est éboulée sur les parois du versant sud. Des pans de murs ne tiennent plus que par miracle. On ne reconnaît même plus l'emplacement de certaines rues. On procède activement au déblaiement des décombres et on travaille à consolider ou à démolir les maisons menaçant ruine.
Un détachement du 24ème chasseur vint
prêter main forte en mettant à la
disposition des autorités civiles une section de vingt
chasseurs à pied.
Le village ne tardera pas à n'être plus qu'un souvenir. En effet, on apprend dans l'Eclaireur du 27 mars 1887 que le village sera probablement reconstruit sur le plateau du souterrain de la Garde. On peut lire le 5 avril 1887 qu'un projet est à l'étude. M. Orengo conducteur des Ponts et Chaussées à Sospel a été chargé de lever un plan général d'étude et que ses opérations ont commencées ce jour.
Les habitants
l'abandonnèrent par la suite, pour l'édifier
vingt mètres plus bas, au col
géographique de Castillon. Plus tard, le mauvais sort
s'acharnera à nouveau sur
cette nouvelle localité, le village sera détruit
par un bombardement allié en
1944. Il sera finalement reconstruit quelques kilomètres
plus bas, sur le
versant sud du col, sur les hauteurs du hameau de Monti au dessus de
Menton.
Dans la revue scientifique du 1er semestre 1887, un article tente de fournir une explication sur la destruction de Castillon. Aucun village en France, n'a été abîmé autant que celui-ci.
Castillon des montagnes de gravats
après le séisme La partie supérieure de la montagne est toute disloquée. Elle est formée par l'adossement de couches très inclinées. Ce sommet disloqué est d'une faible épaisseur. La forme de la montagne est celle d'une lame de couteau inclinée obliquement du sud au nord et la partie ouest est presque verticale. Les stratifications du terrain dans ces divers sens ne donnent aucune solidité aux maisons bâties sur le sommet. Le village n'est pas bâti directement sur le rocher comme à Monaco, mais bien sur des éboulées et sur des vides comblés par l'argile. Or si des matières molles ou des masses lâches reposent sur la roche dure et solide, la moindre vibration de la base suffit pour produire un ébranlement des masses molles. Il se produit le phénomène qu'on peut si facilement répéter avec de la poudre fine qu'on place sur une plaque métallique et qu'on fait résonner. Le mouvement vibratoire se transmettant de la roche compacte aux formations meubles tend à projeter ces dernières.
Classification utilisée dans l'échelle EMS 98 D'aprés
le récit ce village comprenait environ 67 maisons, ce qui est en
accord avec le nombre d'habitants. Le récit fait état de
46
constructions touchées avec une classification de
dégâts qu'on peut supposer à partir des photos, de
degré 5 à 4. Les dommages graves
représenteraient 69% du bâti, soit plus de la
moitié du village. Les dégâts sont largement
suffisants pour justifier une intensité de VIII.
Toutefois, il n'y a pas suffisamment de détails dans le
récit pour envisager une intensité supérieure qui
aurait pu atteindre VIII - IX.
Nouveau village de Castillon situé sur un versant à 535 m d'altitude (Photos : André Laurenti) |
