Gordolon, le mystérieux village disparu

dimanche 26 juin

Le quartier de Gordolon à Roquebillière

Gordolon est un hameau de la commune de Roquebillière dans la vallée de la Vésubie (Alpes-Maritimes), constitué d’un habitat très diffus avec des constructions plus ou moins récentes. Ce quartier est situé à environ un kilomètre en aval de l’ancien village de Roquebillière et on a du mal à imaginer qu’un gros village s’y trouvait.
Pourtant, l’histoire de la vallée nous apprend que Gordolon fut autrefois un village important de la Vésubie mais aussi une grande seigneurie dont l’histoire s’étendit sur près de 800 ans (1). Au XIVe siècle, Gordolon est plus important que Roquebillière, mais entre le XIVe et le XVe siècle le village disparaît sans en connaître les raisons (1).

Découvertes archéologiques de 2021

En novembre 2021 suite à un chantier sur lequel comptait la commune de Roquebillière pour reloger des entreprises sinistrées par la tempête du 3 octobre 2020, des vestiges sont apparus au hameau de Gordolon.

JPEG - 296.8 ko
Quartier Gordolon
Découverte d’un vaste site archéologique
(Photo : André Laurenti)

Les premières constatations montre une occupation ancienne du site (romaine et probablement antérieure). Le site est vaste, les vestiges mis à jour montre la structure probable d’une villa romaine datée entre le Ier et le IVe siècle (2), et un très grand nombre de sépultures du IVe et Ve siècle en première couche et d’autres plus tardives du XIIIe et XIVe siècle (2).
La présence d’une centaine de tombes interroge, elles révèlent peut-être l’ancien village de Gordolon, mais pour l’heure, il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. La découverte de vestiges pourrait être encore plus importante, d’autres sondages sont en cours pour étendre la zone de recherche.

JPEG - 191.4 ko
Hameau de Gordolon
Les vestiges apparus en novembre 2021
(Photo : André Laurenti)

Au droit de ce site, on remarque au bord de la route M 2565 qui monte à Roquebillière les ruines d’une ancienne église de Gordolon envahie par la végétation, parcelle n°907 feuille D4 sur le cadastre de 1957 (A.D.A.M.), ou elle apparaît en pointillé. Cet édifice pourrait dater du XIIe siècle (3).

JPEG - 63.2 ko
Extrait cadastral année 1874
l’église de Gordolon parcelle n° 761. Le site archéologique situé sur la parcelle n° 758, n’apparaît pas
(Planche Section/Feuille D4 – Saint-Julien Cote 25FI 103/1/D4 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes)
JPEG - 111.6 ko
Eglise de Gordolon
Le reste de l’édifice située au bord de la route
(Capture sur Google Maps - avril 2018)

Faut-il y voir la piste d’un tremblement de terre ?

Le séisme Nissart du jeudi 20 juillet 1564, fut l’un des plus désastreux tremblements de terre survenu au cours du dernier millénaire dans l’actuel département des Alpes-Maritimes. Il fit de très nombreuses victimes et causa d’importantes destructions dans la haute vallée de la Vésubie.
Ce séisme a été relaté dans des notices par de nombreux chroniqueurs contemporains à l’événement, comme César de Nostredame, Honoré Laurenti, François Arnulphy, Louis Thaon, Francesco Mogiol, Jean André Salicis, Jean Lubonis, Giacomo Gastaldi et bien d’autres. Mais parmi ces notices aucune n’évoque le village de Gordolon. Cependant, Francesco Mogiol cite plusieurs noms de localité qui n’ont pas pu être identifié : Morena, Sandalingui, Villaret, Roccamarina. Mais aucune de ces dénominations ne se rapproche de Gordolon.
Pourtant, si l’on en croit l’Abbé Antoine CAUVIN (1810 1902), le tremblement de terre aurait ruiné de fond en comble le site de Gordolon, il ne resta plus qu’une église où tous les ans les habitants des trois villages vont entendre la messe (4). Il s’agit probablement des ruines situées en bordure de route (voir ci-dessus).
L’historien provençal César de Nostredame (1553-1629), a publié le témoignage d’un niçois sur cet événement qui s’est exprimé en langue nissarte, l’historien rapporta ceci :
"Des villes & chasteaux ruynes : en premier lieu Roche Begleure, (Roquebillière) & Mage où estoyent restés morts & accablés sous les ruynes, jusques au nombre de trois cens & plus, & trente blessés. Beauvers (Belvédère = Barver en niçois) ruyné, trois cens morts & d’avantage. La Boullene (La Bollène) entièrement & de fond en comble ruynee, deux cens cinquante morts, & quatorze blessés. Lantousques (Lantosque) à moitié ruynee, tous les pauvres habitans morts & accravantés, fors quatorze petits enfans"…
Ce texte, montre que nous nous trouvons dans la zone épicentrale du séisme, si Gordolon existait encore, le village aurait sans doute été affecté comme les autres.
De nombreux historiens ont cherché à quel village correspondait "Mage" mentionné dans le texte de Cézar, mais en vain. En niçois « lou Mage » signifie l’aîné, rapporté à un village cela pourrait correspondre à l’ancien. Mais de quel site ancien s’agit-il ? Celui du Caïre del Mel ou se trouvait le 1er établissement de Roquebillière avec son château ? ou bien de Gordolon s’il était encore là ?.
L’histoire nous apprend que l’église Saint-Michel de Gast à Roquebillière fut achevée en 1533, comme il est indiqué sur la clé de voûte. Le Vieux Village actuel de Roquebillière en rive gauche de la Vésubie, se serait installé vraisemblablement à cette époque sur l’emplacement que l’on connaît (1).

JPEG - 149.7 ko
Eglise de Saint-Michel de Gast
(Photo : André Laurenti)

Le nombre de victimes s’élevant à 300 morts, reste très élevé, a t-il été exagéré ? Sinon il pourrait correspondre à l’ensemble des sites de Roquebillière, celui du Caïre del Mel si ce site était encore habité à cette époque, le nouveau village (l’ancien actuel) en rive gauche de la Vésubie et avec interrogation Gordolon.

JPEG - 163.7 ko
Commune de Roquebillière
Le premier emplacement de Roquebillière, le Caïre del Mel, est situé au niveau des rochers en forme de pin de sucre, à droite de la photo.
(Photo : André Laurenti)

Conclusion

La commune de Roquebillière conserve encore bien des mystères. La position du site archéologique en dessous de la route M 2565, sur un terrain plat, permet d’avancer que ce lieu n’a pas disparu suite à un glissement de terrain. Grace au travail des archéologues, on en saura sans doute plus sur ces vestiges, ils pourront peut-être résoudre certaines énigmes notamment celle de savoir s’il s’agit de l’ancien village de Gordolon et pour quelle raison il a disparu.
Quoi qu’il en soit, cette belle découverte viendra sans aucun doute enrichir l’histoire de la commune en fournissant un atout touristique supplémentaire et aussi un espoir pour cette vallée qui en a bien besoin.


Sources documentaires :

1 - http://gili-eric.e-monsite.com/page...].

2 - France 3 Provence-Alpes Côte d’Azur – article rédigé par Emilie Mechenin le 3 décembre 2021 : https://france3-regions.francetvinf...

3 - http://www.archeo-alpi-maritimi.com...

4 - Cauvin Antoine : Mémoires pour servir à l’histoire naturelle, statistique, industrielle, agraire, politique, morale et religieuse de la commune de Contes et du hameau de Sclos - Nice 1885 - Bibliothèque Nationale de France - Gallica

- "Amont" Association Montagne et Patrimoine : http://www.amont-vesubie.fr/



Répondre à cette brève

Toute l'actualité Azurseisme