Séisme de la Motte du Caire 1866


Séisme de Laragne - Alpes Provençales

C’est en feuilletant l’ouvrage de Léonard André Bonnet consacré à l’histoire de Cagnes-sur-Mer, que j’ai découvert les effets de ce séisme pourtant lointain, sur les remparts du bourg médiéval du Haut de Cagnes [1]. En effet, sans toutefois citer les sources, l’auteur mentionne dans son livre :
"1866 tremblement de terre le 19 mai à 9h30 du matin ouverture des murs d’enceinte rue Sous Barri".
Cette information a été relatée par Bonnet au milieu du XXe siècle (1957). On peut toutefois émettre un doute sur la date de ces désordres, il serait plus compréhensible qu’ils soient le résultat du séisme ligure de 1887, beaucoup plus puissant, plus proche de Cagnes et qui d’ailleurs a fissuré des édifices et également les remparts. Il est donc nécessaire de mener quelques investigations supplémentaires dans les archives et sur le terrain pour confirmer éventuellement cette information.

Ce séisme important est survenu le 19 mai 1866 à 9h12 mn et son épicentre est supposé vers Laragne et la Motte du Caire. Cet événement a été violent surtout à Thoard et dans l’arrondissement de Sisteron où les maisons et les édifices publics ont été endommagés.

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Ville de Sisteron
Cette localité est située à 485 m d’altitude et abrite 7 427 habitants.
(Photo : André Laurenti)

Géologie des lieux
Le paysage du secteur concerné, s’inscrit dans l’arc de Digne, il est le résultat d’un événement géologique important lié à la phase terminale de la mise en place des Alpes. Cette nappe de Digne est constituée de roches de l’Ere secondaire du Trias (-245 à - 205 millions d’années) au Lias (-205 à -180 millions d’années). Tout comme l’arc de Castellane, ce chevauchement est dû à des mouvements tectoniques qui conduisent un ensemble de terrain à en recouvrir un autre. Ainsi, la nappe de Digne recouvre de façon anormale des terrains plus jeunes des Eres tertiaire et quaternaire en particulier des poudingues dits de Valensole (- 8 à 1,65 millions d’années) qui forment la majeure partie du paysage, notamment le torrent des Duyes s’écoulant au pied du village de Thoard.
On peut remarquer des affleurements blancs de gypse, une roche qui a permis le décollement et le glissement de nappes. Il est souvent qualifié de savon tectonique par les géologues.

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Secteur de Thoard
Panorama depuis le col de l’Hysope.
(Photo : André Laurenti)

Les effets du séisme
A Saint-Géniez les édifices publics tels que l’église et le presbytère ont été gravement détériorés, plusieurs maisons ont été ébranlées, l’une a été presque entièrement renversée [2]. Les dommages de cette localité ont été évalués à 15 000F [3].

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Village de Saint-Geniez
Ce village de 104 habitants est situé à 1 116 m d’altitude. Il est dominé par les Gourras un relief constitué de calcaires gris clairs appelés barres tithoniques.
(Photo : André Laurenti)

A Thoard, où les secousses ont été plus fortes qu’ailleurs, les voûtes de l’église paroissiale ont été ébranlées.

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Village de Thoard (Alt. 765 m - 734 habitants)
L’église paroissiale Saint-Blaise est un monument classé qui fut édifié au XIIIe siècle.
(Photo : André Laurenti)
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L’église de Thoard
Lors du séisme de 1866, à part les voûtes, il n’y a pas de détail sur les autres dommages survenus sur cet édifice. Cependant, on remarque ici une lézarde importante.
(Photo : André Laurenti)

A Volonne, la toiture de l’église a été endommagée.

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Ville de Volonne
Cette localité est située à 440 m d’altitude et abrite 1 658 habitants.
(Photo : André Laurenti)

Les communes de la Motte et de Gigors ont eu également à souffrir. L’église et le presbytère de cette dernière localité ont été atteints et fortement lézardés, on déplore aucun accident de personne [2].

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Village de Gigors (Alt. 875 m - 59 habitants)
Fortement endommagés par le séisme, les murs de l’église ont été renforcés.
(Photo : André Laurenti)
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Village de Gigors
Dans ce village, de nombreuses façades ont perdu leur verticalité.
(Photo : André Laurenti)

A Mens, la secousse a été assez sensible pour agiter fortement l’eau d’une carafe [4].
A Gap, les maisons ont été sensiblement et visiblement agitées, des sonnettes se sont fait entendre. Dans plusieurs endroits des cheminées se sont écroulées et des toits ont été enfoncés par leur chute. Dans la rue de France, la descente d’une cheminée a enfoncé la devanture du magasin situé de l’autre côté de la rue [4].
A Toulon, ces secousses ont été assez fortes pour effrayer un grand nombre de personnes et renverser quelques objets. Plusieurs pendules se sont arrêtées [5].
A Draguignan, les meubles mêmes les plus volumineux et les plus lourds craquaient et s’agitaient comme s’ils éprouvaient un choc assez violent [6].
Le séisme a été perçu à Grenoble ou il a été sensible seulement dans les étages supérieurs des maisons. Ce phénomène n’a du reste, effrayé personne [4].
A Marseille, les passants toujours très nombreux sur les trottoirs de la rue Paradis, avaient formé un rassemblement devant une haute maison de cette rue, parce que quelques uns d’eux avaient été surpris en voyant cette maison osciller, très peu sensiblement cependant [7]. Les fenêtres étaient secouées comme par un vent violent ; les meubles oscillaient [8].
Sur divers points de la ville, les oscillations ont été assez violentes pour inspirer des craintes à quelques habitants qui tout à coup, ont vu certaines maisons vivement secouées, trembler et s’agiter. Dans un grand nombre d’immeubles, les objets appendus aux murs ont été agités. Dans plusieurs parties de la ville, le choc outre ces objets, a été très prononcé. Les quartiers signalés sont : la rue Impériale, la Grande Rue, la place Saint-Michel, le canal, la rue Sainte et la rue de Rome [9].
A Aix, quelques meubles ont été remués dans diverses maisons, les vitres ont grincé dans leurs châssis et de tout petits plâtras se sont détachés des plafonds. Plusieurs personnes assises ont éprouvé la commotion, et ont cru avoir un moment de vertige [8].
A Forcalquier dans les maisons du plâtre est tombé des planchers, les vitres ont cliqueté, plusieurs personnes ont été effrayées [10].

Les effets dans les Alpes-Maritimes

Dans les Alpes-Maritimes actuelles, le séisme fut très sensible à Antibes, Mougins, Grasse, Cannes et Vallauris.
A Grasse, il a été ressenti une forte secousse, le mouvement oscillatoire a eu lieu du sud au nord et a duré quelques secondes [11].
A Vallauris quelques vieux tuyaux de cheminée ont souffert. La secousse a été plus gravement ressentie à Cannes, moindrement à Mougins ainsi qu’à Antibes [10].
Ce séisme a probablement été faiblement ressenti dans la capitale azuréenne, car le journal de Nice ne mentionne rien de particulier pour cette ville. Les éditions des jours suivants ne mentionneront rien de particulier.
Le périodique ’’le Var’’ diffusé que le jeudi et le dimanche, n’évoquera en quelques lignes seulement, que les craquements de meubles à Draguignan le dimanche 20 mai 1866. L’événement sans doute sans grande importance, ne sera pas repris les jours suivants.

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Carte des isoséistes
Document réalisé par André Laurenti

Révision des intensités
Les intensités ont été révisées en employant l’échelle EMS 98 :
Intensité VII : Saint-Geniez
Intensité VI-VII : la Motte du Caire - Volonne - Thoard - Gigors et Gap
Intensité VI : Sisteron - Forqalquier - Digne et Lurs
Intensité IV-V : Aix en Provence - Mens - St. Maximin - Toulon - Draguignan - les Arcs
Intensité IV : Grenoble - Avignon - Marseille - Grasse - Cannes Antibes et Vallauris
Intensité III : Nice et Chambery

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La Motte du Caire
Les nombreuses fissures colmatées montrent que cette façade a tendance à se déformer.
(Photo : André Laurenti)

Conclusion
Ce séisme a provoqué des dégâts de degré 3 à 4 sur des bâtiments en maçonnerie proches de l’épicentre sans causer toutefois, l’effondrement d’édifice. Cependant en visitant les lieux, on peut observer dans la plupart des villages endommagés par ce séisme, que le bâti est fragilisé par la nature du sol avec des façades déformées qui ont perdu leur verticalité. En conséquence, un séisme de magnitude supérieure à 5.0 peut donc générer des dégâts sévères sur ces constructions, c’est vraisemblablement ce qui s’est passé en 1866.
Certes, il a été ressenti sur un vaste territoire, mais les dommages d’intensité VII sont restés limités à une petite zone et s’atténuent très vite au delà. Il est donc peu probable que cet événement d’une intensité IV à Cagnes, ait fait s’entrouvrir les remparts de la rue Sous Barri distant de 100 km environ de l’épicentre.
En comparant les effets avec le séisme de Saint-Paul-sur-Ubaye de magnitude plus élevée (Mag. 5.5), on peut supposer en tenant compte des intensités définies, que la magnitude du séisme de Saint-Geniez était supérieure à 5.0 et inférieure à 5.5. Le séisme de Saint-Paul de magnitude 5.5 par conséquent plus puissant, et dont l’épicentre est situé à une distance équivalente de Cagnes, n’a causé aucun dégât sur cette commune. Toutefois, une telle comparaison nécessite aussi de tenir compte de la profondeur du foyer. Malheureusement, celle de 1866 reste une inconnue. Mais, selon les spécialistes, cette hypothèse peut-être acceptée avec prudence car les séismes de cette région, tout comme ceux de l’Ubaye, se produisent tous entre 5 et 20 km de profondeur.
Malgré cette différence de profondeur celle-ci est suffisante pour atténuer les effets en surface.
Cette analyse reste une approche de la réalité, mais ce n’est pas suffisant pour affirmer complètement que ce séisme n’ait pas eu d’effets sur la commune de Cagnes tels que l’a décrit André Bonnet. Il convient de poursuivre des recherches dans d’éventuelles sources écrites qui pourraient confirmer une bonne fois pour toute, cette information.



[1] Bonnet Léonard André : Cagnes fortin médiéval son histoire - Editions Ophrys 1957

[2] Ami de l’ordre - journal des Basses Alpes du 24 mai 1866 - base de donnée SisFrance

[3] Rothe J.P. : « Les séismes des Alpes Françaises en 1938 et la sismicité des Alpes « occidentales » Annale 1938 - Institut Physique du Globe de Strasbourg - T3 Géophysique - Mende 1941 - base de données SisFrance

[4] Courrier de l’Isère 22 mai 1866 - base de données Sisfrance

[5] Bulletin hebdomadaire de l’association scientifique de France - T2 - Paris - 1866 - base de données Sisfrance

[6] Périodique ’’Le Var’’ du 20 mai 1866 - bibliothèque Municipale de Fréjus

[7] Le courrier de Marseille du 20 mai 1866 - base de données Sisfrance

[8] L’Echo de l’Ardèche du 24 mai 1866 - base de données Sisfrance

[9] Journal de Nice du jeudi 24 mai 1866 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[10] Le Mercure Aptésien du 27 mai 1866 - base de données Sisfrance

[11] Le Journal de Nice du lundi 21 mai 1866 (A.D.A.M.)


Commentaires

lundi 23 juillet 2012 à 08h13
Séisme du 19 mai 1866

Je ne ferai pas de commentaire sur le séisme.
Aucune compétence.
Je reçois de ta part des informations précieuses et d’un véritable interêt.
Qu’as tu trouvé d’intéressant dans le livre de Bonnet ?
Merci
Paul Bennti

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