Séismes des Alpes-Maritimes du XIVe au XVIIe siècle


LES SÉISMES A FOYER LOCAL

Le séisme de 1348

Cet événement en date du 25 juin [1], figure sur une liste chronologique établie par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (B.R.G.M.). Ce document laisse apparaître que les communes de la Bollène-Vésubie, Roquebillière et Lantosque, auraient été affectées par un séisme d’une intensité maximale estimée à IX sur l’échelle MSK [2].

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Village de la Bollène-Vésubie
(photo : A. Laurenti)

Au-delà de ces trois localités, les effets restent inconnus. Avec l’absence de sources fiables, cet événement demeure contestable, il a désormais été retiré des catalogues officiels.


Le séisme de 1494

Le 23 juin un tremblement de terre serait responsable de dégâts immobiliers à Lantosque, Roquebillière, la Bollène-Vésubie et d’une panique à Nice [1]. L’historien Urbain Bosio ajoute que " des maisons de fermes, à proximité des localités citées, furent écrasées par des masses énormes de pierres qui se détachèrent des flancs des montagnes " [3].
Par ailleurs, l’historique sur l’église Saint-Véran à Utelle nous apprend qu’elle fût détruite en 1452 par un tremblement de terre et reconstruite par le prieur Claudio de Grimaldi pour être achevée en 1547.
Selon l’ouvrage Passeur de Mémoire, une reconstruction vers 1500-1520 réutilisa une partie des murs. On retrouve en effet les éléments les plus anciens, du XIVe siècle sur le mur pignon de l’église [4]. Cette indication complémentaire permet de rajouter le village d’Utelle dans l’aire de destruction de ce séisme. Le phénomène a sans doute touché d’autres localités, mais pour l’heure l’histoire n’en dévoile pas davantage.
Prost fait état d’un affreux tremblement de terre qui effraya tellement les habitants de Nice, qu’ils désertèrent la ville et vécurent en rase campagne. Il fallut un ordre des magistrats pour les ramener dans la ville. La secousse parut dirigée du sud-ouest au nord-est [5].

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Village de Lantosque
Ce village est situé dans la vallée de la Vésubie.
(Photos André LAURENTI)

Le séisme de 1564

Le 20 juillet, une heure avant le coucher de soleil un violent tremblement de terre affecte à nouveau la vallée de la Vésubie. Ce séisme appelé séisme nissart, a fait l’objet d’une étude minutieuse entreprise par B. Cadiot (B.R.G.M.). Malgré tout, la confusion des documents rend difficile la compréhension du phénomène, en voici les raisons : "Un marchand génois de passage à Nice un mois après le séisme, transmet à son correspondant de Nuremberg une lettre illustrée par une carte. Cette lettre écrite en italien a été dans un premier temps traduite en allemand puis reproduite. De nos jours, le texte original a disparu et c’est par hasard qu’une copie de la carte a été retrouvée en Autriche. En observant cette carte, les problèmes graphiques de la localisation et l’orthographe des villages affectés font supposer une réelle méconnaissance de l’arrière pays par l’auteur. Ainsi par recoupement B. Cadiot attribue à Repella le village de Rimplas, à Sandalingi celui de Saint-Dalmas de Valdeblore, à Roccia la Roche, à Morena avec beaucoup d’imagination la Bollène Vésubie ou peut-être Molière, Villaret plusieurs hameaux portent ce nom, quant à Rocca Marina ce dernier reste inconnu.

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Carte du séisme Nissart de 1564
(Collection Universitätsbibliothek Erlangen, Allemagne Broch. I,I)

LES EFFETS DANS LA RÉGION

Roquebillière fut particulièrement éprouvé, et compta près de 300 victimes. L’effondrement de l’église tua 22 personnes et en blessa 60. Le hameau de Gordolon fut détruit de fond en comble. A la Roche, presque totalement anéanti, 50 personnes trouvèrent la mort. Complètement ruiné, on dénombra 250 morts à la Bollène-Vésubie et 14 blessés. A Saint-Jacques de Valdeblore, qui n’existe plus de nos jours, connut une destruction générale, un peu plus haut, à Saint-Dalmas Valdeblore c’est une montagne qui s’est éboulée. A Belvédère une cinquantaine de victimes furent déplorées et autant de blessés. A Lantosque de nombreuses habitations s’écroulèrent, provoquant 3 morts. A Venanson l’église ne résista pas tuant ainsi 21 personnes.

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Village de Venanson
Il domine la vallée de la Vésubie.
(photo : André Laurenti)

A la Penne, le château et quatorze maisons s’effondrèrent. Par ailleurs les châteaux de Saorge, de la Brigue et de Vintimille furent partiellement détruits. A Clans, quatorze maisons s’écroulèrent, un grand nombre d’habitants ainsi que du bétail furent écrasés sous les décombres. A l’Escarène plusieurs sources font état d’une montagne qui se serait ouverte en deux, laissant sortir du feu. Sur les cours d’eau de la Vésubie et du Paillon, des barrages artificiels provoqués par des éboulements firent, après avoir cédé, de nombreuses victimes en aval. Sur le littoral, d’important mouvements de mer ont été rapportés à Antibes, à Monaco, à Nice ainsi qu’un affaissement du port de Villefranche-sur-Mer. L’historien Urbain Bosio indique qu’il n’y aurait pas eu de dommages sérieux dans ce secteur.

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Villefranche-sur-Mer
Le quartier de "Malariba" au premier plan a subi des désordres lors du séismes de 1887.
(photo A. Laurenti)

Le séisme nissart, l’un des plus violents qui ait affecté l’actuel territoire de la France au cours du dernier millénaire, eut un grand retentissement en Europe et éveilla la curiosité des plus célèbres physiciens de l’époque. De nos jours, il suscite de nombreuses interrogations, notamment celles concernant la localisation du foyer. Les scientifiques émettent des avis différents, certains le situent vers l’Escarène, d’autres dans le Valdeblore.

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Carte macrosismique du "séisme nissart"

Une rétrospective des événements anciens est publiée dans le Journal de Nice en 1866. Dans cet article une large part est consacrée au séisme Nissart en voici de larges extraits : Nostradamus rapporte une lettre écrite au comte de Tende gouverneur de Provence : " Je cuide que vous avez entendu la désolation qui est en ces montagnes de Terre Neuve (Val d’Entraunes et comté de Beuil, des vals de la Tinée et de Lantosque, où sont péris jusqu’à dix ou douze que villes, que bourgs et morts de huit à neuf cents personnes aiant commencé telle mortalité et fléau de Dieu, le 20 juillet passé, si qu’une ville tombe aujourd’hui, une autre demain. Les montagnes se fendent par le milieu, les rochers se brisent et se dispersent avec un bruit de tonnerre épouvantable, de sorte que les pauvres gens ne peuvent être seurs ni avoir retraite aux champs ni aux villes...
Encore même mercredi passé, beaucoup de maisons tombèrent. Les deux tiers des habitants de Nice couchent aux champs. Une grande partie du chemin de Vintimille est tombée par terre avec le couvent. Enfin tout est dans la désolation
".
Jean André Salicis, prieur de Valdeblore, ajoute que l’oscillation dura un quart d’heure environ, le 5 août. Saint-Jacques de la vallée du Val de Blora, ensevelit sous ses ruines le seigneur Claude Guigo. Il y eu 50 personnes de tuées, à la Roche et à la Bollène [8].
Ludovic, de Lantosque, a laissé le récit de ces épouvantables catastrophes.
Le notaire Laurenti, de Belvédère, et Jean Lubonis, de Nice, racontent que l’année 1564 le 20 juillet, à une heure de la nuit, on entendit de violentes secousses qui se répétèrent plusieurs fois. Il n’y eut, cette nuit, aucun dommage à Nice ; mais dans la vallée de Lantosque, la Bollène croula presque en entier, la moitié des habitants furent tués et le reste blessés. Presque tout le village de Roquebillère et Belvédère furent renversés. On compta trois cent morts et 60 blessés à Roquebillère ; 50 morts à Belvédère et autant d’estropiés. Lantosque perdit 36 personnes.
Un autre chroniqueur du temps prétend que presque tous les habitants périrent à Lantosque, excepté les enfants. Les maisons qui sont encore debout menacent de s’écrouler.
A Venanson, l’église écrasa le curé, huit hommes et deux femmes qui s’y trouvaient. On y compta 36 morts et onze blessés.
Saorge et Briga furent détruits en partie. Une montagne se détacha à Peille.
Des quartiers de rochers, se détachant des montagnes, ont roulé dans la Vésubie, et fait refluer les eaux, si bien qu’au tremblement de terre s’ajouta, pour Roquebillère, l’inondation, qui acheva de perdre ce qu’avait épargné le fléau [8].
Cet article de presse précise aussi que Roquebillère a été reconstruit sur la rive gauche suite à cet événement. Il rajoute aussi que toutes les églises de la vallée de Lantosque portent le millésime du milieu du 17e siècle [8].
Lors d’un inventaire sur les églises médiévales des Alpes-Maritimes il a été constaté une lacune géographique. On peut supposer qu’il devait y avoir environ une église par commune. Dans toute la partie nord du département, les églises du fond des vallées du Var, de la Tinée et de la Roya Bévéra sont conservées, or ce n’est pas le cas pour la vallée de la Vésubie et sa région. Le séisme nissart de 1564 pourrait être l’explication.

Mes investigations sur cet événement apportent quelques éléments nouveaux sur ce séisme. Tout d’abord, à propos de la localité de Rocca Marina qui n’avait pas pu être identifiée, en me penchant sur l’histoire de la station thermale de Berthemont les Bains, on apprend que celle-ci située entre Roquebillière et Saint-Martin Vésubie, portait au moment du séisme le nom de Rocca Alpinaria. L’histoire indique qu’en 1564 le séisme détruisit totalement les bains. Ils furent reconstruits presque un siècle plus tard, en 1663 sur ordre de Christiane de France, sœur de Louis XIII et veuve de Victor Amédée premier Duc de Savoie. Les bains portèrent par la suite son nom. L’identification supposée de Rocca Marina pourrait permettre d’inscrire un nouveau site dans la zone de très forte intensité.

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Berthemont les Bains
La station thermale de Berthemont les Bains avec son hôtel dans la partie supérieure et l’établissement thermal en dessous.
(Photos André Laurenti)

Autre élément nouveau, c’est la découverte d’un manuscrit des notaires de la commune du Broc aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes. Le notaire Maître François Arnulphy a été dans ces annotations personnelles, le chroniqueur d’événement locaux couvrant la période de 1500 à 1567.

LA COMPILATION DE FRANCOIS ARNULPHY 1500 -1567

Dans la sixième notice de cette chronique, l’auteur mentionne l’événement du 20 juillet 1564 en évoquant seulement et sans aucun autre détail, le nom de la Bollène.
- Le 20 de juillet post ave grand vent par tremblement de la terre et environ la demye nuyt autre tremblement de la terre que a mys par terre toutes les maysons de la Bollène et dez autres lieux en terre neuve et y sont mortz beaucoup de gens.

De la septième à la dix-huitième notice, Maître François Arnulphy évoque ce qui fut probablement les répliques du séisme nissart et mérite d’être rapporté intégralement d’autant plus que ces textes ont été écrits l’année même du séisme par l’auteur, ils attestent donc, une certaine fiabilité.

- A 26 de juillet a retourné davant jour ledit tremblement de la terre dont cest faicte la procession générale au présent lieu du Broc et dict grand messe a la annonciation de notre dame de la Foulx pour Dieu vulle avoir miséricordie du pauvre puble et cesser son ire et la métiier.

- Le luns dy dernier jour de juillet hure de vespres encores est retourné le tremblement de la terre.

- Le 5 d’aoust la nuyet encore est venu le tremblement de la terre. (samedi)
- Sabemedy 19 de aoust a esté le tremblement de la terre dont à Nyce et alz portalz a faict a chacune porte a scavoir de St. Aloy, la Payrolière de limppe et la Marine ung grand puys grandeur de ung vayseau de dix charges et d’une canne de profond.

- Le 27 d’Aoust de matin encores a esté tremblement de la terre. (dimanche)

- Le Luns dy 4 de septembre une hure davant jour a esté tremblement de la terre.

- Le samedy 23 de septembre a hure de sohel de vespre encore tremblement de la terre avec vent.

- Luns dy 25 de septembre de grand matin encores grand tremblement de la terre.

- A 7 de novembre environ demye nuyet tremblement de la terre. (mardi)

- Le 16 de …la nuyet environ une heure demye nuyet grand tremblement de la terre. Pour ce dernier, le mois reste inconnu.

D’AUTRES ÉVÉNEMENTS ?

Par ailleurs deux autres événements qui ne figurent dans aucune compilations connues même dans les documents italiens, sont consignés dans le manuscrit. Le premier a eu lieu le 19 Mai 1549.

- Ledit an et le lunddy 19 de may a 9 hures a esté grand tremblement de la terre duquel est tombés en plusieurs lieux dez maysons et dez cheminées.

Ce séisme apparemment a été destructeur. Malheureusement Arnulphy ne mentionne aucune localité et il semble bien difficile de trouver d’autres informations.

Le second et dernier événement mentionné a eu lieu le 10 septembre 1566.
- 1566 et 10 de septembre de nuyet a fait grand tremblement de la terre et presque toute l’année. On se trouve ici, en présence d’un séisme troublant qui ne s’est peut être pas produit dans les actuelles Alpes-Maritimes, en effet E. de Balincourt (1906) évoque un important tremblement de terre à Avignon le 5 Mai 1566.Si Arnulphy note le 10 Septembre, il précise néanmoins que le séisme a duré une partie de l’année.

CONCLUSION

Cette dernière découverte permet d’exclure définitivement le séisme de 1556 qui ne figure pas dans le manuscrit d’Arnulphy et qui était qualifié de douteux depuis longtemps par les historiens. Il s’agit probablement d’une confusion de date avec le séisme majeur de 1564. Toutefois elle confirme avec certitude, la date du 20 juillet 1564 comme étant l’événement majeur et apporte un éclaircissement sur les répliques, tout en supprimant le doute sur les différentes dates fournies par des historiens dans d’autres sources.


Le séisme de 1612

Le 30 juin à 15 h, un tremblement de terre provoqua une grande frayeur parmi la population et fit sonner les cloches de la grande horloge de Nice. Les dégâts d’après Gioffredo, furent mineurs.


Le séisme de 1618

Le 14 et 16 juin, de fortes secousses furent ressenties à Nice sans causer de dégâts [1]. Bosio précise qu’elles auraient fortement ébranlé la montagne du Férion, provoquant l’effondrement de maisons et de fermes à Duranus, Roccasparvière et Coaraze [3]. Par ailleurs, les murs du château de Saorge auraient été ébranlés. Dans le mémoire de Giuseppe Mercalli, l’auteur mentionne un autre séisme, même jour, même mois, même lieux mais l’année précédente en 1617, il s’agit probablement d’une confusion de date. Ce tremblement de terre aurait été ressenti dans tout le Comté de Nice, faisant beaucoup de dégâts à Lantosque, Roccasparvière et à Coaraze. Dans la campagne d’Utelle, deux femmes et trois enfants furent tués sous les ruines d’une maison [1].
Ce tremblement de terre serait à l’origine de l’abandon du village de Roccasparviere situé sur le flanc Est de la crête des Graus, entre la vallée de la Vésubie et le val naissant du Paillon. L’historien contemporain Pierre Robert Garino, nous apprend que le canal d’acheminement d’eau de Roccasparvière (1 100 m d’altitude) fut endommagé et que le lieu de captage qui se situait au col de l’Autaret (1 240m d’altitude), s’affaissa de plusieurs mètres, privant définitivement le village d’eau courante [6]. Cette catastrophe aurait incité les habitants à abandonner petit à petit les lieux, pour la commune de Duranus à l’ouest et le hameau de l’Engarvin à l’est.
On retrouve les mêmes motifs qui ont poussé les habitants de Roccasparviere à abandonner le village, dans le tout petit ouvrage de Paul Canestrier qui a été curé à Saint-Jean la Rivière en 1930. Il indique que le "Raccolta" de Jules Uberti (mentionné comme étant l’un des trésors de l’église paroissiale de Duranus) contient le journal précis de l’exode de la population. Les gens dit-il, optèrent pour leurs campagnes de Duranus, un site "plus commode et plus salubre" à trois mille pas en aval, à mi-côte sur la vallée de la Vésubie. Sept ans après le séisme, à partir de 1625, "les chefs de famille, les Blancart, les Imbert, les Gasiglia, les Laurenti, les Giordan, les Gioffert, les Gilli, les Roux, les Massiera, les uns après les autres désarticulèrent les masures tremblantes, descendirent les poutres et les tuiles, puis pièce par pièce, le four banal, le moulin et autres édifices publics" [7].

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Roccasparviere
Un village abandonné situé sur le flanc Est et Sud-Est de la crête des Graus, à environ 1 100 m d’altitude.
(Photos A. Laurenti)
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Les ruines de Roccasparviere
(Photos : André Laurenti)

Le séisme de 1644

Le registre paroissial de la commune de Belvédère, relate que le 15 février 1644 deux secousses violentes furent ressenties dans la vallée de Lantosque. Trois personnes périrent à Belvédère, d’autres victimes eurent lieu à la Bollène et à Roquebillière. Un journal publié à Gênes le 12 mars 1644, confirme l’événement et complète l’information en évoquant la désolation de cinq terres dans le comté de Nice et de Provence, ainsi que la mort d’un grand nombre de paysans. On apprend également dans un autre journal italien, le "Schiaffino", que le 15 février 1644, vers 17 h des secousses furent ressenties à Gênes et ruina trois terres dans le Comté niçois. Selon l’histoire chronologique de Provence, l’historien Bouche rapporte qu’un grand tremblement de terre fut constaté en Provence et principalement le long de la côte maritime. Il a été un peu ressenti à Aix en Provence, un peu plus fortement à Marseille, mais beaucoup plus à Fréjus, où l’église, pendant qu’on y faisait la prédication, trembla si fort qu’il semblait qu’elle allait s’écrouler, et le peuple épouvanté prit la fuite. Il indiqua aussi que le séisme a ruiné la moitié de 14 villages ensevelissant beaucoup de personnes et renversant deux grands châteaux. Il signale aussi, l’éboulement d’une montagne qui aurait emporté quatre cents brebis passant au pied. L’auteur rajoute que le village de Châteauneuf a ressenti les secousses pendant plusieurs jours ; les habitants étaient sortis de leurs maisons et avaient fait des huttes en campagne. Parmi les voix sortant de beaucoup d’endroits, on trouva quantité de corps morts écrasés sous les ruines des maisons abattues [8].
L’illustre Godeau, académicien, évêque de Grasse et de Vence, faisait allusion à ce tremblement de terre, quand il écrivait de Paris, dans son Mandement du 5 mars 1664 : Le peuple, au moment de la secousse, se trouvait à l’église cathédrale de Grasse, quand le prédicateur faisait son sermon, le premier lundi de Carême, 15 février " je m’imagine voir, disait-il, les uns qui sortent les autres qui entrent, tous qui pleurent, qui sont saisis d’effroi et qui ne savent où se réfugier. Et puis je lève les yeux plus haut et je regarde Dieu qui tient la foudre en mains, prêt à la laisser choir sur vous. C’est ce qui me donne une frayeur plus grande, il l’a fait gronder, il a fait trembler la terre afin de vous retirer de l’assoupissement du pêché et de l’amour des choses de ce monde" [8]
A propos de Châteauneuf, dans un petit opuscule, M. A. Moris ancien archiviste départemental, déclare que les habitants abandonnèrent le village après le tremblement de terre de 1644 pour redescendre à l’emplacement du village primitif.
Selon J.B. Martel qui s’est penché sur l’histoire de ce village, Châteauneuf n’aurait pas été détruit par le séisme de 1644, il aurait en fait été déserté progressivement à partir de 1748. Martel précise que cette erreur a été reproduite par la plupart des auteurs contemporains qui se sont intéressés à l’histoire de cette localité [9].

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Carte macrosismique
Document réalisé par André Laurenti

Parmi les anciens historiens qui ont parlé plus spécialement du séisme mis à part Bouche ; Gioffredo, Durante, Scaliero, Bonifacy, etc... aucun ne site Châteauneuf. Gioffredo considérera exagérés les propos de Bouche, mais il se rendra à l’évidence en affirmant que le tremblement de terre a été vraiment extraordinaire, particulièrement à Belvédère, Roquebillière et Lantosque où les églises et les habitations furent ruinées.
Mais c’est le travail de M. Séraphin Laugeri qui permettra de découvrir un cinquième village qu’aucun historien n’a évoqué et peut-être l’un des deux châteaux énoncé par Bouche. Ce village, c’est celui de Toudon situé sur les crêtes dominant la vallée de l’Estéron. En effet, le registre paroissial de Toudon indique pour la journée du 15 février 1644, le décès de 36 personnes. Ce jour là, le séisme fit s’effondrer des rochers et les murailles du château sur le quartier du Brec, détruisant 32 maisons, tuant principalement des femmes et des enfants car les hommes étaient partis aux champs [10].

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Village de Toudon
Le village surplombe la vallée de l’Esteron : le château se trouvait sur le mamelon rocheux au premier plan de la photo de gauche, et à droite sur l’autre vue.
(photos A. Laurenti)

Par ailleurs d’autres sources diverses apportent quelques informations précieuses sur l’étendue des secousses. Ainsi à Oneglia et à Porto Maurizio (Imperia) la secousse a été tellement forte que la population est allée s’installer pour deux mois dans les campagnes. A Taggia, les habitants étaient réunis à l’église paroissiale lorsque les colonnes et les murs se mirent à trembler. Les fidèles s’enfuirent et l’un d’entre eux reçu une pierre sur la tête. La secousse fut ressentie également à Alessandria, à Grasse, à Fréjus où là aussi les gens s’enfuirent de l’église, à Marseille, Aix en Provence et enfin à Gap [1].

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Carte macrosismique élargie
Document réalisé par André Laurenti

Ce séisme met un terme à une série d’événements ayant certainement pour épicentre les Alpes-Maritimes actuelles, cela fait très exactement 370 ans qu’il ne s’est plus rien produit localement, à méditer....


[1] Mercalli Giuseppe : I terremoti della Liguria e del Piemonte - Napoli 1897 (Instituto Nazionale de Geofisica de Roma)

[2] Bureau de Recherches Géologiques et Minières n°59 - p 206 et 217 (Laboratoire sismologique de Monaco)

[3] Bosio Urbain : La Province des Alpes-Maritimes - Nice 1902 - (Bibliothèque de Menton)

[4] Brochure "Passeur de mémoire" - Patrimoine des Alpes-Maritimes : la basse Vésubie p.65 - Conseil Général des Alpes-Maritimes - Août 2013

[5] Prost O. notice intitulée "Tremblement de terre du 29 décembre 1854 comparé à ceux des siècles précédents" - Année 1855 - Musée Masséna Nice

[6] Garino Pierre-Robert "Duranus autrefois Rocca-Sparviera" - Serre Editeur - 192 pages - année 1993

[7] Canestrier Paul "Roccasparviera village tragique" - année 1930 - 26 pages - (Bibliothèque ville de Nice Réf BM/PL 6506)

[8] Journal de Nice 23 mai 1866 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[9] Martel J.B. : "Histoire de Châteauneuf de Contes" - Editions Serre - collection les Régionales - année 1989

[10] Laugeri Seraphin : "Tremble terre à Toudon" - extrait de la revue culturelle bilingue nissart français "Lou Sourgentin" - numéro d’octobre 1979


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