A propos du séisme d’Amatrice


La Côte d’Azur comme on le sait, est exposée aux risques de tremblements de terre. Dans l’histoire de la région, les Alpes-Maritimes ont été le théâtre de nombreux séismes destructeurs produisant leur lot de dégâts. En examinant l’événement qui a impacté la province de Rieti en Italie et la sismicité historique de notre région, on peut être certain qu’un tel séisme surviendra un jour dans le département. Le dernier séisme destructeur de 1887 a d’ailleurs atteint une magnitude de 6.8, nettement plus puissant que celui d’Amatrice (6.0 Mw source INGV, 6.2 Mw source CSEM).

Hypocentre du séisme d’Amatrice

La profondeur du foyer (hypocentre) du tremblement de terre d’Amatrice est superficielle, elle a été estimée à 4 km seulement, ce qui explique en partie la gravité des dégâts en surface. A cela, vient s’ajouter également la vulnérabilité des constructions et probablement, en observant certaines photos, la nature du sol.

Qu’en est-il dans les Alpes-Maritimes ?

Un tel événement peut très bien se produire dans les Alpes-Maritimes. La vallée de la Vésubie et le Valdeblore ont été gravement affecté en 1564 par le séisme connu sous le nom de "séisme nissart", causant la mort de plusieurs centaines de personnes. L’épicentre de cet événement n’est pas connu, mais aurait pour origine probablement cette partie du département.

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Carte macrosismique du "séisme nissart"

Situé à quelques 55 km du littoral azuréen, le village de la Bollène Vésubie a été plusieurs fois endommagé par des séismes. Celui de 1564 aurait fait plus de 250 victimes dans cette localité. Lors du séisme Ligure de 1887, ce même village pourtant situé à plus de 70 km de l’épicentre, a connu des dégâts spectaculaires tuant 2 personnes (1).

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Village de la Bollène-Vésubie
(photo : A. Laurenti)

A l’exception de la tectonique avec son mécanisme sous-jacent différent entre le "séisme nissart" et celui d’Italie, on relève toutefois quelques similitudes, notamment en ce qui concerne la profondeur du foyer. Certes, on ne connaît pas celle du "séisme nissart", mais d’après les informations que nous livrent les archives, la zone sévèrement impactée par l’événement semble assez réduite et laisse supposer que l’hypocentre était lui aussi proche de la surface. A cela s’ajoute aisément la vulnérabilité du bâti des villages et aussi la nature du sol.

Mouvement de sol et vulnérabilité

Il y a quelques années, des affaissements de sol se sont produits dans le village de la Bollène Vésubie. Des mouvements liés à un phénomène de dissolution dans les formations gypseuses, cela à la suite de la circulation anarchique d’eaux souterraines. On remarque au niveau du bâti reposant sur ces formations, des façades complètement déformées avec des murs porteurs qui ont perdu leur verticalité (1).

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La Bollène Vésubie
En juin 1994, c’était un petit bar pittoresque, en 1998 le bâtiment a été évacué (photo : André Laurenti)

Depuis le séisme de 1887 dont on connaît les effets sur la Bollène, ce village a accentué considérablement sa vulnérabilité. Avec les deux guerres et l’exode rurale, le tissu urbain s’est nettement clairsemé. De nos jours ce bâti privé de mesure de renforcement, manifeste d’importants désordres, façades bombées et fissurées voire même lézardées, à cela s’ajoute le manque de préparation et une sensibilisation inexistantes des habitants (1).
Ainsi face à cette situation, un séisme de magnitude comprise entre 5.5 et 6.0 qui ferait juste un peu peur aux japonais, serait suffisant ici, pour faire un désastre.

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Effet du séisme Ligure de 1887
Application des effets du séisme de 1887 sur le cadastre de 1874
(Document créé par André Laurenti)

Des techniques existent

On ne peut pas éviter la survenance d’un tremblement de terre, en revanche on peut se protéger en entretenant et en confortant les bâtiments privés et publics, du moins en réduire leur vulnérabilité.
Pour ce qui concerne les constructions neuves, l’application des règles parasismiques ne représente pas trop de difficultés car les techniques et les matériaux employés sont mieux maîtrisés par les professionnels du bâtiment. En revanche le bâti ancien est plus compliqué, il est conseillé pour tout travaux, d’effectuer un diagnostic sur la vulnérabilité acquise du bâtiment et de faire appel à des professionnels qualifiés.

La mission d’étude effectuée l’été 2013 en Emilia Romagna en compagnie de Victor Davidovici, président d’honneur de l’Association Française de génie Parasismique (A.F.P.S.), a permis d’observer les différents dommages sur le bâti ancien suite au séisme de 2012 et aussi les méthodes de confortements qui existent permettant de réduire la vulnérabilité des édifices.

Dans les Alpes-Maritimes où 133 communes se situent en zone 4 (zonage 2011), les dirigeants locaux trop passifs dans ce domaine, devraient donner l’exemple. Le manque d’investissement, le fatalisme dont on se cache derrière pour que rien ne change, sont aussi responsables du nombre élevé des victimes en Italie.
Nous sommes un pays européen, des aides existent, des techniques au niveau des traitements de sol et des renforcements du bâti ancien existent et pourraient être mises en œuvre au moins sur les établissements publics de ces communes, en particulier les écoles, afin que ceux-ci ne deviennent pas une arme de destruction massive à l’occasion d’un séisme.

Documentation
1 - Laurenti André - Les Alpes-Maritimes à l’écoute des séismes - Serre éditions - année 2006 - p 45 à 62

Rapport Mission d’étude 2013 - plan séisme


Commentaires

Logo de Nicole NEPI
samedi 27 août 2016 à 22h57, par  Nicole NEPI
17 - A propos du séisme d’Amatrice

Un exposé très complet et d’une grande clarté. Bravo, vous savez vraiment faire partager votre passion, et rendre intelligibles les informations les plus complexes. Merci de nous informer avec tant de régularité de ce qui nous touche d’aussi près.
Nicole NEPI

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