Le village de Castillon


L’ancien village de Castillon

Cet ancien lieu habité a eu sa place dans l’histoire grâce à sa position stratégique surplombant le passage obligé pour se rendre de Menton au sud, à Sospel au nord. Le village de Castillon a survécu ainsi aux nombreuses invasions, mais ne pouvait pas soupçonner une fin aussi brutale et des déplacements aussi rapprochés.
A l’époque du séisme, le village était édifié sur une crête rocailleuse, très étroite orientée nord sud et dominant le col géographique de Castillon. Cette position sur la roche, permettait de réserver les terres environnantes à une culture en restanque, comme dans beaucoup d’autres lieux du département.

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Castillon
A l’époque du tremblement de terre Castillon était implanté sur une crête dominante surplombant le col géographique de Castillon
(Reproduction ; carte postale)
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Castillon
Le village vu depuis la route en venant de Sospel
(reproduction : carte postale)

Les coteaux de Castillon fournissaient un vin de pays exquis et réputé, la pomme de terre y était aussi célèbre, également les fruits des vergers, le lait de chèvre et de vache, toute la population était essentiellement pastorale.
Les constructions rustiques pas toujours bien entretenues, n’étaient pas vraiment de bonne qualité pour résister à un séisme.

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Castillon
L’accès principal du village avec ses maisons qui s’alignaient sur cette crête étroite
(Photo ; A. Martel)

ANCIEN VILLAGE
Alt. : 740 m
Latitude : 43° 50’ 09" Nord - Longitude : 7° 27’ 32" Est
Population : 339 habitants en 1886

Cadastre Napoléonien
Section : B1 Le Village

Les effets du séisme sur le village

S’il est un village qui ait souffert du tremblement de terre dans le mentonnais, Castillon est celui qui en a été le plus meurtri. Déjà, le 30 juin 1886, un violent orage de grêle avait détruit toutes les récoltes. Huit mois après, le séisme anéanti toute espérance, plus d’abri, plus aucun moyen d’existence, sans récolte et sans argent, bref la misère la plus totale s’est abattue sur cette communauté.

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Castillon
Peu de constructions ont échappé à l’agression sismique

Voici le contenu de la lettre du Maire de Castillon adressée au Préfet après les violentes secousses :
Monsieur le Préfet,
J’ai l’honneur de vous faire connaître que ce matin vers les 6 heures une terrible secousse de tremblement de terre a détruit plus des quatre cinquièmes des maisons de ce village il y a eu des morts et des blessés, plus de trente familles sont sans abri et sans ressources obligées de bivouaquer ou de se remiser dans le petit nombre de maisons restées debout.
Tout le monde est dans l’anxiété attendant toujours de nouveaux désastres, qui paraissent imminents.
Des secours de toute sorte nous seraient nécessaires j’espère, Monsieur le Préfet, que votre sollicitude pour les malheureux nous fera obtenir ce qui est indispensable au soulagement de ces pauvres infortunés.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, la nouvelle assurance de ma respectueuse considération.
 [1]

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Castillon
Les fouilles après le tremblement de terre
(Source : Société d’Art et d’Histoire du Mentonnais)

Les gendarmes du canton de Sospel, se rendirent sur les lieux, ils rédigèrent le rapport suivant :
La commune de Castillon a été éprouvée d’une manière terrible ; sur 48 maisons dont le village est composé, 22 sont complètement écroulées, 10 sont inhabitables, et les autres fortement endommagées. Le village est abandonné. L’aspect est navrant, la désolation est immense et la misère suivra de très près à ce désastre car les habitants ont leurs récoltes et leurs provisions de toute nature ensevelies sous les ruines. Ce village comprend 313 habitants divisés en 58 ménages dont la plus grande partie sont sans asile et sans ressource à la suite de ce désastre.
Deux enfants ont été ensevelis sous les décombres d’où ils ont été retirés morts, ce sont : Basilia (Caroline), âgée de 8 ans et Bottin (Victor), âgé de 3 ans. Les nommées Valetta Caroline, âgée de 46 ans, et Saramito Catherine, âgée de 42 ans, sont blessées assez grièvement. Vingt autres personnes ont reçu des contusions sans gravité apparente. Les premiers soins ont été donnés aux blessés par M. Sassi, docteur en médecine et sur son avis dix sept de ces derniers ont été transportés à l’hospice de Sospel
...
Dans la nuit du 23 et dans la journée du 24 plusieurs secousses légères ont encore eu lieu. Une partie des habitants ont campé sur la route et dans les champs ; un grand nombre ont abandonné les étages supérieurs des maisons et se sont installés au rez-de-chaussée et dans les corridors afin de rendre la fuite plus facile dans le cas où des secousses plus fortes viendraient à se produire... [2].

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Castillon
(Source : Société d’Art et d’Histoire du Mentonnais)

Les articles de presse témoignent également de la violence du tremblement de terre de 1887, "il ne reste qu’un amas informe, horrible à parcourir, des poutres, des gravats, de vieux meubles dont une partie s’est éboulée sur les parois du versant sud. Des pans de murs ne tiennent plus que par miracle. On ne reconnaît même plus l’emplacement de certaines rues. On procède activement au déblaiement des décombres et on travaille à consolider ou à démolir les maisons menaçant ruine" [3].

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Castillon
(Source : Société d’Art et d’Histoire du Mentonnais)

Un détachement du 24ème chasseur vint prêter main forte en mettant à la disposition des autorités civiles une section de vingt chasseurs à pied.
Une vingtaine de blessés furent acheminés vers l’hôpital de Sospel (...) Parmi ce monceau de ruines, seuls l’école, la maison du maire, le presbytère et l’église ont été épargnés, le clocher quant à lui, est tellement lézardé de haut en bas que sa démolition est inévitable [4].

La presse rapportera que la femme du garde champêtre, dont le mari a été grièvement blessé et qui a failli être enterré vivant, déjà un peu indisposée avant la calamité, a succombé aux suites de la frayeur [5].

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Des montagnes de gravats après le séisme
(Photo : Fournier ref. 10 Fi Arch. Dép. A.M.)

Le préfet des Alpes-Maritimes, M. Henry et les députés MM Borriglione et Roure se rendirent sur les lieux. Ils constatèrent que sur les 67 maisons qui composait le bourg, 46 furent absolument inhabitables et devront être complètement réédifiées, quant aux autres, elles furent plus ou moins atteintes, aucune ne restera indemne [6].

Un état présentant les pertes par commune nota pour Castillon : 60 perdants, 36 maisons détruites et 12 maisons en partie détruites [7].

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Castillon
Le village avant son abandon définitif
((reproduction : carte postale))

Dans une revue scientifique du 1er semestre 1887, un article tente de fournir une explication sur les raisons de la destruction de Castillon.
Aucun village en France, n’a été abîmé autant que celui-ci. La partie supérieure de la montagne est toute disloquée. Elle est formée par l’adossement de couches très inclinées. Ce sommet disloqué est d’une faible épaisseur. La forme de la montagne est celle d’une lame de couteau inclinée obliquement du sud au nord et la partie ouest est presque verticale. Les stratifications du terrain dans ces divers sens ne donnent aucune solidité aux maisons bâties sur le sommet. Le village n’est pas bâti directement sur le rocher comme à Monaco, mais bien sur des éboulées et sur des vides comblés par l’argile. Or si des matières molles ou des masses lâches reposent sur la roche dure et solide, la moindre vibration de la base suffit pour produire un ébranlement des masses molles. Il se produit le phénomène qu’on peut si facilement répéter avec de la poudre fine qu’on place sur une plaque métallique et qu’on fait résonner. Le mouvement vibratoire se transmettant de la roche compacte aux formations meubles tend à projeter ces dernières.

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Castillon
(Reproduction : Carte postale du vieux village)

Un déplacement décidé
Très rapidement le Préfet indiqua que Castillon est anéanti et en décide son déplacement.
En effet, le village ne tardera pas à n’être plus qu’un souvenir. Un mois après la catastrophe, la presse écrit que le village sera probablement reconstruit sur le plateau du souterrain de la Garde [8].
Quelques jours après, on apprend qu’un projet est à l’étude. M. Orengo conducteur des Ponts et Chaussées à Sospel a été chargé de lever un plan général d’étude et que ses opérations ont commencé [9].

Les habitants abandonnèrent par la suite le vieux village, ils s’installèrent cinquante mètres plus bas, au col géographique nettement plus facile d’accès et sur un terrain beaucoup plus plat.

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Castillon
Les deux villages
(Reproduction : carte postale)
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Castillon
Le second village au col géographique
(Reproduction : carte postale)

Les ruines du villages resteront encore visible comme on peut le voir sur les cartes postales anciennes, jusque dans les années 30. Par la suite, l’ancien village sera remplacé définitivement par l’édification d’un fort de la ligne Maginot destiné à arrêter les éventuelles attaques italiennes. De nos jours, il ne subsiste plus grand chose du village primitif, excepté quelques traces de fondations encore visibles.


Un tremblement de terre et deux déménagements
Après le terrible souvenir du tremblement de terre, le mauvais sort continu s’acharner à nouveau sur Castillon. En effet, pendant la dernière guerre, le nouveau village fut bombardé par les alliés en 1944, touchant quelques maisons. Comment faire ! faut-il rester là ! les habitants s’interrogeaient.
Le nouveau Castillon n’avait pas la possibilité de prospérer et de s’étendre. Cerné par des terrains militaires, ce village ne pouvait pas se développer. Un troisième emplacement fut alors étudié. Il sera finalement reconstruit quelques kilomètres plus bas, sur le versant sud du col, sur les hauteurs du hameau de Monti, au dessus de Menton.

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Castillon
Vue générale des deux villages
(Source : Archives Départementales des Alpes-Maritimes)

NOUVEAU VILLAGE
Superficie : 751 ha - Alt. : 535 m
Latitude :43° 50’ 03" Nord - Longitude : 7° 28’ 22" Est
367 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Le troisième emplacement de Castillon édifié en 1951, se situe à 10 kilomètres au nord de Menton, à mis chemin entre le col géographique et le littoral.

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Nouveau village de Castillon
Le nouveau village de Castillon est situé sur un versant à 535 m d’altitude, entre le col géographique et Menton.
(Photos : André Laurenti)

[1] Dossier pédagogique sur le tremblement de terre de 1887 réalisé par les Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[2] Dossier pédagogique sur le tremblement de terre de 1887 réalisé par les Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[3] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 21 mars 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[4] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 21 mars 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[5] L’Éclaireur du Littoral : extrait du journal du 5 mars 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[6] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 21 mars 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[7] Etat des dégâts causés par le tremblement de terre de 1887 dans le département des Alpes-Maritimes - réf 1M982 – Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[8] L’Éclaireur du Littoral du 27 mars 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[9] L’Éclaireur du Littoral du 5 avril 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes


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