Vulnérabilité


LE BATI ANCIEN

VULNERABILITE - LES PRINCIPALES CAUSES

D’une manière générale depuis le début du 20ème siècle, le bâti ancien des villages du haut pays augmente inexorablement sa vulnérabilité. Un processus qui s’est accentué après les deux guerres provoqué par l’exode rurale. Bon nombre de bâtiments sont restés à l’abandon, certain ont été démolis créant des vides dans le tissu urbain. Aujourd’hui avec la vie moderne et un choix de matériaux pas toujours bien adapté, non seulement il n’est pas suffisamment bien entretenu, mais il fait surtout l’objet de modifications de nature à le fragiliser. Le bâti ancien fait quelquefois encore l’objet de transformations modifiant la structure porteuse sans intervention d’architecte et de bureaux d’études. Il est donc conseillé à l’occasion de travaux de faire un diagnostic de la vulnérabilité acquise et de programmer des interventions de confortement en même temps que les travaux de confort. Pour éviter tout risque d’endommagement, voire d’accident, faites appel à un professionnel qualifié et n’hésitez pas à vous faire assister par un bureau d’études ou un architecte.

Le maintien de la sécurité des citoyens et la protection des voies d’accès nécessitent de prêter un intérêt particulier sur ces constructions. Il ne faut pas oublier qu’en matière de gestion de la sécurité, le maire est responsable. La prévention des risques naturels repose sur le pouvoir de police général du maire fondé sur le code général des collectivités territoriales dans ses articles L.2212-1 / L.2212-2 / L.2215-1.

Voici ci-dessous quelques exemples parlants d’interventions à réaliser avec une très grande prudence, ou carrément à déconseiller.


LES OUVERTURES

Au delà d’un certain niveau de dislocation, le processus de ruine du bâtiment commence. Cette dislocation peut commencer autour des ouvertures. Les ouvertures dans une façade constituent des points vulnérables en cas de séisme. Certaines ouvertures aujourd’hui posent problème. En effet, autrefois le rez-de-chaussée des habitations servait d’étable ou de remise et possédait des ouvertures basses et étroites. De nos jours, de grandes percées ont été par endroits réalisées pour les besoins d’un commerce ou tout simplement d’un garage pour la voiture. Tout ceci bouleverse l’organisation ancienne des murs de façade et ne fait qu’affaiblir le bâtiment.

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Les ouvertures
A gauche affaissement du linteau mal réalisé ou absent, à droite bâtiment coupé en deux par des ouvertures surdimensionnées et totalement dépourvues de linteau. Séisme d’Ombria de septembre 1997 (Italie)
(Photos : André Laurenti)
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Hameau du Cros d’Utelle
Exemple d’ouverture surdimensionnée dans la vallée de la Vésubie. Un village bâti sur une brêche de faille.
(Photo : André Laurenti)

L’APPORT DE BETON ARME

L’introduction dans un mur constitué de petites pierres liées à de la chaux ou à de l’argile, des éléments en béton extrêmement rigides peut avoir l’effet contraire à celui rechercher, c’est à dire augmenter la vulnérabilité car sous l’effet de la sollicitation sismique, il va se produire des coups de bélier et entraînera la ruine partielle, parfois totale de l’édifice.

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L’apport de béton armé
Toiture rigide posée sur des appuis trop peu résistants Séisme d’Ombria de septembre 1997 (Italie).
(Photos : André Laurenti)

Sans aller bien loin, voici un exemple de travaux d’aménagement intérieur récents réalisés chez un particulier dans un village de l’arrière pays niçois, situé pourtant en zone 4.

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Village de Peille
Le plancher de cette maison constitué de poutrelles en béton armé précontraint, repose sur des appuis très peu stable
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Village de Peille
Dans cette même habitation, on peut remarquer l’absence de linteau au dessus des ouvertures. Etant en rez de chaussée, de petits chainaux verticaux complémentaire auraient été nécessaires pour ceinturer l’ensemble.

LES SURELEVATIONS

Une surélévation réalisée en structure rigide posée sur des matériaux d’origine, c’est à dire souples et par conséquent différents n’est pas recommandable sauf si l’ensemble est repris depuis la base.


LES TRANSFORMATIONS

Les transformations qui se traduisent par la suppression des murs porteurs sont susceptibles d’affaiblir la résistance de la structure porteuse. De surcroît lors d’un séisme, elles risquent d’entraîner des dommages aux constructions riveraines. Mes investigations sur le tremblement de terre Ligure de 1887 m’ont permis de découvrir un exemple typique à Nice.

- Le cas de l’école du quartier Saint-Etienne à Nice (immeuble Camous) :

A l’origine cet immeuble récent à l’époque, construit par Monsieur l’abbé Camous en 1870, se composait d’un bâtiment central, comprenant un rez de chaussée, trois étages et de deux ailes adjacentes à quatre étages. La longueur de la façade mesurait 32,60 pour une largeur de 11,00m. Le 3 décembre 1878, Monsieur l’abbé Camous signe avec la ville de Nice un bail, louant la maison qu’il avait faite construire au quartier Saint-Etienne. La Ville installe aussitôt l’école de garçons et de filles et également les appartements des instituteurs et institutrices et cela pour une durée de neuf ans soit jusqu’au 30 septembre 1887.

- Des transformations entreprises par la Ville de Nice : Dans le courant du bail la ville procède à différentes modifications, toutes les cloisons de séparation de l’aile ouest furent démolies depuis le rez de chaussée jusqu’au deuxième étage, sauf celles du coté Nord. A l’origine ces cloisons avaient été directement élevées au dessus des autres, de telle façon qu’une série de cloisons similaires n’en formait qu’une seule partant du rez de chaussée jusqu’au comble. Cette disposition avait pour but de ne pas faire supporter les cloisons par les planchers ; elle permettait en même temps de soulager les poutres dont la portée en certains points était assez importante. Dans l’aile Est, seules les cloisons de séparation du 1er étage furent supprimées. Quelques temps après, à la suite de ces transformations, de nombreuses fissures apparurent dans les cloisons des niveaux supérieurs. Des réparations durent être réalisées très rapidement. Lors du tremblement de terre de 1887 ce qui devait arriver arriva, toute la maçonnerie de l’angle Sud Ouest s’est écroulée entraînant avec elle les planchers et la toiture et provoquant la mort de l’institutrice. Suite à cette catastrophe, les experts estimèrent que la ville en supprimant les cloisons du 1er étage de l’aile Est a enlevé un des principaux soutiens. Aussi le plancher du second qui auparavant reposait sur quatre cloisons a dû supporter toutes celles qui étaient établies au dessus. Les bois auraient dû avoir une épaisseur suffisante pour empêcher toute flexion mais le constructeur n’a pas eu cette intention, il a calculé les dimensions des poutres en tenant compte des points d’appui intermédiaires, ce qui lui a permis de les réduire dans certaines proportions.

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Les transformations
L’école maternelle du quartier Saint-Etienne à Nice.
(Bulletin l’Astronomie - avril 1887)

- Une construction à grande économie : Une grande économie a présidé à la dite construction au détriment de la solidité de l’immeuble. Les fondations ont été exécutées dans de bonnes conditions, la chaux hydraulique employé pour la confection du mortier a permis d’obtenir par la prise rapide, un bloc de maçonnerie capable de supporter le poids qu’il devait recevoir. Mais au dessus les murs principaux avaient cinquante centimètres d’épaisseur et au couronnement quarante centimètres sur une hauteur de 19,50m. A l’époque, il était d’usage dans ce type de constructions d’adopter la dimension de soixante dix au point de départ pour avoir une bonne assise. En outre, la maçonnerie d’élévation a été faite avec de la chaux grasse et du sable terreux provenant des carrières de Saint-Etienne. Dans les constructions faites rapidement, c’est à dire dans un délai assez court six mois environ comme ce fut le cas pour ce bâtiment, la chaux grasse est rarement employée à cause de la prise lente qui ne lui permet pas de supporter tout de suite un poids assez important. Les anciens qui ne connaissaient que cette matière avaient soin de ne construire qu’un étage pour donner le temps au mortier de se solidifier avant d’être soumis à la compression. En outre, le sable employé était terreux et son mélange avec la chaux grasse ne pouvait pas fournir un mortier capable d’obtenir la dureté recherchée.

- Une part des responsabilités à la ville de Nice Dans ces conditions les experts attribuèrent la principale cause de la destruction de l’aile ouest, aux faibles dimensions des murs et à la mauvaise qualité du mortier d’autant plus que des tirants en fer reliaient en tout sens et à chaque étage, les murs entre eux. Ils durent reconnaître également que si aucun changement n’avait été effectué à l’intérieur, peut être que l’aile ouest ne se serait pas écroulée. En résumer non seulement il faut attribuer la cause de la destruction, à la mauvaise construction de cette partie de la maison, mais encore à l’enlèvement des cloisons qui auraient pu servir de résistance à la poussée des murs.


LE NON ENTRETIEN DU BATI

La vulnérabilité d’un bâti dépend non seulement de sa capacité de résistance, mais aussi - et surtout - du comportement de la communauté qui l’a utilisé. L’exemple historique de Bar-sur-Loup est très significatif, il démontre parfaitement l’attention particulière que l’on doit apporter au bâti ancien. En effet, les archives de ce village nous apprennent que le séisme du 29 décembre 1854 provoqua de sérieuses lézardes dans la tour Est du château qui domine le village du Bar. Celle-ci, déjà bien abîmée par le temps et mutilée par des aménagements intérieurs, ne reçut aucune réparation par la suite. Trente-trois ans plus tard, ce qui devait arriver arriva, le 23 février 1887, à la suite du tremblement de terre Ligure, elle s’effondra partiellement sur trois habitations situées en contrebas, faisant deux morts et trois blessés.

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Le non entretien du bâti
Le village de Bar-sur-Loup proche de Grasse dans les Alpes-Maritimes, après le séisme ligure. (le journal de Grasse du 24 février 1887 - 76ème année n°8 - PR 464 Arch. Dép. des A.M.).
(photos André Laurenti)

La chapelle de la Miséricorde située en plein cœur du village de Breil dans la vallée de la Roya, comporte sur sa façade principale une lézarde impressionnante qui est toujours visible de nos jours et intrigue particulièrement les visiteurs. Elle a pour origine le tremblement de terre du 23 février 1887. Cet édifice n’a pas subi de réparation depuis. Pour l’heure et peut-être lié à une intervention dans un magasine de la vallée de la Roya en 1999, la lézarde a été bouchée sans toutefois renforcer l’édifice. Il est à noter également qu’un plan de prévention du Risque sismique est en cours sur la commune de Breil.

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Breil-sur-Roya
Chapelle de la Miséricorde.
(Photo : Charles Botton)

NON ENTRETIEN ET CHANGEMENT D’AFFECTATION D’UN BATIMENT

Dans certains cas, le changement d’affectation d’un bâtiment ancien en établissement recevant du public (E.R.P.) nécessite l’application des règles parasismiques pour assurer la sécurité du public et de règles liées à l’accessibilité des personnes handicapées. Ces mesures sont paradoxalement un facteur de vulnérabilité. En effet, elles peuvent donner lieu à une augmentation des coûts d’intervention, rendre particulièrement complexe le projet de réhabilitation. Tout se complique encore plus lorsque des parties d’un bâtiment restent encore privatives Il en résulte l’impossibilité d’adapter le bâtiment aux exigences actuelles. C’est le cas pour des immeubles acquis par des municipalités à qui manquent les moyens pour intervenir entraînant l’abandon, l’altération du bâti avec le risque d’entraîner des dommages aux constructions riveraines ainsi qu’aux passants. Les élus sont pourtant de plus en plus impliqués dans des questions de responsabilité, mais ne sont pas suffisamment informés sur le risque sismique. Le retour d’expérience sur de récents séismes montre que les constructions mitoyennes formant des blocs et dont les hauteurs sont différentes souffrent davantage que celles dont les hauteurs sont identiques (faîtage aligné). De plus les constructions situées aux extrémités d’un alignement de façade sont plus vulnérables, ces bâtiments doivent être renforcés et traités avec une attention particulière (Giuffré, 1993 ; Combescure et al., 2005).


LA DENT CREUSE

Dans un alignement de façade il est courant d’avoir au milieu un bâtiment non entretenu voire en ruine. Quelques fois il a été supprimé et remplacé par un jardin ou une placette. Dans ce cas, la continuité du bâti est rompue. Les constructions d’extrémité deviennent alors plus vulnérables avec un risque de projection des façades sur ces nouveaux espaces publics. Ces bâtiments doivent être renforcés.

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Dent creuse
Croquis : André Laurenti

HAUTEURS DE FAÇADES NON ALIGNÉES

Les désordres dus aux séismes montrent que les constructions dont les hauteurs sont très différentes souffrent davantage que celles dont les hauteurs sont identiques. Une réglementation d’aménagement pourraient contribuer à la sécurité des bâtiments en demandant à respecter un alignement des faîtages à une hauteur déterminée lors des travaux de surélévation. Cette disposition qui dépend bien entendu de la topographie des lieux, existe sur la règlementation du P.L.U. de certaines communes. A ce sujet le séisme ligure de 1887 fourni quelques exemples sur Nice.

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Hauteurs de façades non alignées
A gauche, effondrement partielle de mur pignon sur la villa Nathal boulevard Gambetta et au quartier Saint-Etienne à Nice lors du séisme Ligure de 1887.
(Reproduction : André Laurenti)

L’urbanisme et le risque sismique

On peut déplorer que les communes fixent leurs règles d’urbanisme sans intégrer les conséquences techniques et économiques des formes urbaines choisies ni l’éventuelle aggravation des risques du fait des difficultés de conception et de réalisation qui peuvent en résulter. Par exemple, l’obligation de construire en limite de parcelle néglige totalement l’interaction de l’immeuble neuf avec les immeubles existants en cas de séisme. Un immeuble doté d’un rez de chaussée et de 6 niveaux (R+6) n’aura pas la même résonance qu’un R+1 qui lui est accolé comme on peut le voir sur la vue ci-dessous.

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Une question de résonance
Petit immeuble ancien accolé à deux immeubles de hauteurs plus élevées. Lors d’un séisme l’oscillation des immeubles élevés peut provoquer des dommages à la construction ancienne plus basse.
(Photo : A. Laurenti)

La sensibilisation des élus sur le risque sismique est indispensable, dans chaque commune des Alpes-Maritimes il convient dans un premier temps de prendre des mesures pour réduire la vulnérabilité de certains édifices qui menacent la sécurité des passants.

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Les murs de soutènement
A Cagnes-sur-Mer sur l’avenue Ziem, de nombreux enfants empruntent chaque jour ces trottoirs pour se rendre à l’école. Un séisme de faible magnitude est suffisant pour faire basculer le haut de ce mur.
(Photo : André Laurenti)

Orientation bibliographique

- Archives Départementales des Alpes-Maritimes, 1887. Rapport de gendarmerie, brigade de Bar-sur-Loup, 26 février 1887, réf. Dos 1M 16 164 à 16 172.

- Archives Départementales des Alpes-Maritimes, du 16 juillet 1888.. Rapport d’expertise du tribunal de Nice concernant l’école du quartier Saint-Etienne (immeuble Camous), réf. : O3U 01/1163.

- C.E.T.E. et I.P.G.R. janvier 2000 prevenir le risque sismique dans les centres anciens - guide à l’usage des maires

- Combescure, D., Gueguen, P., Lebrun, B., 2005. Vulnérabilité sismique du bâti existant : approche d’ensemble. Cahier Technique n°25, AFPS, Paris.

- Flammarion C., 1887. Les tremblements de terre et leurs causes. Revue l’Astronomie, avril 1887, p. 121-142. Académie des Sciences, Paris.

- Giuffré, A., 1993. Sicurezza e conservazione dei centri storici. Il caso Ortigia. Editori Laterza.

- Le journal de Grasse du 24 février 1887, 76ème année n°8, Archives Départementales des Alpes-Maritimes, réf. PR 464.


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