Cas de vulnérabilité


Causes de vulnérabilité sur le bâti ancien

L’étude des effets du séisme du 23 février 1887 sur le département des Alpes Maritimes, permet de renseigner sur les causes principales des dégâts. Dans la plupart des cas, les destructions ont affecté des bâtiments déjà vétustes à l’époque, mais les amplifications contextuelles des secousses et les sols instables, ont été les principales causes des dégâts sur le territoire des Alpes-Maritimes, aussi bien sur le bâti ancien, que sur le bâti récent de l’époque, sur Nice, Menton, Castillon, Peille, Bonson, Saint-Martin du Var, Clans, Bouyon, Bézaudun, le Cros d’Utelle, les quartiers du Broc et la Bollène Vésubie.
De nos jours, certains bâtiments en maçonnerie édifiés sur des sols instables, ont tendance avec le temps à se déformer progressivement. Des fissures apparaissent, les façades perdent leur verticalité et lors d’une agression sismique, si des interventions pour réduire la vulnérabilité ne sont pas programmées, il pourrait se produire des désordres graves voire même des effondrements.

Le cas de Breil-sur-Roya

La commune de Breil-sur-Roya tout comme les autres communes de la vallée de la Roya, ont été plus ou moins épargnées par le grand tremblement de terre de 1887. L’analyse comparative des sites géologiques et topographiques des zones bâties du bassin de la Roya apporterait peut-être des explications au fait que quelques villages situés à plus grande distance de l’épicentre ont subi davantage de dommages.
Malgré tout, lors de ce séisme, la chapelle de la Miséricorde de Breil-sur-Roya a été sérieusement lézardée. Pourquoi particulièrement ce bâtiment ? et pourquoi à cet endroit ? un phénomène récent observé dans ce quartier peut apporter un éclairage sur les désordres de cet édifice.

Place Brancion

En effet, depuis quelques années, des bâtiments situés à proximité de cette chapelle, présentent des fissures évolutives, quelques-uns étant déjà gravement atteints. L’édifice le plus sérieusement affecté est la maison Guidi située sur la place Brancion qui était jadis une caserne des chasseurs alpins. Celle-ci est d’ores et déjà condamnée et une série de façades au sud de cette construction se fissurent progressivement. Face à ce phénomène grave très localisé, commerçants et villageois d’une partie de cette place, ont été expulsés.

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Maison Guidi
L’ancienne caserne des chasseurs alpins au nord-est de la place Brancion, à gauche vue prise en novembre 2009, à droite photo prise en octobre 2012, ce secteur de la place a été évacué.
(Photos : André Laurenti)
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Place Brancion
Une palissade a été dressée pour sécuriser les lieux.
(Photo : André Laurenti)

Des études de sol réalisées au 2ème semestre 2012 confirment l’hypothèse de tassements de sol localisés à l’origine de ces fissures. Au nord de la place, les tassements ont eu un impact visible peu après 1990, au sud, l’évolution des fissures a plutôt débuté vers 2000.
Les études de sol et les observations sur les constructions montrent qu’il y a des tassements évolutifs en cours d’accélération sur la place Brancion. Notamment au nord-est et au sud-est de la place, plus précisément sous les bâtiments qui la bordent, au sud du presbytère.

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Maison Guidi novembre 2009
Détail des lézardes sur la construction.
(Photo : André Laurenti)
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Maison Guidi octobre 2012
Dans cet angle du bâtiment, on voit bien l’orientation des fissures de part et d’autre de l’angle, caractéristiques d’un tassement à cet endroit.
(Photo : André Laurenti)
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Maison Guidi octobre 2012
L’édifice est fissuré sur tous les niveaux.
(Photo : André Laurenti)
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Commune de Breil-sur-Roya
Des fissures apparaissent sur le bâtiment voisin, également évacué.
(Photo : André Laurenti)

Place Biancheri

Plus au sud sur la place Biancheri au droit du lac, on observe également des fissures, mais celles-ci sont moins directement interprétables et surtout moins spectaculaires que sur la place Brancion. Il est difficile de dire s’il y a évolution, en tous les cas, si c’est le cas, elle est moins rapide que sur la place Brancion.

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Extrait cadastral de Breil-sur-Roya
Localisation des désordres

Quelles en sont les raisons ?

Les études préliminaires du Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.) met en évidence sur la commune de Breil, un risque d’affaissement et d’effondrement de cavité. Il concerne les rives de la Roya qui ont déjà été affectées par ce type d’aléa. Les origines de ce phénomène sont liées à la dissolution du gypse, favorisée par la circulation d’eau souterraine et qui entraîne la formation de cavités dans le sous sol, des cavités qui peuvent se creuser en une dizaine d’années voire plus et rompre brutalement lorsque la résistance a trop baissé. Plusieurs zones urbaines dans les Alpes-Maritimes sont touchées par ce type d’aléa [1].
La Préfecture a demandé à la Mairie de Breil-sur-Roya de réaliser une étude sur l’aléa d’affaissement et d’effondrement de la partie intéressée du village. Un appel d’offre public a permis de missionner la société Geolithe. Treize sondages ont été réalisés pour reconnaître la nature des terrains, notamment les répartitions en profondeur, détecter d’éventuelles cavités ou des indices de dissolution dans les gypses [2].
Ces sondages ont permis de révéler la présence d’une couche d’alluvions en surface de 4 à 12 mètres d’épaisseur qui correspond aux dépôts de la Roya et qui recouvre le gypse. La zone de contact de ces deux couches reste très irrégulière. En dessous les alluvions, le gypse rencontré est compact, peu fracturé, sans indice de dissolution et donc sans cavité jusqu’à 25 mètres, qui correspondent au fond de forage. Il n’a pas été observé de circulation d’eau significatif, celle-ci concerne que la couche des alluvions [3].
Le phénomène se déroule dans l’épaisseur des alluvions et ou au niveau du toit des gypses [3].

Les immeubles endommagés précités sont implantés sur une zone où la résistance des sols a faibli "récemment", au point qu’ils ne supportent plus correctement la charge des bâtiments qui y sont implantés depuis plus de 250 ans.

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Brei-sur-Roya
(Photo : André Laurenti)

Que faire ?

L’enjeu pour les autorités, pour la population et pour le patrimoine historique de cette très belle place, est avant tout de stopper la détérioration des sols, de les renforcer là où ils sont devenus trop faibles, puis de renforcer les bâtiments affectés non promis à la démolition.
La localisation et le drainage des circulations d’eau sous le village et les injections visant à redensifier localement les sols sont des opérations coûteuses, mais techniquement possibles et certainement moins coûteuses que la perte totale des constructions.
La chapelle de la Miséricorde, mentionnée en introduction de ce sujet, a bénéficié dans les années 1990 d’injections pour le renforcement du sol sous les fondations de sa façade sud, et les réparations entreprises ensuite sur les lézardes sont intactes à ce jour.
La question de la réparation ou du renforcement des bâtiments est plus complexe, et engage à la fois les autorités pour la vulnérabilité acquise par les effets du phénomène naturel, et les propriétaires dont le patrimoine reste exposé à un aléa sismique qui ne peut être négligé.

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Eglise Sancta Maria in Albis
Elle a été construite de 1663 à 1700 sur les vestiges d’une ancienne église romane. A droite se trouve la chapelle de la Miséricorde.
(Photo : André Laurenti)

Le plan d’eau joue-t-il un rôle ?

Le village, dont les fondations se sont échelonnées entre le moyen-âge au sud, et la fin du XVIIème siècle pour la partie concernée par les tassements récents, s’est fortement densifié, notamment par la surélévation des maisons au XIXème siècle.
Entre les années vingt et trente, la réalisation d’une vanne à l’entrée sud du village, a modifié l’aspect de la localité. Cette retenue d’eau a permis de réaliser un plan d’eau qui alimente l’usine hydroélectrique de l’Arbousset et qui représente un atout touristique très appréciable.

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Commune de Breil-sur-Roya
Le village et son plan d’eau, le 2 et 3 octobre la retenue d’eau a été vidangée.
(Photos : André Laurenti)

Ces installations vieillissantes demandent à présent à être rénovées et modernisées. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de remettre aux normes de sécurité parasismique le barrage et ces annexes.
Ces travaux ont débuté début octobre 2012 avec la vidange de la retenue d’eau le 2 et 3 octobre, les travaux se poursuivront jusqu’en été 2014.

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La retenue d’eau
Il a été décidé de remettre aux normes parasismiques le barrage et ces annexes.
(Photo : André Laurenti)

La vidange du lac a permis de dévoiler des traces de tassement dont un mur parti qui se trouvait jusqu’à présent sous l’eau. Le tassement du trottoir au sud du pont Charabot est lui visible depuis des années, il est descendu d’une bonne quinzaine de centimètres.
Face à ces indices observées, il apparaît qu’une partie du village est sensible aux variations de la nappe phréatique, donc le lac. Il est donc capital d’observer soigneusement ce qui va se passer pendant l’étiage forcé.
Les mesures de niveaux d’eau avant et après l’abaissement du niveau du lac, ont montré que la place Biancheri est en liaison directe avec le lac.
En revanche la place Brancion, située un peu plus à l’amont, le long de la rivière, n’était quasi pas affectée par les variations du niveau du lac.
La présence du lac a un rôle stabilisateur par réduction des vitesses d’écoulement dans les sols, avec moins d’entraînement de matériaux fins et moins de dissolution au niveau du toit des gypses [3].
Le Maire de la commune a proposé lors du Conseil Municipal du 11 juillet 2012, d’effectuer des constats d’huissier sur les bâtiments les plus fissurés afin de pouvoir mesurer les éventuels effets des travaux du barrage sur le vieux village [3].

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Le lit du fleuve Roya
Aspect après la vidange du plan d’eau.
(Photo : André Laurenti)

Des solutions existent

En matière de prévention, il a été préconisé de réparer les fuites des réseaux d’eau distribuée et collectée. Les travaux qui ont été réalisés rue Pasteur et rue de Turin, ont permis de réduire l’évolution du phénomène, il est donc important de maintenir des contrôles réguliers.
Autre intervention plus compliquée et délicate, concerne des travaux de reprise en sous-œuvre des bâtiments. Pour cela, afin de limiter les écoulements d’eau en sous sol, il a été proposé de renforcer la couche d’alluvions sur une épaisseur de 10 à 12 mètres. Il s’agit pour l’instant de travaux complexes et au stade actuel encore prématurés, car un écran aux écoulements sous les maisons, pourrait reporter le problème plus loin dans le village.
Parmi les solutions envisagées les techniques suivantes ont été avancées telles que l’injection de coulis de ciment, mais encore l’injection de résine. Une troisième semble être intéressante, elle fait appel à la biocalcification qui consiste à injecter des bactéries qui cimentent le sol en quelques heures par précipitation de calcite. Il s’agit d’un traitement de consolidation des sols qui permet de conserver les écoulements d’eau dans le sol traité [3].

Conclusion

Les désordres que connaît la commune de Breil-sur-Roya sur le bâti ancien n’ont rien à voir avec l’activité sismique locale, et cela malgré la présence de nombreux séismes depuis la fin 2008. L’aggravation de désordres qui affectent désormais, plusieurs constructions de la commune, nécessite une surveillance sur l’évolution du phénomène. Dans ce village de Breil, la chance relative est que les zones à problème sont actuellement réduites et que le résultat des sondages montre un sous-sol plutôt compact au niveau du gypse et sans cavité. Il est donc encore temps de prendre des mesures de confortement sans attendre et faire de la prévention pour la plupart des constructions, afin de ne pas aggraver leur vulnérabilité sismique.
Les mouvements de sol engendrant des déformations plus ou moins lentes sur le bâti ancien, sont très courants dans notre région. Lantosque, Cimiez, la Bollène Vésubie sont des exemples parmi tant d’autres. Alors que l’on prône à tout vent le développement durable, il est indispensable que des mesures soient prisent pour réduire la vulnérabilité tout en protégeant le patrimoine, face à un tremblement de terre qui pourrait survenir à tout moment.


[1] Extrait de la phase diagnostic de la révision du Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.) de Breil-sur-Roya - document provisoire juillet 2008 – Atelier Alain Philip architecte Urbaniste

[2] Etude de l’aléa d’affaissement et d’effondrement du vieux village de Breil-sur-Roya - réunion publique du 18 janvier 2013 - Société Géolithe

[3] Compte rendu du Conseil Municipal de Breil-sur-Roya du 11 juillet 2012


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