Les vallées Merula et Centa


Ce vaste territoire de 370 km² comprend en amont du littoral quatre vallées : celles de la Merula en amont d’Andora, et celles de Lerrone, d’Arroscia, de Giara qui en s’unissant forme le Centa en aval. Toutes ces vallées abritent de nombreux lieux habités. Les observateurs se sont intéressés à quelques unes de ces localités. Parfois, ils ne s’y sont pas rendu, mais ont récolté les informations auprès des autorités des grandes villes.
En allant vers l’Est depuis Diano Marina, après le Capo Cervo, la première ville rencontrée est Andora. Celle-ci se développe le long du torrent Merula.

ANDORA (Province de Savona)
Superficie : 3 161 ha - Alt. : niveau de la mer
Latitude : 43° 57’ 00 Nord - Longitude : 8° 10’ 00 Est
Population : 1 950 habitants en 1881 – 7 458 habitants au 30 juin 2019

Les effets
De nombreuses maisons se sont effondrées rapporte Mercalli, comme à Diano Marina et Oneglia, les dégâts ont été très graves le long de la plage d’Andora, où les maisons sont édifiées sur des alluvions récents du torrent Merula.
En revanche, ils furent très mineur à Andora Castello, en particulier dans la fraction de Domo et Piano Rosso.
La station de chemins de fer a eu des fissures surtout au deuxième étage, certaines sur la façade ouest depuis l’angle des ouvertures [1]. A partir des inspections effectuées par les ingénieurs après la catastrophe, Issel dresse dans un tableau la situation pour cette ville. 186 maisons furent déclarées habitables immédiatement, 133 habitables après réparations et 52 ont été ruinées ou à démolir. Il y a eu deux morts et 16 blessés [2].
Un retrait de la mer a été observé, certaines sources se sont asséchées et d’autres sont devenues troubles. Près de Pigna (quartier juste au nord de l’actuelle autoroute), plusieurs fissures s’ouvrirent sur la route, elles furent peu étendues de direction S-O [1].

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Andora Marina
(Photo : André Laurenti)

L’ingénieur des mines français E. Charlon qui dirige une usine à Diano Marina, s’est rendu à Andora. Il a observé que l’ancienne tour ronde est restée intacte, tandis que tous les autres bâtiments voisins ont été fortement fissurés. Il constata à Andora Marina, un phénomène curieux dont il rapporta les faits suivants : un puits de la maison Camillin, tout près de la rivière Centa qui servait à l’arrosage et avait beaucoup d’eau, est devenu sec et le fond se trouve à 1,50 m du sol. D’après l’examen des parois, Chalon écrit que le fond occupait la position ou se trouvait la surface de l’eau. Le niveau du fond était donc plus élevé que celui de la rivière dit-il. Il en conclut a un soulèvement du fond du puits [3].

Remarque
Fraction d’Andora : Castello, Colla Micheri, Conna, Rollo, San Bartolomeo, San Giovanni, San Pietro

Vallée de la Merula
En amont d’Andora, la vallée de Merula abritent de nombreuses localités, les effets du tremblement de terre ne sont pas connus pour les lieux suivants : Rollo, Conna, Colla Micheri (tout trois hameaux d’Andora), Garassini, Moglio, Bossaneto, Villarelli, Villalunga, Albareto, Borgososso, Canneto, Duranti, Poggio Bottaro.


LAIGUEGLIA (Province de Savona)
Superficie : 278 ha - Alt. : niveau de la mer
Latitude : 43° 58’ 00 Nord - Longitude : 8° 10’ 00 Est
Population : 1 129 habitants en 1881 - 1 758 habitants au 30 juin 2019

Les effets

Lors de la première secousse, certaines maisons ont été totalement ruinées et toutes les autres furent plus ou moins gravement endommagées.
La grande église paroissiale, est une construction solide, elle n’a pas été ruinée, mais elle fut très endommagée par de nombreuses fissures.
La station ferroviaire est devenue impraticable.
Il est à noter qu’à Laigueglia, plusieurs maisons (certaines proches de l’hôpital) étaient déjà en ruine pour la plupart, probablement en raison de précédents tremblements de terre.
Autres effets observés, à la première secousse, la mer s’est retirée à 40 m de la plage, dira-t-on.
L’eau des puits sembla bouillonner pendant un certain temps puis elle est devenue trouble.
Plusieurs fissures se sont ouvertes dans le sol, à la pointe de Capo Mele [1].

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Laigueglia
Carte postale 1930
(Source : Geneanet)

Issel précisera que la ville est en partie fondée sur des alluvions et que certaines maisons devront être démolies, mais dans l’ensemble la ville a payé un léger tribut au fléau écrira t-il.
A partir des inspections effectuées par les ingénieurs après la catastrophe Issel dresse dans un tableau la situation pour cette ville. 86 maisons ont été déclarées habitables, immédiatement, écrira Issel, 82 habitables après réparations et 5 furent ruinées ou à démolir [2].

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Laigueglia
Carte postale 1930
(Source : Geneanet )

ALASSIO (Province de Savona)
Superficie : 1 730 ha - Alt. : 6 m
Latitude : 44° 00’ 00 Nord - Longitude : 8° 10’ 00 Est
Population : 5 517 habitants en 1881 - 10 695 habitants au 30 juin 2019

Les effets
Dans cette ville, Arturo Issel observa de nombreuses maisons brisées ou détruites dans la partie basse et en particulier dans les rues d’Umberto I et Maria Vittoria, le long de la plage. Les maisons situées sur les collines calcaire sont restées presque intactes. Les dégâts de la place du Commerce sont très graves, une maison située à l’angle nord-ouest et une autre à l’ouest sont complètement brisées. L’église de San Vincenzo, qui de l’extérieur semblait intacte, a sa voûte avec de profondes fissures. L’église de San Francesco a eu la façade principale lézardée en deux et les deux façades latérales ont été à peine fissurés ; le clocher menace de s’effondrer. Dans la rue Maria Vittoria, une petite église a eu le clocher démoli ; dans une maison mitoyenne de deux étages, la façade présente deux fissures longitudinales du toit à la base. Le bilan humain est de 4 morts et 3 blessés.
A partir des inspections effectuées par les ingénieurs après la catastrophe, Issel dressa dans un tableau la situation pour cette ville. 230 maisons ont été déclarées habitables, immédiatement, écrira Issel, 196 habitables après réparations et 32 furent ruinées ou à démolir [2].

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Alassio
Situation de la ville
(Source : Geneanet)

Mercalli écrira, la partie orientale et plus basse d’Alassio, qui est alignée le long de la plage, sur du sable, a beaucoup souffert plus que la partie occidentale plus à l’intérieure près de l’église paroissiale et où les maisons reposent sur le calcaire de l’Éocène. Les hameaux de Solva, Caso et Moglio situés en hauteur ont peu souffert. Dans la ville, les dégâts les plus importants se produisirent sur la place du Commerce.
La grande église comportant trois nefs, a été légèrement endommagée ; de même, le vaste édifice du collège internat municipal qui a subi peu de lésions, il en fut de même pour l’observatoire météorologique très élevé, il n’eut qu’une seule fissure horizontale au niveau de la tour greffée au bâtiment.
A l’inverse, dans la partie centrale de la ville près de la plage, certaines maisons se sont effondrées, de nombreuses autres sont restées inhabitables.
Les murs de quelques maisons ont été détachés de 40 centimètres du reste sur certains bâtiments les tirants se sont rompu, sur d’autres les clés ont été pliées.
Au moment de la première secousse, la mer s’est éloignée de la plage puis est soudainement revenue gonflée. Encore en juin, le niveau de la mer semblait un peu plus bas que l’ordinaire [1].

Remarque
Les localités de Caso, Moglio et Solva dépendent d’Alassio.


ALBENGA (Province de Savona)
Superficie : 3 651 ha - Alt. : 5 m
Latitude : 44° 03’ 00 Nord - Longitude : 8° 13’ 00 Est
Population : 5 304 habitants en 1881 - 24 064 habitants au 30 juin 2019.

Les effets

Mercalli rapporte le témoignage qui montre la violence du phénomène. Au moment de la première secousse, une personne qui se trouvait sur une route, au milieu de la plaine d’Albenga, raconta qu’il a entendu un bruit fort comme un train circulant du sud au nord, puis en un instant, a senti le sol gonfler sous ses pieds et sauter presque en l’air, par de fortes secousses. Pourtant homme de la mer, il a dû se jeter au sol, incapable de garder son équilibre sur ses jambes.
A la première secousse, les cloches des maisons et celle de la cathédrale ont sonné. Des cheminées sont tombées. Tous les bâtiments subirent des lésions au maximum à l’intérieur ; certains se sont écroulées en partie, beaucoup devront être démolies ; cependant, il n’y a pas eu de victime.
La cathédrale, est un grand édifice comportant trois nefs avec des colonnes robustes et une voûte dans les allées latérales en forme de croix, il y eu seulement des lésions mineures, une fissure qui part de l’avant-dernier arc depuis le mur N-O, vers l’autel principal et se prolonge jusqu’au sommet. Beaucoup plus endommagé fut le sanctuaire de la Madonna di Portalunga, juste à l’extérieur d’Albenga vers le nord. A l’intérieur de nombreuses fissures se sont ouvertes, et deux fortes fissures divisèrent presque l’église transversalement vers le milieu. Parmi les phénomènes divers observés, les eaux de la rivière Centa et de divers puits se sont assombries. Dans un puits près d’Albenga, le matin du tremblement de terre, l’eau descendit de quelques mètres.
En divers points, des jaillissements d’eau sont sortis du sol, ils se sont arrêtés après quelques heures, laissant de petits dépôts de boue. Au moment du choc, la mer a reculé de 50 m. En quelques points de la cité, des dalles de pierre des rues ont été soulevées et des gouttes d’eau impure sont sorties [1].

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Albenga
Vue aérienne du centre historique de la ville vers 1920
(Source : Wikipedia)

La ville fut assez maltraitée indiquera Issel, notamment, les places de San Michele et de l’Ospedale, la via Cavour, etc. Une tour médiévale située sur la place de l’hôpital fut profondément fendue dans la partie sud-ouest, tandis que les autres côtés sont intacts [2].

Une compagnie du génie procéda à la démolition des maisons qui menacèrent de s’écrouler [4].

Remarque
Les hameaux de Bastia, Campochiesa, Leca, Lusignano, Salea, San Fedele dépendent d’Albenga.


Albenga est baigné par le fleuve côtier Centa, il a formé par ses dépôts alluviaux successifs la plaine d’Albenga. Trois kilomètres en amont, à hauteur de Bastia, le cours d’eau se divise en deux branche l’Arroscia à l’ouest et la Neva à l’Est.

Dans la haute vallée de l’Arroscia, les points les plus notables, ayant souffert, sont : Ortovero (dans la province de Gênes), Vessalico, Pieve di Teco, Pornassio, Mendatica et Cosio di Arroscia (tous dans la province de Porto Maurizio) et le long de la cours d’eau de Giara, affluent de l’Arroscia, sont cités aussi : Cenova, Lavina et Rezzo (Porto Maurizio). A Ortovero, le hameau de Pogli s’est complètement effondré ; à Pieve di Teco, le bâtiment du tribunal de première instance a été presque détruit et le quartier de la milice alpine, l’église paroissiale et le couvent des Capucins ont subi de graves dommages. Les frais d’indemnisation nécessaires pour les habitations privées dépassent 200 000 lires [2].

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Vallées Merula et Centa
En rouge, intensités (EMS 98) proposées par A. Laurenti
(Infographie : A. Laurenti, à partir d’un fond de carte Google Maps)
Localité Nb hab.1887 Morts Blessés Estimation (Lire) Intensité (MCS) INGV Intensité (MSK) Sisfrance Intensité A. Laurenti (EMS 98)
Andora 1950 2 16 200 000 VIII VIII VIII
Stellanello 1758 0 0 25 000 VII VIII-IX VII
Armati NC 0 0 17 000 VII ND VII
Ciccioni NC 0 0 8 000 VII ND VII
Testico 332 0 0 5 000 VII VII VII
Laigueglia 1129 0 0 300 000 VIII VIII VII-VIII
Alassio 5517 4 3 850 000 VII-VIII VIII VIII
Solva NC 0 0 NC ND ND VI-VII
Caso NC 0 0 NC ND ND VI-VII
Moglo NC 0 0 50 000 ND ND VI-VII
Albenga 4780 0 0 400 000 VII-VIII VII-VIII VII-VIII
San Fedele NC 0 0 3 000 VII ND VII
Lusignano NC 0 0 10 000 VII ND VII
Bastia NC 0 3 45 000 VII ND VII
Villanova d’Albenga 1268 0 0 4 000 VI-VII VII VI-VII
Garlenda 692 0 0 10 000 VII VII-VIII VII
Casanova Lerrone 1368 0 0 6 000 VII VII-VIII VI-VII
Bassanico NC 0 0 NC ND ND VII
Vellego 789 0 0 20 000 VII-VIII VIII VII-VIII
Arnasco 581 0 0 10 000 VI-VII VII-VIII VII
Vendone 627 0 0 10 000 VI-VII VII-VIII VI-VII
Castellaro NC 0 0 NC VI-VII ND VII
Ortovero 773 0 0 NC VII VI-VII VI-VII
Marta (Ortovero) NC 0 0 NC ND ND VII-VIII
Pogli (Ortovero) NC 0 0 NC ND ND VIII
Cenesi 202 0 0 5 000 VI-VII VII VI-VII
Ranzo 1311 0 0 13 000 VII-VIII VII VII
Borghetto d’Arroscia 1165 0 0 4 000 VII VII VI-VII
Aquilla d’Arroscia 1004 0 0 3 005 VII VII VI-VII
Vessalico 547 0 0 1 200 VII VII VI-VII
Pieve di Teco 4 174 0 0 200 000 VII ND VII-VIII
Pornassio 1 344 0 0 NC VII VII-VIII VII
Mendatica 759 0 0 NC VII VII-VIII VII
Cosi di Arroscia 908 0 0 NC VII-VIII VIII VII
Cenova NC 0 0 NC VII VII VII
Lavina NC 0 0 NC VII VII VII
Rezzo 1943 0 0 NC VII VII VII

Légende du tableau :
NC : Non Connu - ND : Non Défini
Echelle d’intensité : MCS : Mercalli, Cancani et Sieberg – MSK : Medvedev, Sponheur et Karnik – EMS 98 : European Macroseismic Scale 1998

A part les villes du littoral, on déplora aucune victime dans les vallées, aucun édifice religieux ne s’est écroulé.


[1] TARAMELLI T. et MERCALLI G. "Il terremoto Ligure del 23 febbraio 1887" - Parte IV - Volume VIII - Roma 1888 - Biblioteca Istituto Geologia Universita di Genova

[2] Arturo Issel : "Il terremoto del 1887 in Liguria" - Roma 1888 - Bibliothèque Société Géologique de France

[3] Bullettino del vulcanismo italiano – Redatto Prof. Michele Stefano De Rossi - Anno XIV – Roma 1887

[4] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 27 février 1887 (Arch. Dép. Des A. M.)


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