Effets sur Menton


LE TREMBLEMENT DE TERRE DU 23 FEVRIER 1887

Les effets du séisme sur la ville de MENTON

MENTON
Superficie : 1 405 ha - Alt. : 16 m.
Latitude : 43° 46’ 30" Nord - Longitude : 7° 30’’ 00" Est
Population : 9 387 habitants en 1886 – 28 958 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre Napoléonien de 1862
Section : TA Tableau d’assemblage
Section : C Menton, Feuille unique

Sur cette commune se sont surtout les quartiers situés sur les terrains plats à proximité des torrents qui ont le plus souffert des secousses. Sur les bords des cours d’eau, le Borrigo et le Careï, les dégâts apparaissent plus spectaculaires avec des façades partiellement effondrées, comme l’attestent les photos.
Les effets du séisme sont bien décrits par la presse, toutefois il faut rester prudent avec les termes employés parfois exagérés. "Écroulé" signifie plutôt gravement ou partiellement endommagé (de degré 4 et non de degré 5).
Sur le cadastre de 1862, on constate que l’urbanisation de la ville était limitée à l’ouest à la place Saint-Roch avec un prolongement jusque au cours d’eau du Careï sur le bord de mer. Le secteur du Careï, le quartier Saint-Benoît et la rue Partouneaux qui ont le plus souffert, se sont donc développés entre 1862 et 1887 et étaient constitués d’un bâti récent.

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Menton
Campement quartier Saint-Benoit
("Ou Pais’mentounasc" Bulletin de la Société d’Art et d’Histoire du Mentonnais)

Les effets

La presse locale était unanime, Menton éventré, déchiré, les dégâts sont épouvantables et font véritablement peine à voir. Il n’est pas une maison qui n’ait eu à souffrir des secousses. La panique est générale et chacun est bien décidé à coucher en plein air. Une première et légère secousse aurait été sentie vers 5 h 30, par des gens habitant un peu plus haut que la gare. Mais c’est à 5 h 58 heure de Menton que le séisme a secoué la ville. Selon la presse, dans la partie qui se trouve entre la gare et l’hôtel des Postes jusqu’à la mer, ce secteur a été le plus éprouvé. Il y a un grand nombre de maisons inhabitables qui menacent la sécurité publique. Il en est de même avec la partie haute de la vieille ville, qui est généralement assez mal construite [1].
Ces informations sont en accord avec l’analyse du contenu des dossiers effectuée aux archives communales de Menton.

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Menton
(Photo : A. Guesquin collection Didier Moullin)

Les gendarmes de Menton rédigèrent le rapport suivant : Deux personnes ont été grièvement blessées dont une très probablement ne survivra pas à ses blessures, une cinquantaine d’autres ont été légèrement contusionnées ; on estime à plus de 200 les maisons qui devront être reconstruites à neuf. La situation de cette ville est déplorable, la plus grande partie des habitants sont campés ou baraqués et d’autres ont gagné les maisonnettes de campagne. La caserne de gendarmerie a été rendue complètement inhabitable ; deux gendarmes ont été blessés par suite de l’effondrement d’une partie du plafond du grenier, et d’une partie d’un mur de refend, les cloisons sont presque toutes par terre, des lézardes plus ou moins prononcées se font remarquer sur tout le corps du bâtiment jusqu’à hauteur du sol ; la plus grande partie du mobilier est perdu. Le bâtiment composant l’écurie qui a été non moins délabrée a été également évacué ; hommes et chevaux sont au bivouac [2].

Un état présentant les pertes par commune nota pour Menton : 1563 perdants, 16 maisons détruites et 45 maisons en partie détruites [3].

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Menton
Des habitants réfugiés sur la plage
(Gravure d’après le journal Illustration)

Parmi tant de désastre, une centaine de personnes au moins furent légèrement contusionnées. Il n’y eut aucun mort, mais quatre furent grièvement blessés (1).

Dès la première secousse, le maire M. Louis Laurenti, assisté du Commissaire central et aidé par toutes les autorités civiles et militaires a pris toutes les mesures propres à rassurer les habitants. L’autorité municipale a demandé immédiatement des baraquements et des hommes du génie, pour les construire ainsi que pour démolir les immeubles présentant un danger. Puis il a télégraphié à M. Borriglione député des A.M., pour lui demander son intervention auprès du gouvernement (9). Les mentonnais ont approuvé le dévouement et l’efficacité de leur maire.

Avenue de la Gare (avenue de Verdun)
La belle avenue de la Gare semblait avoir subi un bombardement, aux abords du chemin de fer, aucune maison n’était intacte. En effet la boulangerie viennoise est fortement endommagée, le toit s’est en partie écroulé, des plâtras se sont détachés de la façade et des plafonds, le bâtiment a été abandonné par ceux qui l’habitaient [4]. A l’hôtel du Parc, les pensionnaires étrangers ont pris la fuite, d’après l’avis d’un architecte, les dégâts sont considérables, Au rez de chaussée et au premier les cloisons et les plafonds ont été endommagés, au troisième le mur ouest, l’angle sud, le mur de refend et l’escalier ont souffert. Il faudra démolir en grande partie le bâtiment [5].
Quant à l’hôtel de la Gare, chemin de la Cour, il devra être entièrement démoli.

Vallée du Careï
Plus loin sur la digue du Careï, la villa Apohard s’est complètement effondrée. Le haut des murs et le toit sont à terre. Les quelques murailles qui restent debout sont largement lézardées. L’intérieur est également dévasté ; on peut voir tout le premier étage privé de façade et sans cloisons. Dans le secteur, les maisons Molinari, Palméro et Straforelli sont presque entièrement écroulées [6]. Toujours le long du Careï, sur l’avenue de Sospel, la boucherie Camous, le restaurant national et la maison Géna sont complètement ruinés [7].

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Menton
Villa Cipolini qui était située sur l’actuelle avenue Boyer
(Photo : A. Guesquin collection Didier Moullin)
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Menton
L’endroit approximatif avenue Boyer, où se trouvait la villa Cipolini avec en arrière plan l’ancien hôtel des Princes
(Capture : à partir de Google Maps)
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Menton
On devine les effets du séisme autour des ouvertures et chute de cheminée sur le toit. Ce bâtiment existe toujours
(Photo : A. Guesquin collection Didier Moullin)
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Menton
Actuellement avenue Boyer, le bâtiment de la photo précédente existe toujours
(Capture : à partir de Google maps)
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Menton
Villa Molinari dans le Carei
((Photo droite : A. Guesquin collection Didier Moullin))

Quartier Saint-Benoît
Dans le quartier Saint-Benoît jouxtant la rue Partouneaux, il n’est à peu près, aucune maison d’épargnée, toutes sont ou détruites ou assez fortement lézardées pour que leur reconstruction s’impose. Quelques unes se sont complètement écroulées, il n’en reste que quelques pans de murs. La maison du Bazar s’est retrouvée sans toit, de larges fissures se sont produites dans les murs qui manquent en partie. Les plafonds et les cloisons intérieures sont tombés en gros plâtras les uns sur les autres. Le passage fut interdit à cet endroit [8].

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Menton
Villa Carei quartier Saint-Benoit
(Photo : A. Guesquin collection Didier Moullin)

Rue Partouneaux
La rue Partouneaux est complètement lézardée. Quelques fissures venaient du nord-est, d’autres étaient dirigées en sens contraire. Au nord de cette rue, le château du Louvre a souffert. Des deux tours qui le flanquaient, une a été presque totalement emportée et l’autre a perdu la toiture. A l’intérieur, les cloisons et les plafonds se sont partiellement écroulés [9].
Dans cette artère, près de huit maisons ont été en partie démolies.

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Menton
Villa Carei quartier Saint-Benoit
(BNF-Gallica : Le Tremblement de terre de la Riviéra
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Menton
Rue Partouneaux, le bâtiment existe toujours
(Photos : gauche, A. Guesquin, collection Didier Moullin - Droite, André Laurenti)
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Menton
Rue Partouneaux, à gauche le bâtiment du photographe, à droite le château du Louvre (emplacement actuel du Palais de l’Europe).
(Photos : A. Guesquin collection Didier Moullin)

Dans la rue Prato, une perpendiculaire au sud de Partouneaux, presque toutes les maisons ont subi d’importants dégâts, les murs et les cloisons se sont en partie écroulés. Sur l’avenue Victor Emmanuel (actuellement Felix Faure), plusieurs habitations, parmi lesquelles celles de Ruve, Jouard et le n°11, sont dévastées. Les balcons sont tombés, les corniches ont été emportées, il en est de même pour l’hôtel de Vienne [10].
L’hôtel de la Poste (caisse d’épargne actuelle) a été ébranlé avec une violence inouïe. Tous les murs sont décollés [11]
et sillonnés de lézardes qui prennent toute la hauteur de la bâtisse. Les balustres de la terrasse supérieure se sont écroulées ; à l’intérieur, des cloisons se sont effondrées. En attendant les bureaux de poste ont été installés en plein air derrière le bâtiment, dans le jardin de l’hôtel d’Orient. C’est aussi là, qu’a été installé le télégraphe qui fonctionne sans relâche [12].
Toujours dans la rue de la République, le centre philharmonique (hôtel de Ville actuel), le deuxième et troisième étages sont en ruines [13].
L’hôtel de Londres est en partie détruit, la villa Achille Biovès a eu la tour coupée par une large crevasse, l’écurie Jelshomino est en ruine, l’église anglaise, malgré qu’elle soit en pierre de taille, a subi des dommages. A la place Saint-Roch, la pharmacie Lindewald a été dévastée, les dégâts furent estimés à 3 470 F [14].
Non loin de là, en face l’hôtel d’Orient, rue de la République, une maison absolument sans toit est dans un tel état de délabrement qu’il a fallu l’abandonner. Les balcons sont brisés et les murs parcourus de fissures [15].

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Les dégâts à Menton
(Collection Didier Moullin)

Quartier du Borrigo
Au quartier du Borrigo, les villas Imberty, Ernestine et Saint-Jean, furent détruites. Plus haut au chemin des Cabrolles la villa Mélanie, la maison Paulini, la laiterie etc... ont été complètement ruinées [16].
Plus bas sur la route de Nice, (avenue Carnot et avenue de la Madone), les dégâts sont incalculables.

La vieille ville
Au pied de la vieille ville on déplore de nombreux dégâts rues du Bastion, du Jonquier, impasse et place du Cap.
Au n°10 de la place du Cap, une mère et ses trois enfants ont été entraînés du 3eme étage au rez de chaussée, par l’effondrement des planchers [17]. Dans le vieux Menton, toute la voûte de l’église de l’Assomption s’est entièrement écroulée tandis que la toiture à charpente de bois demeurait intacte [18].
Place de la Conception (parvis Saint-Michel actuel), l’église de la Conception est très abîmée. Sa voûte demi-sphérique est crevassée sur tout le tour et menace ruine. Contrairement aux façades latérales sans dégâts important, la façade ouest est fendue un peu partout ainsi qu’à ses deux angles. A l’est, elle a été carrément arrachée des faces latérales. Elle possède une large fissure verticale descendant aux deux tiers de sa hauteur. A l’intérieur, la galerie de l’orgue est à moitié détruite. Toutes les tiges et tirants de fer se sont rompus net. La toiture complètement disloquée, est à refaire en entier, ainsi que les cinq fermes de la charpente. La voûte de la nef, celle du chœur, sont à reprendre totalement. Les chapiteaux et la partie supérieure de la corniche, possèdent de nombreuses brèches et cassures [19].

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Menton la vieille ville
A droite : la rue du Vieux Château A gauche l’effondrement partiel de la voûte de l’église Saint-Michel
(Reproduction du Monde illustré n° 1562 - 5 mars 1887)

Juste à côté, l’arche de l’église Saint-Michel, s’est en partie effondrée juste au moment où le prêtre venait d’officier et les fidèles de partir. Toute la partie de la voûte qui se trouvait au-dessus du maître autel, s’est écroulée au moment où M. l’abbé Rocca terminait la messe, il n’y a pas eu de victime [20].

Au-dessus de la vieille ville, la chapelle russe du cimetière, une petite merveille d’architecture construite par Touranoff, ne tient presque plus debout, il en est de même d’un certain nombre de grands tombeaux de famille [21].

La caserne de chasseurs à pied a dû être évacuée. Il en est de même pour la perception et le bureau des domaines [22].
Quant à la mairie, elle demeure en fort mauvais état [23].

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Menton
En rouge, zone approximative des dégâts lors du séisme
(Réalisé par A. Laurenti à partir d’une vue aérienne source Géoportail)

Quartier Garavan
Sur le quai de Garavan l’Hôtel des Anglais a eu les tuiles faîtières et les têtes de cheminées de tombées la toiture a été endommagée. Par ailleurs, les villas Fantaisie, Faraldo, Saint-Jacques ont eu les plafonds, les murs, les cloisons d’endommagés avec une amplification des désordres dans les étages supérieurs [24].

Éboulement
M. Buscio Antoine déclara que sur la propriété attenante au quartier Guglione, des blocs de pierres qui se sont détachés du haut de la colline, roulèrent rapidement au centre et à travers les propriétés cultivées détruisant plus de 20 murs en pierre sèche et arrachant les oliviers, les citronniers et d’autres ébranchés [25].


[1] L’Eclaireur du Littoral : Extrait du journal du 1er mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[2] Dossier pédagogique sur le tremblement de terre de 1887 réalisé par les Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[3] Etat des dégâts causés par le tremblement de terre de 1887 dans le département des Alpes-Maritimes - réf 1M982 – Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[4] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[5] Série U2 bis dossier D - Archives Municipales de Menton

[6] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139. (Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[7] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 4 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[8] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[9] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[10] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[11] Le Petit Niçois : extrait du journal du 05 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[12] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[13] Le Petit Niçois : extrait du journal du 05 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[14] Série U2 bis dossier L - Archives Municipales de Menton

[15] Le Phare du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 n°5809 24ème année Fonds Louis Cappatti pro 139 - Bibliothèque des Chevaliers de Cessole – Musée Masséna Nice

[16] Le Petit Niçois : extrait du journal du 05 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[17] Série U2 bis dossier C - Archives Municipales de Menton

[18] Le Petit Niçois : extrait du journal du 05 mars 1887 (Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[19] Série U2 bis dossier C - Archives Municipales de Menton

[20] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 4 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[21] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 4 mars 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[22] Le Petit Niçois : extrait du journal du 24 février 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[23] L’Eclaireur du Littoral : Extrait du journal du 24 février 1887 - Arch. Dép. des Alpes-Maritimes

[24] Série U2 bis dossier C - Archives Municipales de Menton

[25] Série U2 bis dossier C - Archives Municipales de Menton


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