Séismes d’origine humaine


Le séisme de Le Teil

Le tremblement de terre de magnitude 5,3 MLv qui a produit d’importants dégâts à Le Teil le 11 novembre 2019 en Ardèche, attire l’attention des sismologues et soulève moult interrogations. Il s’agit d’un phénomène inhabituel survenu dans un lieu où l’on ne dispose pas de référence historique.
Les séismes anciens connus se situent un peu plus au sud de Montélimar où plusieurs événements très localisés se sont succédé pendant un siècle et demi de 1772 à 1936, dont certains ont provoqué quelques dommages à Tricastin et Clansayes [1].

Piste humaine explorée

Pour ce séisme, des indices amènent les chercheurs à prendre en considération l’hypothèse humaine. Ce qui va dans le sens de cette hypothèse, c’est d’abord sa très faible profondeur, entre 1 et 2 km. En effet, à partir d’analyse par satellite, il a été découvert sur le terrain, des traces de rupture en surface confirmant la faible profondeur. Autre anomalie qui apparaît aussi au fil des jours, c’est la faible quantité de répliques.
Les équipes pluridisciplinaires de chercheurs, mobilisées sur le terrain, s’interrogent sur le lien que pourrait avoir l’importante excavation proche de la faille, liée à l’exploitation du groupe Lafarge.
En effet, non loin de l’épicentre et de la faille identifiée, se trouve une carrière implantée depuis plus d’un siècle sur un site situé entre Le Teil et Viviers. L’enlèvement massive de roche au droit d’une faille a peut-être réactivé celle-ci. Il n’est pas exclus non plus, que cette carrière ait accéléré un processus déjà engagé et que tôt ou tard, un séisme se serait produit. Ces hypothèses ont été largement médiatisées, mais rien de tout cela n’est pour l’instant confirmé.

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Carrière Lafarge
Elle se situe entre les communes de Le Teil et de Viviers
(Capture : Google Maps)

Les activités humaines susceptibles de produire des séismes

Les exploitations minières
On sait que de nombreuses activités humaines sont successibles de générer des séismes. C’est le cas des exploitations minières, un milieu favorable à la décompression des roches. Dans la région PACA, durant son activité, la mine de charbon de Gardanne (Bouches du Rhône) a produit de nombreux séismes dont certains ont été ressentis localement. En effet, en analysant le catalogue de séismes du ReNaSS pendant la période du 1er janvier 1998 au 1er février 2003, 49 séismes de magnitude supérieure ou égale à 2,0 se sont produits dans le bassin minier de Gardanne. Tous ont été donnés à 1 km de profondeur. Parmi ces événements, 21 ont atteint une magnitude de 3.0 à 3.6, bien ressentis localement.
La mine a cessé son activité le 1er février 2003. Depuis la date de son arrêt jusqu’au 31 décembre 2018, seulement quatre petits séismes ont été détectés. Cette faible activité peut correspondre à des effondrements ou à des coups de boutoir lors de fortes précipitations dans les galeries.

49 séismes du 1er janvier 1998 au 1er février 2003 - seulement 4 depuis l’arrêt de l’exploitation en 2003 au 31 décembre 2018.
En vert magnitude > 2.0 - en jaune >3.0 - relevé effectué à partir du catalogue du ReNaSS.
(Carte interactive Google Maps - réalisée par André Laurenti)

Gaz de Lacq
Autre exemple d’exploitation, dans les Pyrénées Atlantiques où le 25 avril 2016 un séisme de magnitude 4,0 MLv s’est produit, à 5 km de profondeur. Il a été bien ressenti localement et a été associé à l’exploitation du gaz de Lacq proche de la ville de Pau.

Géothermie et exploitations de gaz de schiste
La géothermie peut entraîner aussi des séismes, comme ce fut le cas en Suisse en 2013, ou des forages ont été réalisés en vue de l’installation d’une centrale géothermique. Ces prospections ont fini par provoquer un séisme de 3,6.
Il en est de même pour les extractions du gaz de schiste pour lesquelles il est utilisé la méthode de la fracturation hydraulique. Cette technique a été interdite en France par la loi du 13 juillet 2011.

Nappe phréatique
Plus dramatique, l’exploitation d’une nappe phréatique proche de Lorca en Espagne a, selon les spécialistes, accéléré un processus de rupture d’une faille qui tôt ou tard aurait produit un tremblement de terre. Le séisme de magnitude 5,1 du 11 mai 2011 à Lorca, a fait tout de même 9 morts, 130 blessés et 13 000 personnes laissées sans abri. La nappe phréatique en question avait baissé de 250 m entre 1960 et 2010 suite au pompage pour les cultures intensives et la population de Lorca.
Les images satellitaires ont montré que le séisme a rompu un segment de faille superficielle d’environ 3 km.

Les lacs artificiels
Les lacs artificiels contenant d’importants volumes d’eau, peuvent aussi jouer un rôle dans le déclenchement de séismes comme ce fut le cas en Chine et en Inde.
Dans la région PACA, les lacs sont nombreux avec ceux de Serre Ponçon, de Saint-Croix, de [Chaudane et de Castillon (A.H.P.)], le lac de Saint-Cassien dans le Var. Mais tous ces lacs n’ont pas produit d’activité sismique particulière.
Dans les Alpes-Maritimes, on peut retenir la survenue de désordres sur des bâtiments d’habitation à [Breil-sur-Roya], après la vidange de la retenue sur la Roya. Ce phénomène géologique n’a aucun lien avec une activité séismique.

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Commune de Breil-sur-Roya
Des fissures sont apparues sur ce bâtiment
après la vidage du lac
(Photo : André Laurenti)

Dans la région Provence Alpes Côte d’Azur, beaucoup de séismes à terre se produisent superficiellement à faible profondeur, dans les nappes sédimentaires, il en est de même pour le Piemont occidental en Italie.

Qu’en est-il dans le 06 ?
Dans les Alpes-Maritimes, il n’y a plus d’exploitation minière, ni de prospection géothermique, par contre il existe beaucoup de carrières d’exploitation à ciel ouvert. Parmi les plus grandes, il y a la carrière de calcaire de Gourdon/Bar-sur-Loup, celle de Malaussène dans la vallée du Var, celle aussi de la Courbaisse dans la vallée de la Tinée, et enfin les trois sites d’exploitation de Blausasc et Peille dans la vallée du Paillon.

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Carrière Vicat de la Grave de Peille
(Photo : André Laurenti)

Sur les trois premières carrières, et sur une période de 20 ans, il n’a pas été observé d’activité sismique particulière. Seules les vibrations liées aux tirs de mines sont détectées par les sismomètres.
En revanche, dans la vallée du Paillon, une activité sismique a eu lieu en 1999. Le premier événement de magnitude 3,4 Mw s’est produit le 1er novembre 1999. Il a bien été ressenti par les habitants de vallée du Paillon, de la principauté de Monaco et dans les quartier nord de Nice.
Le foyer était de faible profondeur env. 3 km et l’effet de site a été remarquable. L’année suivante dans le même secteur, a démarré un essaim sismique le 19 décembre 2000 avec un séisme de 3,8 Mw plus fort que celui de 1999 et ressenti dans le même secteur et au delà. Il a été suivi le 20 décembre par une nouvelle secousse de 3,4 Mw Une étude sismotectonique précise a été réalisée à l’époque par une équipe de sismologues. Au cours de cette crise, plus de 500 secousses ont été enregistrées suivant un alignement de direction NE-SW, parallèle à la faille Peille Laghet. Les hypocentres ont été répartis de 0,5 à 4 km de profondeur. Ue faille active a pu être identifiée par les chercheurs, ils identifièrent un segment masqué de 600 m de long situé sous la vallée du Paillon. La présence de deux portions de faille inquiétèrent alors les chercheurs. La conclusion les a amené à supposer que si les deux segments s’activaient ensemble sur leur totalité, soit environ 10 km, cela pourrait générer un séisme de magnitude 5,5 à 5,6.

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Crise sismique de Peille
500 séismes enregistrés entre 2000 et 2001 sous ou à proximité des carrières du Paillon.
(Source : Université Virtuelle et Développement Durable (U.V.E.D.) carte satellitaire GoogleEarth)

En regardant la distribution des séismes lors de cet essaim, la plupart des événements sont situés sous ou proches des carrières du Paillon.
Ces carrières ont-elles eu un impact sur la crise de Peille ?
Lors de l’étude de cet essaim, les scientifiques ont mis la priorité sur l’identification de la faille pour en définir ses caractéristiques et le danger qu’elle pourrait représenter localement. La présence de la carrière n’a pas été évoquée.
Il est important de souligner qu’un séisme de magnitude similaire à celui de Le Teil dans ce secteur aurait des conséquences importantes sur les zones fortement peuplées de Nice, Monaco.


[1] Lambert Jérôme - les Tremblements de terre en France - Editions BRGM 1997


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