Séisme de 1854


Le séisme de 1854

Le 29 décembre 1854 à 2 h 45, un séisme d’intensité VIII fut destructeur en divers points de la Ligurie Occidentale. La secousse principale a été forte dans la région niçoise et très forte dans la partie méridionale du Piémont. Ce tremblement de terre a été ressenti à Vérone, à Draguignan, à Toulon, à Brignoles, à Marseille, à Lyon, dans le Canton de Vaud en Suisse et en Corse. faisant en tout et pour tout deux victimes.

L’épicentre était proche de la plage ligure entre Oneglia et Nice. Bien que l’intensité était inférieure à celui de 1831, l’aire isoséiste fut très importante, selon Mercalli, la profondeur et la position du foyer semblèrent similaires au séisme du 23 février 1887 [1].
A San Remo le témoignage d’un pharmacien rapporte une forte secousse qui a duré 15 secondes, suivie d’une deuxième plus légère. Dans la « gazzetta di Genova du 4 janvier 1855 » il est écrit qu’à San Remo, il n’y a eu aucun dégât, à l’exception de quelques fissures sur les voûtes et particulièrement dans la nouvelle paroisse du couvent. La secousse fit sonner les clochettes des maisons [2].
A Bussana deux malheureux sont restés ensevelis dans les ruines d’une maison. Mercalli précise que ce village a toujours plus souffert que ceux avoisinants, même en 1831 et 1887. D’autres maisons sont tombées à Bordighera, Triora et ailleurs. Dans l’église de Bordighera est tombé à terre un vase contenant l’huile pour les lampes [2].
Pour Mercalli, les effets sur Triora semblent exagérés parce que dans ce village il n’y a pas la mémoire de dégâts importants.
Al Poggio di San Remo, les façades des maisons furent gravement endommagées au point que le gouvernement en interdit le retour des propriétaires. Par la suite n’ayant pas fait l’objet de démolition, les habitants réintégrèrent ces maisons et périrent plus tard dans le tremblement de terre de 1887.
A Taggia le tremblement de terre a provoqué peu de dégâts.
A Oneglia (Imperia) les voûtes de cinq nouveaux portiques de la place Maria Teresa sont tombées. Le collège, les écoles, l’hôpital et la paroisse subirent des dégâts ainsi que la caserne militaire où quelques toitures ont été endommagées et les troupes durent évacuer quelques chambres.
A Porto Maurizio (Imperia), il n’y a eu que quelques fissures dans les fabriques. A Diano Marina seulement quelques fissures, les habitants dormirent à l’extérieur pendant trois jours.
A Cervo la clef d’un tirant se brisa dans l’église du monastère et à San Bartolomeo la pointe du clocher est tombée. Dans tous les villages situés au dessus d’Onéglia dans la vallée dell’Impero, les habitants ont eu une grande frayeur, mais il n’y a quasiment pas eu de dégât.
A Campochiesa, à Varezzi et dans d’autres villages des alentours d’Albenga, il n’y a eu que quelques légères fissures. Dans le Piémont, aux alentours de Cuneo et Mondovi le tremblement de terre fut très violent. A Robilante les murs tremblèrent que des pierres tombèrent, des toits furent endommagés et les cloches des boutiques sonnèrent comme agitées des mains de l’homme.
A Mondovi, la peur fut grande, de nombreuses maisons furent endommagées et plus particulièrement l’hôpital et l’église des Missionnaires qui a eu la façade décollée du reste de l’édifice [2].
La secousse a été également ressentie à Roquebillière et Lantosque. Elle provoqua une lézarde de 2cm dans la voûte de l’église de Belvédère et la rupture d’une clef métallique. Des effets identiques ont pu être observés à Contes. A Grasse et à Menton, le séisme provoqua seulement quelques fissures. L’historien Urbain Bosio indique, seulement des lézardes dans les murs et les plafonds de quelques vieilles maisons.
A Bar-sur-Loup, la tour Est de l’ancien château fut lézardée.
A Cagnes-sur-Mer le château Grimaldi fut fortement secoué et les fresques furent abîmées et fissurées.
A Saint-Paul, il y a eu quelques dégâts légers dans des maisons et sur deux moulins.
A Apt le séisme a fait s’agiter le mobilier des maisons. A Chambéry il a fait tomber quelques vases et ouvrir quelques portes. A Lanslebourg mise à part l’ouverture de quelques portes, de légères fissures ont été observées sur des murs internes.
Un peu partout avant la secousse, les gens ont ressenti un grondement souterrain et une sorte de souffle comme un coup de vent [2].

Les effets à Nice
Ce matin à 2h49 une forte secousse ondulatoire s’est faite ressentir, les oscillations ont duré de 7 à 8 secondes [2]
Voici quelques informations intéressantes sur cet événement publiées dans l’Avenir de Nice et qui mettent en évidence la présence de séismes précurseurs avant le choc principal tout comme celui du 23 février 1887.
Vers minuit moins le quart, des personnes éloignées de la ville ont entendu une rumeur souterraine comparable à la course rapide de plusieurs chariots pesamment chargés. Un curieux domicilié sur le penchant d’une colline ombragée, est sorti alors et à vu dans la campagne, tous les arbres voisins agités d’un tremblement pareil à celui du peupliers que balance un fort coup de vent. Aux environs d’une heure, un nouveau roulement, plus fort, plus prolongé, s’est fait ouir ; et l’agitation du sol a été de plus manifeste. Mais, un peu avant trois heures du matin, temps solaire de Nice, la secousse est devenue plus sérieuse. Peu de dormeurs ont eu le sommeil assez opiniâtre pour rester sourds à la grande voix de la nature en tumulte. Pendant près de dix secondes, le sol a tremblé avec fracas ; on croyait en même temps entendre dans l’air les mugissements d’une violente tempête. Les maisons se balançaient comme des roseaux ; les personnes couchées se croyaient dans une barque agitée par les vagues ; les vitres résonnaient, les cloches et les sonnettes tintaient. Suivant le caractère des émotions différentes : ici la stupeur ; là des cris. Les uns s’exclamaient de terreur, d’autres annonçaient avec éclat ce tremblement de terre ; et durant toute cette agitation fébrile, les oscillations du sol, oscillations qui nous ont semblé dirigées du nord-nord-est au sud-sud-ouest, les oscillations de l’écorce du globe se continuaient, séparées par des pauses presque insensibles. Bientôt des centaines de spectateurs effrayés se sont précipités hors des maisons, à moitié vêtus, quelques fois moins qu’à moitié vêtus, et sont allés se réfugier sur les places publiques, ou au milieu des jardins particuliers. Les clameurs de tout ce monde, et les aboiements ou les hurlements des chiens se mêlaient à la voix des crieurs de nuit annonçant le coup de trois heures. Quelques minutes plus tard, le grondement interne du sol s’est encore prononcé avec netteté et l’on a ressenti un mouvement fort léger, analogue à celui qu’éprouvent les bateaux qui viennent de toucher le bord. Plusieurs personnes retirées loin du bruit affirment avoir noté un second roulement final, une dernière secousse imperceptible. L’immense majorité de nos hautes maisons s’est bien tenue ; quelques unes des plus mal bâties ont vu leurs murs se lézarder, leurs plafonds se fendre. Dans maints appartements, des meubles, des ustensiles divers ont été renversés, des glaces mal assujetties se sont détachées. [3]
La population reste en émoi ; cet événement insolite est le grand sujet de conversation pour cette première journée et pour d’autres encore... Mais la statistique des cas semblables permet de parier un million contre un que l’accident ne se renouvellera pas sur pareille échelle avant bien des années [3].

Le journal le Var publie la déclaration suivante d’un habitant de Flayosc "deux fois mon lit s’est abaissé comme un cheval qui se cabre. Pendant ce temps la vaisselle dansait sur les étagères et les carreaux de vitre vibrait". La presse précise que la secousse a été plus violente au Flayosquet. Là les meubles ont été renversés et brisés et les habitants du hameau ont été effrayés [4].
Le Var indique que le tremblement de terre s’est guère fait ressentir au delà de Marseille. Mais le journal fait état d’un phénomène étrange, en effet, le tremblement de terre aurait été accompagné ou plutôt précédé d’un éclair très vif sans tonnerre, qui aurait vivement illuminé l’atmosphère immédiatement avant les premières détonations. Le factionnaire du poste sur le cours Massena l’a comparé à la lumière subite que produit un coup de canon.
L’atmosphère était parfaitement sereine, la lune était descendue au dessous de l’horizon et les étoiles brillaient d’un vif éclat.
Le premier bruit et le premier choc ont été les plus violents et ont eu lieu à 2h35. Les secousses se sont succédées avec rapidité et pendant 12 à 15 secondes. Une seconde secousse, mais très faible a eu lieu à 2h50 et enfin la troisième plus forte que la seconde fut ressentie un peu après 3h00 [5].

Marseille
Il a été ressenti à deux heures et demie une forte secousse dont les oscillations trois fois répétées, allaient de l’Est à l’Ouest. Cette secousse qui a duré environ 4 à 5 secondes a réveillé un grand nombre d’habitants tout étonnés de sentir remuer leur lit comme si quelqu’un le secouait et tous les meubles vaciller d’une manière fort sensible. Cette secousse a été suivi d’une autre plus légère à quelques minutes d’intervalle [6].

Turin et ses environs
Le journal l’Avenir de Nice reprend un article de la gazette piémontaise du 29 décembre qui indique que cette nuit à 2 h 45 environ, on a ressenti à Turin une secousse ondulatoire, précédée et accompagnée d’un roulement sourd et d’un fort coup de vent. La secousse a duré plusieurs secondes à deux reprises. Il a paru que le mouvement d’ondulation suivait la direction du nord-ouest au sud-est. Les personnes venues des collines de Turin racontent que le tremblement de terre a été tellement violent qu’elles sont sorties effrayées de leurs maisons [7].

Répliques
Le vendredi 5 janvier au matin, il a été ressenti à Nice, deux très légères secousses : la première quelques minutes avant 7h, la seconde quelques minutes plus tard. Elles n’ont guère duré qu’un quart de seconde. Seulement un petit nombre de personnes se sont aperçues de ce phénomène [7].


[1] Terremoti della Liguria e del Piemonte - mémoire de Giuseppe Mercalli - pages 111 à 115 - Naples 1897

[2] L’Avenir de Nice du 31 décembre 1854 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[3] L’Avenir de Nice du samedi 30 décembre 1854 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[4] Journal "le Var" du 31 décembre 1854 - bibliothèque municipale de Fréjus (Var)

[5] Journal "le Var" du 04 janvier 1855 - bibliothèque municipale de Fréjus (Var)

[6] L’avenir de Nice du 1er janvier 1855 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[7] L’Avenir de Nice du 6 janvier 1855 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes


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