Vésubie séisme de 1644


Le séisme de 1644

Le registre paroissial de la commune de Belvédère, relate que le 15 février 1644 deux secousses violentes furent ressenties dans la vallée de Lantosque. Trois personnes périrent à Belvédère, d’autres victimes eurent lieu à la Bollène et à Roquebillière [1].

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Village de Belvédère (vallée de la Vésuie)
(Photo : André Laurenti)

Un journal publié à Gênes le 12 mars 1644, confirme l’événement et complète l’information en évoquant la désolation de cinq terres dans le comté de Nice et de Provence, ainsi que la mort d’un grand nombre de paysans.
On apprend également dans un autre journal italien, le "Schiaffino", que le 15 février 1644, vers 17 h des secousses furent ressenties à Gênes et ruina trois terres dans le Comté niçois.
Selon l’histoire chronologique de Provence, l’historien Bouche rapporte qu’un grand tremblement de terre fut constaté en Provence et principalement le long de la côte maritime. Il a été un peu ressenti à Aix en Provence, un peu plus fortement à Marseille, mais beaucoup plus à Fréjus, où l’église, pendant qu’on y faisait la prédication, trembla si fort qu’il semblait qu’elle allait s’écrouler, et le peuple épouvanté prit la fuite. Il indiqua aussi que le séisme a ruiné la moitié de 14 villages ensevelissant beaucoup de personnes et renversant deux grands châteaux. Il signale aussi, l’éboulement d’une montagne qui aurait emporté quatre cents brebis passant au pied. L’auteur rajoute que le village de Châteauneuf a ressenti les secousses pendant plusieurs jours ; les habitants étaient sortis de leurs maisons et avaient fait des huttes en campagne. Parmi les voix sortant de beaucoup d’endroits, on trouva quantité de corps morts écrasés sous les ruines des maisons abattues [2].
L’illustre Godeau, académicien, évêque de Grasse et de Vence, faisait allusion à ce tremblement de terre, quand il écrivait de Paris, dans son Mandement du 5 mars 1664 : Le peuple, au moment de la secousse, se trouvait à l’église cathédrale de Grasse, quand le prédicateur faisait son sermon, le premier lundi de Carême, 15 février " je m’imagine voir, disait-il, les uns qui sortent les autres qui entrent, tous qui pleurent, qui sont saisis d’effroi et qui ne savent où se réfugier. Et puis je lève les yeux plus haut et je regarde Dieu qui tient la foudre en mains, prêt à la laisser choir sur vous. C’est ce qui me donne une frayeur plus grande, il l’a fait gronder, il a fait trembler la terre afin de vous retirer de l’assoupissement du pêché et de l’amour des choses de ce monde" [2]

Abandon contesté de Châteauneuf
A propos de Châteauneuf, dans un petit opuscule, M. A. Moris ancien archiviste départemental, déclare que les habitants abandonnèrent le village après le tremblement de terre de 1644 pour redescendre à l’emplacement du village primitif.
Selon J.B. Martel qui s’est penché sur l’histoire de ce village, Châteauneuf n’aurait pas été détruit par le séisme de 1644, il aurait en fait été déserté progressivement à partir de 1748. Martel précise que cette erreur a été reproduite par la plupart des auteurs contemporains qui se sont intéressés à l’histoire de cette localité [3].
Parmi les anciens historiens qui ont parlé plus spécialement du séisme mis à part Bouche ; Gioffredo, Durante, Scaliero, Bonifacy, etc... aucun ne site Châteauneuf.
Un autre document contemporain au séisme précise une quantité de maisons bouleversées comme Châteauneuf, Pileza Revest, Todon et tant d’autres lieux des environs [4].

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Les ruines de Châteauneuf Villevielle
(Photo : André Laurenti)
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Carte macrosismique
Document réalisé par André Laurenti

Gioffredo considérera exagérés les propos de Bouche, mais il se rendra à l’évidence en affirmant que le tremblement de terre a été vraiment extraordinaire, particulièrement à Belvédère, Roquebillière et Lantosque où les églises et les habitations furent ruinées.

36 victimes à Toudon
Mais c’est le travail de M. Séraphin Laugeri qui permettra de découvrir un cinquième village qu’aucun historien n’a évoqué et peut-être l’un des deux châteaux énoncé par Bouche. Ce village, c’est celui de Toudon situé sur les crêtes dominant la vallée de l’Estéron.
En effet, le registre paroissial de Toudon indique pour la journée du 15 février 1644, le décès de 36 personnes. Ce jour là, le séisme fit s’effondrer des rochers et les murailles du château sur le quartier du Brec, détruisant 32 maisons, tuant principalement des femmes et des enfants car les hommes étaient partis aux champs [5].

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Village de Toudon
Le village surplombe la vallée de l’Esteron : le château se trouvait sur le mamelon rocheux au premier plan de la photo de gauche, et à droite sur l’autre vue.
(photos A. Laurenti)

Par ailleurs d’autres sources diverses apportent quelques informations précieuses sur l’étendue des secousses. Ainsi à Oneglia et à Porto Maurizio (Imperia) la secousse a été tellement forte que la population est allée s’installer pour deux mois dans les campagnes. A Taggia, les habitants étaient réunis à l’église paroissiale lorsque les colonnes et les murs se mirent à trembler. Les fidèles s’enfuirent et l’un d’entre eux reçu une pierre sur la tête. La secousse fut ressentie également à Alessandria, à Grasse, à Fréjus où là aussi les gens s’enfuirent de l’église, à Marseille, Aix en Provence et enfin à Gap [2].
A Aups, plusieurs ouvertures dans les murailles de l’église [6].
Ce séisme aurait été signalé comme affreux à Gap en 1644 mais sans précision de date. Secousses signalées aussi à Genève le 16 février 1644 [7].
Ce séisme aurait donc eu une grande extension, son épicentre est à déterminer.

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Carte macrosismique élargie
Document réalisé par André Laurenti

Ce séisme met un terme à une série d’événements ayant certainement pour épicentre les Alpes-Maritimes actuelles, cela fait plus de trois siècles et demi qu’il ne s’est plus rien produit localement, à méditer....


[1] Mercalli G. I terremoti della Ligurie e del Piemonte - Napoli année 1897

[2] Journal de Nice 23 mai 1866 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[3] Martel J.B. : "Histoire de Châteauneuf de Contes" - Editions Serre - collection les Régionales - année 1989

[4] Gauffre R.P. le récit véritable de l’effroyable tremblement de terre advenu près de Nice et de Grasse en Provence - Paris 1644

[5] Laugeri Seraphin : "Tremble terre à Toudon" - extrait de la revue culturelle bilingue nissart français "Lou Sourgentin" - numéro d’octobre 1979

[6] Honore L. "secousses sismiques signalées en basse Provence de 1644 à 1818 - Var (Le) Historique et Géographique - Année 12 - Draguignan janvier 1924

[7] Annales 1938 inst. Physique du Globe de Strasbourg - Géophysique T3 - Rothe J.P. 1941


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