Laboratoire à bas bruit


Laboratoire Souterrain à Bas Bruit de Rustrel pays d’Apt Parc Naturel Régional du Luberon

Le centre de tir stratégique reconverti en Laboratoire unique au monde

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J’ai eu le privilège en compagnie du volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff et de quelques amis passionnés par les sciences de la terre, de visiter le Laboratoire Souterrain à Bas Bruit (L.S.B.B.) de Rustrel, situé en plein cœur de la communauté des communes du Pays d’Apt, dans le Parc Naturel Régional du Luberon. Nous avons été accueillis pour cette visite peu ordinaire, par Stéphane Gaffet Directeur du Laboratoire, par Christophe Sudre chargé du développement et de la communication et par Elisabeth Pozzo di Borgo maitre de conférences de l’Université d’Avignon, en charge de l’observation magnétique au L.S.B.B.

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Entrée du Laboratoire
Le Laboratoire Souterrain à bas Bruit est situé sous la Grande Montagne ici en arrière plan (Photo : Gilbert Mahoux)

Ce laboratoire, a été installé dans le Poste de Conduite de Tir n°1 (PCT 1) du système d’arme Stratégique du plateau d’Albion, loin de toute activité urbaine, industrielle ou routière. Ici, physiciens et géologues s’emploient à effectuer des mesures d’une extrême précision. L’ensemble du dispositif du plateau d’Albion, comportait 18 silos, chacun armés de missiles nucléaires sol-sol balistiques de la force de dissuasion nucléaire française, capables d’atteindre des objectifs situés dans le pacte de Varsovie sur l’ordre du Président de la République. Les deux PCT qui équipaient cette base, ont été conçus non seulement pour résister à toute attaque nucléaire, mais aussi pour éviter toute intrusion grâce à de longues galeries à angles droits de près de 2 km de long. Les travaux du PCT 1 que nous avons visité et qui comprend 3,9 km de réseau souterrain, ont duré deux ans de novembre 1966 à mars 1969 et 40 000 m3 de béton ont été nécessaires pour sa construction. Après 25 ans de service opérationnel, les missiles ont été démantelés et les silos sont toujours visibles sur le plateau d’Albion, certains font actuellement l’objet de reconversion en centrales solaires. Toutefois, l’un des deux postes, le Poste de Conduite de Tir n°1 a été transformé en laboratoire scientifique interdisciplinaire.

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La galerie qui mène à la capsule
Le déplacement se fait à l’aide de véhicules électriques ou bien à vélo.
(Photo : André Laurenti)

Un laboratoire insolite le plus silencieux au monde

Cette installation hors norme digne d’un décor de film de James Bond, bénéficie entre autres des qualités exceptionnelles de la capsule blindée de tir dépendant désormais de l’Université de Nice, du CNRS et de l’Observatoire de la Côte d’Azur. Ce laboratoire emploie cinq personnes sur le site, deux titulaires, un ingénieur d’études de l’Université de Nice, un salarié CDD de l’Insu et deux employés CDD à temps partiel. Il est placé depuis 2006 sous la direction de Stéphane Gaffet, sismologue CNRS au laboratoire Géoazur à Sophia-Antipolis. Le L.S.B.B. accueille des équipes de chercheurs qui étudient la matière noire et sombre de l’univers, l’hydrogéologie, la sismologie, la mécanique des roches etc... toutes ces communautés discutent, échangent, cette pluridisciplinarité permet l’émergence de nouvelles idées et voir ainsi naitre de nouveaux projets. Voilà donc, un bel exemple unique de conversion d’une installation militaire en un laboratoire de recherches civiles ouvert aussi sur l’industrie.

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Visite commentée
Christophe Sudre chargé du développement et de la communication présente le site
(Photo : André Laurenti)

Au centre du tunnel à environ 2 km de l’entrée, à l’aplomb de la Grande Montagne, se trouve une capsule blindée, il s’agit de l’ancien poste de commande. Là étaient installés deux officiers de tir, chacun attendant l’ordre. Ce poste de 26 mètres de long et d’un volume de 1 250 m3, est suspendu par 8 points au plafond de la galerie et repose sur d’énormes amortisseurs. Il est enveloppé par un centimètre d’acier puis deux mètres de béton. Il a été conçu pour résister à l’impact sismique et électromagnétique d’un bombardement nucléaire. Un véritable bunker dissimulé sous 518 m de roche karstique dont la radioactivité est faible, et ou même les boussoles classiques sont inopérantes, car elles ne sont pas capables de détecter le champ magnétique terrestre qui, dans la capsule, est divisé par six.

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Au coeur du Laboratoire
Stéphane Gaffet Directeur du laboratoire devant l’entrée blindée de la capsule
(Photo : André Laurenti)

Cette cage de faraday élimine tout bruit électromagnétique ce qui permet une écoute des phénomènes naturels avec une qualité de bruit environnemental extrêmement favorable. « C’est comme si on se trouvait au calme à 1 500 mètres sous l’eau avec un niveau de bruit électromagnétique 100 fois inférieur à celui d’un cerveau dans sa phase de sommeil profond » explique Stéphane Gaffet. Une tranquillité idéale pour mener à bien toute sorte d’expériences sensibles aux bruits parasites d’origine sismique, acoustique, mécanique et même cosmique. L’équipe de Stéphane Gaffet a placé des stations sismiques dans toute l’infrastructure et au sommet de la grande montagne, partie intégrante du laboratoire, pour disposer en continu d’une image tridimensionnelle des remous terrestres. Grâce à cet outil exceptionnel, les chercheurs espèrent comprendre les mécanismes de propagation et d’amplification des ondes sismiques, autrement dit, étudier les effets de site des tremblements de terre. Le séisme du Japon du 11 mars 2011, a d’ailleurs été enregistré 20 minutes après le choc principal, il a été observé avec une amplitude de 4 mm sur le site.

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Coupe de la capsule blindée
Document : Laboratoire à bas bruit

D’intéressantes perspectives s’ouvrent également sur l’hydrogéologie du karst.

Le L.S.B.B. est implanté sur le bassin d’alimentation de la célèbre résurgence de Fontaine de Vaucluse. Percé d’avens, le massif représente un énorme réservoir aquifère qui va de la montagne de Lure jusqu’au Mont Ventoux. Sur cet ensemble, il a été recensé plus de deux cents gouffres aux ouvertures parfois très étroites et difficilement repérables. Les eaux circulent par des chemins difficiles à pister et selon des rythmes très variables. Après une longue période de sécheresse, les précipitations sont à nouveau plus importantes depuis trois ans, cela va sans doute permettre aux chercheurs de percer les secrets de la Grande Montagne. A l’intérieur de ce massif de 1 000 km3, des points de captage ont été installés, permettant d’analyser l’eau (matière organique, chimie, isotopes) susceptibles de révéler d’où vient l’eau, combien de temps elle réside dans le massif, avoir une meilleure compréhension sur l’impact des changements climatiques. http://www.lha.univ-avignon.fr/ C’est également mesurer la déformation des failles lors du passage de l’eau, mais aussi les vibrations que produit l’écoulement d’eau dans la faille, les vibrations mécaniques, électriques. Le « bas bruit » est en fait tout cela, tout ce qui est électrique, magnétique, hydro mécanique lié entre autre au passage des précipitations dans le massif. Un peu plus loin dans la galerie, un inclinomètre de 150 mètres de long est en cours d’installation, dans le cadre d’un programme de l’agence national de la recherche mené par le laboratoire Geosciences Montpellier. Un instrument qui va sans doute faire émerger de nouvelles idées. Certes, on ne sait toujours pas prévoir les séismes, car selon certains scientifiques les efforts auxquels sont soumises les roches modifient leurs caractéristiques avant même qu’elles ne se rompent. Il suffirait en effet de contrôler ces valeurs et d’éventuelles mesures anormales seraient alors à considérer comme signes précurseurs, c’est à dire comme des signaux clairs qui annoncent l’arrivée d’un séisme. L’étude systématique, de ces signes précurseurs permettrait de fixer l’instant initial du tremblement de terre. Arrivera-t-on sous la Grande Montagne à déceler les indicateurs possibles ? Il faut y croire ! Ainsi, le Laboratoire Souterrain à Bas Bruit se voit promis à un bel avenir et représente un excellent « terrain de jeu » pour les chercheurs. Aujourd’hui, plus de 30 équipes de recherche nationales, européennes et internationales, collaborent aux activités scientifiques. La qualité du lieu, sa dimension et son équipement permet d’y constituer un observatoire permanent de longue durée ouvert à toute expérience. Enfin, c’est un lieu idéal pour les étudiants permettant de s’impliquer dans des projets motivants et variés.

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Photo de groupe
De droite à gauche Stéphane Gaffet, Jacques-Marie Bardintzeff, Christophe Sudre et Elisabeth Pozzo
(Photo : André Laurenti)
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Les silos
Ils sont toujours visibles sur le plateau d’Albion, certains font actuellement l’objet de reconversion en centrales solaires.
(Photos : André Laurenti)

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REMERCIEMENTS

A Elisabeth et Luc Thomas de l’association Vulcain pour avoir sympathiquement organisé cette visite.

A Stéphane Gaffet Directeur du Laboratoire à Christophe Sudre chargé du développement et de la communication et à Elisabeth Pozzo di Borgo maitre de conférences de l’Université d’Avignon, en charge de l’observation magnétique au L.S.B.B pour leur accueil et leur compétence.


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