Séisme du 25 février 2001


Séisme du dimanche 25 février 2001

Coïncidence

Dans le folklore japonais, le monstrueux Namazu, poisson-chat censé vivre sous l’Archipel, est tenu responsable des tremblements de terre à chaque fois qu’il remue la queue. A Nice il n’y a pas de Namazu mais on pourrait peut-être imaginer que le Roi Carnaval ne supporte pas de partir en fumée. En effet, curieusement l’histoire nous apprend que le tremblement de terre de 1644 a eu lieu le 15 février, celui de 1818 c’est produit le 23 février, 23 février aussi pour le séisme Ligure de 1887 et enfin le tout dernier a été enregistré le dimanche 25 février 2001 avec une différence par rapport aux précédents, celui-ci n’a pas fait de dégât, ouf ! Il ne faut pas pour autant appréhender le prochain carnaval en traitant "sa Majesté" d’oiseau de mauvaise augure, mais il faut voir cela plutôt comme une pure coïncidence.

Le séisme

Dimanche 25 février 2001 à 19h34 heure locale, un séisme parmi les plus importants de ces dernières années en France métropolitaine a été largement ressenti sur toute la région et a sensibilisé 1 950 000 habitants. D’une magnitude 4.6, l’épicentre a été localisé en mer à 43°51’ de latitude Nord et à 7°48’ de longitude Est, soit relativement proche de la côte à environ 29 kilomètres au Sud Sud-Est de Nice et à une profondeur de 7,5 km. L’accident tectonique s’est produit au pied de la marge Ligure, au nord de la vallée sous-marine du fleuve Var, sur une faille active connue par les chercheurs et sous une tranche d’eau de 2000 m. Les fonds marins au large de Nice se présentent en effet comme un plateau en pente qui se termine par une importante falaise. C’est au bas de cette falaise qu’il y a eu "friction." Ce phénomène bien compris par les spécialistes correspond à un mouvement en faille inverse sous l’effet d’une compression tectonique de direction nord-ouest - sud-est. Le mécanisme de ce séisme est pratiquement identique à celui du 26 décembre 1989. Il n’a donc rien d’exceptionnel et à ce degré de magnitude, la récurrence est de l’ordre de cinq à six ans.

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Carte sismotectonique
Cartographie de la mer Ligure. Failles et diapirs d’après Chaumillon (1994)

Les effets

L’onde de choc a été perceptible dans tout le sud-est de la France jusqu’aux Bouches du Rhône en passant par le Var plus spécialement dans le secteur de Draguignan, à Saint-Raphaël, Saint Tropez et Sainte Maxime. La secousse a aussi été ressenti dans une moindre mesure à Hyères et dans quelques quartiers de Toulon. A Cannes, elle a été plus particulièrement perçue du côté de la Bocca, de Ranguin et du Cannet. A Tende et à Sospel, des témoins ont vu leurs meubles bouger de quelques centimètres. D’autres témoignages similaires ont été recueillis à Vence, à Bézaudun, mais aussi au sud de Grasse plus particulièrement à Plascassier, Plan de Grasse jusqu’à Mouans-Sartoux et Mougins. Ce séisme a mis en émoi l’ensemble de la population du département des Alpes-Maritimes. Il a inquiété de nombreux habitants du sud des départements du Var et des Alpes de Haute-Provence. L’intensité maximale observée de V a été atteinte dans les Alpes-Maritimes à [Nice_>56], Castellar, Falicon, La Trinité ; dans les Alpes de Haute-Provence à Allons, dans le Var à Châteaudouble et à Trans en Provence, dans le Vaucluse à Gignac. Dans la vallée de la Tinée aucun des villages entre Roure et Tournefort n’a perçu la secousse. Seule la commune d’Isola semble avoir observé largement la secousse (intensité IV). La vallée du Var, au sud-ouest de celle de la Tinée, a ressenti les effets de la secousse de façon assez nette (intensité de III à IV) Plus loin encore, elle a été perçue au 15 ème étage d’un immeuble de Grenoble. Ceci correspond à une amplification sur sol alluvionnaire. A Nice il a été mesuré sur les sols rocheux du Mont Boron une atténuation de 400% environ par rapport aux sols alluvionnaires du jardin Alsace Lorraine.

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Signal du séisme
Signal enregistré par le service de l’environnement de Monaco

Bruits entendus

Le bruit a été signalé dans 112 communes. Pour certains la secousse fut précédée par un grondement sourd semblable au passage d’un camion, d’un avion de chasse, d’un souffle violent ou encore au passage d’un métro.

Des coupures d’électricité ont été signalées au Cannet (10 mn) sur l’ensemble d’un quartier, et à Nice une baisse sensible de l’énergie électrique (1 à 2 secondes) sans coupure.

Ce séisme a été suivi quelques heures plus tard, par deux répliques de magnitude 2,3 à 19 h 53 et 21 h 33 heure locale. Tourrette-sur-Loup est la seule commune à avoir signalé la première réplique. Une troisième a eu lieu le 1er mars à 01 h 53mn.

L’ensemble des réseaux déployés à terre est malheureusement trop éloigné de la zone épicentrale, il n’a pas pu fournir des renseignements précis. C’est la raison pour laquelle cinq O.B.S. (Océan Bottom Séismometers) : stations sismologiques marines ont été acheminées en deux heures de temps sur le site. Elles ont été embarquées à Nice à bord de Téthys II un navire appartenant au C.N.R.S. et géré par l’institut national des sciences de l’univers. Il s’agit d’un matériel confectionné par l’institut de recherche pour le développement, avec le partenariat de l’institut universitaire du Texas et le laboratoire Géosciences Azur. Ces types de stations sont uniques en France et sont stockées au laboratoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer. Ces appareils coûtent la bagatelle de 22 800 euros pièce et ont la capacité de descendre jusqu’à 8 000 mètres de profondeur. Ces bulles permettront une étude plus précise des répliques de faible magnitude et pourront également identifier d’une manière plus fine la faille active.

Les leçons d’une secousse

Lors d’un tremblement de terre, les consignes de sécurité précisent bien surtout de ne pas téléphoner inutilement, sauf pour signaler les urgences médicales ou un incendie, ceci pour ne pas encombrer les lignes et gêner l’organisation des secours. L’exemple du 25 février 2001 met le doigt sur le véritable déficit évident d’informations vers le grand public. Beaucoup de personnes ont reconnu ne pas connaître les gestes ou attitudes à adopter lors d’un tel événement. Pourtant un plan d’urgence départemental séismes a été institué le 21 janvier 1994 par la préfecture ; il est spécifique au département des Alpes-Maritimes et c’est précisément dans celui-ci que figurent les consignes de sécurité. Cependant la diffusion de ce dossier a été faite auprès de toutes les instances dirigeantes des Alpes-Maritimes, mais n’est malheureusement jamais remonté jusqu’à la population. Aujourd’hui ce dossier n’ayant pas subit de mise à jour, est complètement dépassé. Ainsi lors du séisme, les casernes de pompiers ont été submergées d’appels par des personnes légitimement inquiètes qui avaient, soit besoin d’être rassurés, soit pour raconter ce qu’elles avaient ressenti. Appeler les pompiers dans ce cas, s’avère inutile car ils ne pourront rien vous dire de plus, en revanche cela peut être dangereux car vous risquez de mettre en péril la vie de quelqu’un qui n’arrive pas à joindre les secours. Il est clair qu’à chaque fois la même question vient hanter les esprits, ce séisme peut-il être annonciateur d’un tremblement de terre plus important ? Selon les spécialistes la question ne peut malheureusement jamais être élucidée à l’avance : les deux cas de figure sont possibles. Lors de la crise sismique qui a frappé la région d’Assise en Italie en Septembre 1997, un premier tremblement de terre de magnitude 5.7 a été suivi le lendemain par un séisme plus fort de magnitude 5.9. En revanche, les récents événements de 1989, 1995 et celui de 25 février 2001 qui ont été ressentis dans les Alpes-Maritimes étaient des secousses isolées suivies par des répliques de magnitude bien inférieure pratiquement imperceptible à l’homme. A l’occasion de la secousse du 25 février dernier, les médias n’ont pas cherché à calmer les esprits bien au contraire ils n’ont fait qu’amplifier l’effet de panique sur les téléphones. La secousse survenue quelques dizaine de minutes avant les informations a été une aubaine pour les journalistes. Elle a fait incontestablement la une des journaux télévisés de 20h et des chaînes de radios. Cependant il faut savoir une chose, les données de ce genre de séisme sont transmises en temps réel au centre national à l’Institut de Physique du Globe de Strasbourg. une alerte est aussitôt déclenchée et l’information sur la localisation, la profondeur, et la magnitude, est alors envoyée aux autorités locales ; la Préfecture, la Protection Civile, la communauté scientifique régionale et aux médias. Mais pour cela, il faut bien entendu le temps aux personnels d’astreinte d’analyser les données. Hors les médias n’avaient pas encore d’informations suffisantes à l’heure du 20h, c’est la raison pour laquelle l’annonce brutale et sans précision a semé une totale confusion. Les téléspectateurs qui étaient encore sous le choc des images des tremblements de terre du Salvador et de l’Inde, ont tout de suite imaginé le pire pour la Côte d’Azur et ont cherché à joindre à tout prix des proches ou des amis. Résultat le réseau a été complètement saturé pendant près d’une heure. Que se serait-il passé s’il y avait eu des dégâts ?

On en revient une fois de plus à l’absence de campagnes de sensibilisation, en fait les décisions se prennent bien loin de la zone concernée, à Paris dans une zone asismique. Si la capitale se trouvait dans une zone sismique, les choses seraient probablement différentes. Certes 43 morts en presque un siècle au cours du tremblement de terre de Lambesc, contre 8000 tués chaque année sur les routes, ça ne plaide pas en faveur de la prévention des séismes. Alors, comme il est de tradition en France attendons que la catastrophe arrive pour ensuite réagir.


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