Chasteuil : séisme de 1951


Séisme du 30 novembre 1951 à 06 h 08

Dans la matinée 30 novembre 1951, à 7 h 08 heure locale, la terre tremblait à nouveau dans les gorges du Verdon, à l’Ouest de Castellane.
La choc principal a atteint une intensité maximale estimée à VII-VIII (échelle M.S.K.), avec un épicentre localisé au Sud du village de Chasteuil.
Ce séisme a eu des effets destructeurs sur une zone très limitée, affectant principalement Chasteuil, une commune déjà frappée par un tremblement de terre en 1855, moins d’un siècle auparavant et presque jour pour jour.
Toutefois, ce séisme, moins puissant que celui du 23 novembre 1855, a été suffisamment violent pour provoquer des dégâts plus ou moins sévères, à tous les bâtiments du village.

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Vue aérienne de Chasteuil
Vue d’ensemble du village, on compte aujourd’hui environ 35 parcelles bâties
(Capture : Géoportail )

Localisation
D’après les calculs de l’Institut Physique du Globe de Strasbourg, l’épicentre a été proposé à 2 km au Sud du village de Chasteuil, à proximité de la clue de Chasteuil dans les gorges du Verdon, par 6°26’00’’ de longitude Est et 43°49’00’’ de latitude nord. [1]
Pour constater de visu les dégâts et établir un rapport circonstancié, l’Institut de Strasbourg a mandaté sur place, un pharmacien de Castellane.

Les sources documentaires
Le séisme n’a pas manqué de faire écho dans les journaux comme le Méridional, le Marseillais, le Provençal, la Voix de Provence, Nice-Matin, le Monde et même le Parisien libéré et plus tardivement l’Aurore (1967). Les différents articles viennent compléter d’autres sources d’informations, tels que les rapports de gendarmerie et les correspondances du Maire de Chasteuil.
Mais tous ces médias se sont intéressés principalement à Chasteuil et à Taloire et n’apportent pas d’informations sur les effets ou le ressenti dans les autres villages proches.
Par ailleurs, grâce à la vigilance de l’association Petra Castellana et le musée du Moyen Verdon, des photos inédites montrant les effets du séisme sur Chasteuil et sur l’église de Taloire, ont pu être sauvées d’une destruction, elles viennent enrichir les connaissances sur ce séisme en permettant de visualiser les dégâts matériels, tout comme celles de la presse.

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Village de Chasteuil
(Photo : André Laurenti)

Chasteuil un village isolé
A Castellane, les habitants ont bien sûr ressenti les secousses, mais ils ignoraient les effets désastreux sur Chasteuil.
A 8h30, la gendarmerie était informée que des éboulis encombraient la route nationale. Les services locaux des ponts et chaussée se rendaient immédiatement sur les lieux et à 11h45, la route était totalement dégagée et rendue à la circulation. [2]
Cependant, les éboulements avaient endommagé la ligne téléphonique, Chasteuil était donc complètement isolée.
Deux habitants du village partirent à pied à Castellane. Ils furent reçus avec scepticisme, par l’ingénieur des Ponts et Chaussées. Cependant, devant l’affolement de ces deux personnes, il finit par se rendre à l’évidence. [3]
Ainsi, petit à petit, les premières nouvelles se répandirent dans la sous-préfecture. Il faudra attendre tout de même 14h30, pour que la gendarmerie de Castellane soit avisée par la rumeur publique de la présence de dégâts à Chasteuil. [2]

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Village actuel de Chasteuil
(Photo : André Laurenti)

Une approche difficile
Chasteuil était une commune pauvre dans laquelle vivaient au moment du séisme, 24 habitants. Il n’y avait pas d’électricité et l’eau n’était pas encore distribuée aux maisons.
Lors du séisme, le chemin d’accès au village a été rendu impraticable par des crevasses, par l’affaissement du muret de soutènement de la route et les éboulements. La canalisation d’alimentation en eau fut détruite sur 50 mètres.
Un journaliste, se rendant sur les lieux, racontent que "sur la route depuis Castellane, il fallait s’arrêter pour enlever les blocs de roches tombés sur la chaussée".
Depuis la route principale des gorges du Verdon, une petite voie étroite et sinueuse permet d’atteindre le village, 2,5 kilomètres plus loin.
Le jour du séisme, cette route était hors service, il fallait poursuivre à pied. [3]
Au cours de l’ascension vers le village, le reporter constate les effets des secousses. "Partout", dit-il, "la terre est fendillée, des blocs de pierre énormes ont roulé de la montagne". [4]

En arrivant au village, les habitants sont peu nombreux. En une matinée, sur 24 habitants, 15 ont préféré quitter les lieux, l’hiver est proche, il est impensable de rester ici dans de telles conditions. La plupart d’entre eux se sont réfugiés à Trigance dans le département voisin du Var. Les 9 personnes restantes s’organisent à l’intérieur du vieux château, malgré les lézardes, une bâtisse située tout en haut du village. [3]

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Village de Chasteuil
Effets du séisme de 1951
(Photo : réf. CEC 6672 - fonds Marie-Françoise Barel - Détenteur association Petra Castellana, Musée du Moyen Verdon)

Les témoignages

Sur les lieux, le reporter décrit l’état des deux habitations les moins touchées par le séisme :
"La maison du Conseiller Municipal et celle du vieux Coulom sont les seules à rester debout. Mais les planchers, plafonds et murs, tout est crevassé, lézardé. Les deux bâtisses ont la fragilité d’un château de carte", commente un journaliste. [5]
Autre témoignage, celui de M. Cupidon Conseiller Municipal, il confit à la presse ses impressions :
"A 7h08 ce fut le désastre, un claquement plus sec que les deux précédentes secousses, un coup de fusil. Tout le monde sortit des maisons pour assister à un spectacle effroyable. Tels des châteaux de cartes, les immeubles s’écroulèrent, tandis que des blocs énormes roulaient dans la montagne proche". [3]

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Effets du séisme sur Chasteuil
(Photo : journal Le Parisien - 20 décembre 1951)

Un second témoignage décrit parfaitement la violence du choc :
"A 7 heures je me trouvais dans la cuisine, frottant une casserole, une lampe à pétrole était allumée sur la table. Soudain, la porte s’est ouverte violemment, comme poussée par une main d’Hercule ; la lampe s’est éteinte, un grondement épouvantable s’est fait entendre et aussitôt, des plâtras sont tombés tout autour de moi. D’un bond, j’étais dehors, quel spectacle ! Des pierres partout, des pans de murs qui dressaient leur silhouette dentelée. Je fis le tour du village, aucun habitant blessé".
Une fillette d’une famille italienne, avait reçu des plâtras sur sa poitrine dans son lit, mais sans aucun mal. Seules, une dizaine de poules ont été écrasées. [3]

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Chasteuil
Une famille italienne de six personnes logeait dans cette maison
(Photo : Le Méridional du 3 décembre 1951)
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Village de Chasteuil
Aspect du village après le séisme de 1951
(Photo : réf. CEC 6673 - fonds Marie-Françoise Barel - Détenteur association Petra Castellana, Musée du Moyen Verdon)

L’église entièrement remise à neuf dix ans auparavant, a été endommagée au chœur et à la sacristie.
L’autel est recouvert de gravats, la voûte est lézardée et les décors des bas-côtés ont été déchiquetés.
A proximité de l’église, le mur de soutènement du cimetière s’est écroulé et le presbytère a été déclaré irréparable.

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Eglise de Chasteuil
Le chœur a été lézardé
(Photo : Journal Le Parisien libéré du 20 décembre 1951)
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L’église paroissiale St. Martin à Chasteuil
Façade occidentale, l’édifice a été ceinturé sur deux niveaux par des armatures métalliques
(Photo : André Laurenti)
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Eglise de Chasteuil
Détail du ceinturage métallique
(Photo : André Laurenti)

Un état concernant les propriétés communales, dresse l’évaluation suivante :
Chemin d’accès : 120 000 fr
Mairie-école (construite en 1914), a été lézardée : (tirants à poser) 150 000 fr
Conduite d’eau : 70 000 fr
Cimetière : 80 000 fr
Eglise : réparation et consolidation 180 000 fr
Presbytère : irréparable [6]

Sur le même document figure un bilan du domaine privatif, il est le suivant :
1 maison détruite, 5 irréparables, 1 entrepôt détruit, 2 maisons en très mauvais état, 9 maisons réparables, 1 étable lézardée et 5 entrepôts réparables. [6]

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Village de Chasteuil
(Photo : journal L’Aurore du 22 août 1967)

Les effets à Taloire
Ce village est situé en rive gauche du Verdon, les effets ont été nettement moins importants qu’à Chasteuil, malgré la faible distance qui sépare les deux villages (environ 1,5 km).
Le rapport de gendarmerie précise que trois vieilles granges ont été lézardées, une s’est partiellement effondrée et l’église a souffert intérieurement avec la chute des objets de culte. La voûte du chœur a spécialement souffert. [7]
Cette église avait été restaurée en août, son clocheton est resté intact, l’édifice a été lézardée, le chœur et la sacristie ont particulièrement souffert. Autrement, le village n’a que légèrement été touché. [8]

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Commune de Taloire
(Photo : André Laurenti)

De nouvelles investigations ont permis de découvrir des photos exceptionnelles datées du 11 décembre 1951, non connues des bases de données. Elles montrent les effets de ce séisme sur les extérieurs et l’intérieur de l’église paroissiale. Elles confirment et relativisent la présence de lézardes en face Est du chevet et sur la façade Nord sans démolition. Sur une vue prise depuis le cimetière jouxtant l’église, on remarque le renversement d’une pierre tombale et de petites démolitions du mur d’enceinte.
La photo CEC 6108 4, confirme que le clocheton en prolongement du mur Ouest comprenant deux baies, n’a pas souffert.
A l’intérieur, on remarque une lézarde bien nette en pied de pilier de voûte, sur la façade Nord de l’église, quelques fissures en reins de voûte de part et d’autre. Quelques débris au sol sont également visibles.

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Effet du séisme de 1951
Chevet Est lézardé et face Nord de l’église
(Photo : réf. CEC 6108.2 - détenteur association Petra Castellana, Musée du Moyen Verdon)
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Effet du séisme de 1951
Face Sud de l’église avec en premier plan la chute d’une pierre tombale et de légères démolition du mur d’enceinte du cimetière
(Photo : réf. CEC 6108 3 - détenteur association Petra Castellana, Musée de Moyen Verdon)
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Effet du séisme de 1951
Face Nord lézardée, la face Ouest et son clocheton ont été épargnés
(Photo : réf. CEC 6108 4 - détenteur association Petra Castellana, Musée du Moyen Verdon)
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Effet du séisme de 1951
Présence d’une lézarde en pied de pilier de voûte Nord
(Photo : ref. CEC 6108 1 - détenteur association Petra Castellana, Musée du Moyen Verdon)

Par la suite, cette église paroissiale n’a pas été restaurée. Pourtant au cours de la visite du Sous-Préfet accompagné de l’ingénieur des Ponts et Chaussées avaient annoncé un crédit de 250 000 fr nécessaire pour rendre en état l’église. [7]
Au final, la commune n’a pas obtenu les moyens financiers pour effectuer les travaux. Aujourd’hui, et comme ces photos le montrent, cet édifice est à l’état de ruine. [9]

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Faces Sud et Est de l’église
Situation actuelle de l’église paroissiale
(Photos : André Laurenti)

Autrement, d’après les témoignages recueillis par l’Institut Physique de Strasbourg, il y a eu dans ce village, des chutes de tuiles et de cheminées, une pierre tombale a également été renversée. Il y a eu aussi des éboulements et les sources troublées dans ce secteur. Intensité VII-VIII (MSK). [1]

Les effets dans les villages environnants
En dehors de Chasteuil et Taloire, les informations sur les effets dans les villages et hameaux environnants, proviennent de la collecte de témoignages réalisée par l’Institut Physique du Globe à Strasbourg et publiée dans les annales de 1954.
A Blieux on déplore la chute de 2 cheminées et l’effondrement d’un mur de l’église - intensité VII-VIII (MSK). [1]

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Commune de Blieux
(Photo : André Laurenti)
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Eglise paroissiale Saint-Symphorien de Blieux
Sur la photo de gauche, on y voit des traces de réparations sur la chapelle latérale, qui pourraient correspondre au mur effondré. L’abside semi circulaire comporte aussi des traces de réparations avec l’ajout d’un cerclage métallique.
(Photos : André Laurenti)

A Taulanne qui regroupe une poignée de maisons, il a été observé la chute de tuiles, d’une cheminée, le tintement de cloches et des sources troublées - intensité VII (MSK). [1])

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Hameau de Taulanne
Chapelle de Taulanne.
(Photos : André Laurenti)

Villars Brandis est situé sur un versant, il est formé de deux îlots compacts de bâtiments mitoyens. Il y a une église et comme à Chasteuil, elle est ceinturée sur deux niveaux par des armatures métalliques. Il y a également un cimetière et une ancienne Mairie-école. Deux hameaux font partis de Villars Brandis, il s’agit de Brans situé en aval et Brandis plus en hauteur.
Lors du séisme, des murs ont été fissurés et des tuiles sont tombées - intensité VII. [1]

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Eglise de Villars Brandis
Sur ses quatre façades des armatures métalliques ceinturent l’édifice
(Photo : André Laurenti)
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Eglise de Villars Brandis
Clé d’arc datée 1860 désolidarisée et descendue probablement lors du séisme de 1951
(Photo : André Laurenti)

A Rougon, il a été signalé un choc brusque de bas en haut, il y a eu des fissures dans les maisons, des chutes de pierres des toits et des sources troublées. Intensité VI-VII (MSK). [1]

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Commune de Rougon
Rougon est situé sur un ensellement et adossé à un imposant rocher sur lequel se trouve tout en haut les vestiges d’un château médiéval
(Photo : André Laurenti)

Les causes des dégâts
La sévérité des dégâts au village de Chasteuil a certainement été accentuée par des effets concomitants, tout d’abord, par la vulnérabilité des bâtiments ruraux typiques de la région, puis par un sol peu stable, saturé en eau par les précipitations abondantes des semaines précédentes.

Mouvement gravitaire
Par ailleurs, des blocs de rocher ont roulé des sommets voisins et la route nationale de Castellane à Marseille, devenue depuis la départementale N° 952, a été coupée en plusieurs endroits par des éboulements entre les points kilométriques 5 et 9 et en particulier au point 6.100. Quelques parties des murs de soutènement ont été emportées entre les PK 6.4 et 6.9. En de nombreux endroits, la terre a été fendillée. [1]
Le rapport de gendarmerie confirme l’éboulement à hauteur du pont dit de Taloire "des blocs de roches détachés de la montagne, sont venue encombrer partiellement cette voie sur une longueur de 200 m, endommageant dans leur chute, la ligne téléphonique qui borde la route". [10]
En se rendant sur place, le PK 6 se situe à l’intersection avec la route menant à Taloire, à deux cent mètres du lieu-dit Porte de Saint-Jean, marquant l’entrée des gorges du Verdon. Au PK 6,2, juste en contrebas de la route, des blocs rocheux entravent le lit du Verdon, provenant de la paroi surplombant la route, ils pourraient être tombés lors de ce séisme. Selon le cadastre, la route a depuis été élargie, son tracé est nettement plus entaillé dans la paroi.

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Blocs rocheux au PK 6,200
En contrebas de la route, dans le lit du Verdon, on remarque d’imposants blocs rocheux
(Photo : André Laurenti)
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Paroi dominant la route et le Verdon au PK 6.200
(Photo : André Laurenti)

Le ressenti en zones éloignées
Selon les témoignages collectés par l’Institut Physique du Globe de Strasbourg, une intensité de V (Echelle MSK) a été attribuée sur les localités suivantes :
Angles, Castellane, Chaudon Norante, Moriez, Moustiers Sainte-Marie, la Mure, la Palud-sur-Verdon, Robion et Soleihas.
Dans le département du Var : à Bargemon, Baudinard-sur-Verdon, Bauduen, Châteauvieux, Soleils et Trigance. Intensité V (MSK). [1]

La presse de l’époque apporte quelques informations complémentaires en renseignant sur le ressenti à Entrevaux (AHP) et dans les Alpes-Maritimes.
A Entrevaux, la secousse a été moins violente, mais un fort grondement a été entendu. [11]
La secousse a été ressentie également à Cannes et à Grasse principalement au quartier de la Basse Courade. [12]

Par ailleurs, à Draguignan les secousses ont été plus perceptibles qu’à Marseille, les meubles ont été ébranlés. [13]
A Marseille, le tremblement de terre est passé inaperçu pour la majorité des habitants. Toutefois, quelques personnes, principalement celles qui étaient encore couchées, ont nettement perçu les secousses. [13]

Zone épicentrale
Douze villages et hameaux se trouvent dans un rayon de dix kilomètres autour de Chasteuil, regroupant d’après le recensement de 1954, 2 016 habitants. Une population qui a chuté de 30, 70% depuis le tremblement de terre de 1855, victime de l’exode rurale d’entre les deux guerres.
De nos jours, seul le village de Châteauneuf-lès-Moustiers a été totalement déserté par ses habitants, il figure comme ruine sur les cartes IGN.
Par la suite, Villars-Brandis a été rattaché à Castellane en 1964, il en fut de même pour Taloire et Chasteuil rattachés en 1973, à cette même ville.

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Rayon de 10 km autour de l’épicentre
Intensités (échelle MSK) attribués pour ce séisme - source base de données Sisfrance
(Infographie : André Laurenti)
LocalitésDistancedirection vers l’épicentreIntensité (MSK)Population 1954
Taloire 1,5 kilomètres Nord-Ouest VII-VIII 19
Chasteuil 2 kilomètres Sud VII-VIII 8
Rougon 3 kilomètres Nord-Est VI-VII 90
Villars Brandis 3,5 kilomètres Sud-Ouest VI 16
Robion 5 kilomètres Ouest V Inconnu
Taulanne 6 kilomètres S-S-O VI Inconnu
Trigance (Var) 6 kilomètres Nord V 117
Castellane 7 kilomètres Sud-Ouest V 1092
Le Bourguet 7,5 kilomètres Nord-Ouest IV-V 40
Blieux 8 kilomètres Sud-Est VI-VII 100
Châteauneuf-lès-Moustiers 8 kilomètres Est III-IV 53
La Palud-sur-Verdon 8 kilomètres Nord-Est V 202
La Garde 10 kilomètres Ouest Inconnu 81
Senez 11 kilomètres S-S-E Inconnu 198

La population de Chasteuil comptait 24 habitants au moment du séisme. Ce tableau montre qu’il ne reste plus que 8 habitants lors du recensement de 1954. Il confirme l’abandon définitive d’une partie de la population après le tremblement de terre de 1951.

Séismes précurseurs et répliques
Le choc principal a été précédé par deux événements précurseurs le 29 novembre vers 14 h (TMG) et le 30 novembre le jour même à 4 h 00 (TMG). La deuxième secousse a été signalée à Chasteuil, à Taulanne et à Villars Brandis. [1]
En effet, le témoignage d’un habitant précise que le jeudi 29 novembre, vers 15h, on entendit un léger grondement. Au matin du 30 novembre à 5h, nouveau bruit sourd et prolongé qui réveilla brusquement le conseiller municipal du village... [4]
Après le choc principal, deux répliques auraient été ressenties à Chasteuil et à Taloire le 30 novembre à 13h45 TMG et le 10 décembre vers 18h30. [1]
La secousse principale a été enregistrée par l’observatoire de Marseille distant d’une centaine de kilomètres de l’épicentre. Etant le lieu d’enregistrement le plus proche, il était cependant, trop éloigné pour détecter les répliques correctement.

Des secousses ressenties en 1955
En juin 1955, suite à des secousses ressenties dans le secteur et face à l’inquiétude des habitants de Chasteuil, le Sous-Préfet, contacte l’observatoire de Marseille pour avoir quelques précisions.
Dans un courrier, le directeur explique que ces secousses relativement faibles, avaient échappé à un premier examen du sismogramme. La première a eu lieu le 20 juin 1955 à 4 h 47’ 55’’, la durée totale de l’enregistrement est de 1 minute, mais la secousse à l’endroit où elle s’est formée, n’a duré que quelques secondes.
Quant à la deuxième, elle a eu lieu à 12 h 42’ 30’’ et la durée de l’enregistrement a été de 10 secondes, et aucune trace sur la journée du 21 juin.
Ces événements étaient trop faibles pour déterminer l’épicentre. Il faudra attendre quelques mois plus tard, le dépouillement définitif à Strasbourg. [14]
Ces séismes ont pu être localisés, ils se sont produits proches de Stroppo dans le Piemont occidental en Italie avec une intensité maximale estimée à VII.
Ces événements éloignés du secteur de Castellane, montrent les difficultés que les sismologues avaient à cette époque, pour enregistrer et localiser les séismes.

Des promesses non tenues

Lors de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale à Paris, en plus d’une aide déjà demandée pour de récentes inondations dans le 04, le Député des Basses Alpes Marcel Massot, a demandé de prévoir dans l’immédiat des crédits plus importants pour assister directement les populations sinistrées par le tremblement de terre. Il insista en rappelant que les Basses Alpes était un des cinq départements de France classé comme pauvre et qu’à ce titre, il avait droit à la sollicitude des pouvoirs publics. [15]
Le samedi 22 décembre, le Sous Préfet accompagné du Maire de Castellane, du Conseiller Général, du Subdivisionnaire des Ponts et chaussées et du délégué à la reconstruction de Digne se sont rendus à Chasteuil pour constater les dégâts. Ils furent accueillis par le Maire du village. La visite lente et méthodique a permis d’évaluer les pertes subies par les familles. Un chiffre a été fixé accompagné de paroles d’espoir et de réconfort. [16]
Mais en vain...

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Journal l’Aurore du 22 août 1967
(Source :Archives Départementale des Alpes de Haute Provence)

Seize ans après le séisme, le reporter d’un journal, se rend à Chasteuil pour faire un point. Depuis tout ce temps rien n’a été fait.
Avec le départ d’une partie des habitants après le séisme, il n’y a plus d’enfant au village. A l’intérieur de l’école, il ne reste plus qu’un banc de bois et une table d’écolier.
Pourtant des crédits devaient être débloqués, des indemnités devaient être versées, mais les habitants n’ont rien reçu.
Alors on essaye de s’organiser, une poignée d’artisans et artistes espère faire vivre l’artisanat d’art au village. D’autres artistes viennent se joindre à eux. Ces jeunes pionniers essaye de réparer le village tant bien que mal pour le rendre plus accueillant.
Autre atout pour Chasteuil, deux des plus grands campings de la région se sont installés sur son territoire, le long du Verdon. Ces débouchés touristiques et le dynamisme du Maire de cette époque, feront plus pour le village que l’état. [17]

Orientation bibliographique

http://www.sisfrance.net/

https://patrimages.maregionsud.fr/


[1] Rothe J.P., Dechevoy N. : La seismicité de la France de 1951 à 1960 - Annales 1967 - Institut Physique du Globe de Strasbourg - Tome 8 - Géophysique Gap 1967

[2] Rapport de gendarmerie du 30 novembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[3] Le Méridional du lundi 3 décembre 1951 - Dossier 1006W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[4] La Marseillaise du lundi 3 décembre 1951 - Dossier 1006W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[5] Le Parisien libéré du jeudi 20 décembre 1951 - Dossier 1006W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[6] Commune de Chasteuil - état des bâtiments endommagés - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[7] Rapport de gendarmerie du 1er décembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[8] Journal la Voix de la Provence du 09 décembre 1951 (Digne)

[9] Laurent Alexeï : Maregionsud - dossiers inventaire général du patrimoine culturel Provence-Alpes-Côte d’Azur

[10] Rapport de gendarmerie du 2 décembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[11] Le Méridional samedi 1er décembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[12] Nice-Matin du samedi 1er décembre - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[13] Le Provençal 1 décembre 1951 - Sisfrance

[14] Fehrenbach Ch. : Lettre du 9 juillet 1955 de l’observatoire de Marseille au Sous-Préfet - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[15] Le Provençal du 11 décembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[16] Le Méridionall du 27 décembre 1951 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence

[17] L’Aurore du 22 août 1967 - Dossier 1006 W 0036 - Archives Départementales des Alpes de Haute Provence


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