Vésubie : séisme nissart de 1564


Présentation

Le séisme Nissart du jeudi 20 juillet 1564, fut l’un des plus désastreux tremblements de terre survenu au cours du dernier millénaire dans l’actuel département des Alpes-Maritimes et même du territoire métropolitain. Il est sans comparaison avec ceux qui se sont produits dans le même secteur en 1494, 1618 et 1644.
Il a touché à cette époque, l’axe important de la fameuse route du sel qui passait par la vallée de la Vésubie, franchissant ensuite le col de Fenestre (alt. 2474m), avant d’atteindre le Piemont. En raison de l’altitude élevée du principal obstacle, ce commerce ne pouvait se faire que durant trois mois de l’année, c’est à dire de juillet à septembre. En détruisant les villages et les chemins d’accès par où transitaient les caravaniers, cette tragédie survenue au coeur de cette saison d’échange et de commerce, a sans doute impacté sévèrement toute une économie locale.
Ce séisme a été relaté dans des notices par de nombreux chroniqueurs contemporains à l’événement, comme César de Nostredame, Honoré Laurenti, François Arnulphy, Louis Thaon, Francesco Mogiol, Jean André Salicis, Jean Lubonis, Giacomo Gastaldi (1) et bien d’autres... mais ces témoignages manquent parfois de précisions et certains font l’objet d’exagérations évidentes. Malgré tout, nous leur devons la mémoire de ce séisme, de précieuses données historiques, même si leur portée géographique est limitée et parfois difficilement identifiable. Ils servent à nous faire comprendre la sévérité de la catastrophe.


Carte interactive des effets connus du séisme "nissart" de 1564
Etoile : épicentre supposé
Rouge : dégâts sévères avec victimes
Orange : dégâts sans victimes
Jaune : dégâts partiels notamment sur des châteaux
Vert : séisme ayant été ressenti sans dégât connu
Bleu : mouvement de mer
Cliquez sur le rectangle en haut à droite pour agrandir, cliquez sur les symboles pour connaître le détail des effets.
(Fond de carte : Google Maps - auteur André Laurenti)

Ce tremblement de terre eut un grand retentissement en Europe et éveilla la curiosité des plus célèbres savants de l’époque. De nos jours, en dépit de la grande quantité de sources étudiées, les progrès dans la connaissance de cet événement restent limités. Ce séisme suscite encore de nombreuses interrogations, notamment celles concernant la localisation de l’épicentre. Les scientifiques émettent des avis différents, certains le situent vers l’Escarène, d’autres dans le Valdeblore. Mais c’est également l’identification des noms des lieux qui pose aussi problème avec des incertitudes dans les transcriptions, avec des dénominations complètement déformées difficilement localisables.


Le souvenir des parents de Louis Thaon

Louis Thaon, Docteur en droit, avocat de la Cour et natif de Lantosque, n’a certes pas connu ce séisme, car il est né en 1587. Il a malgré tout, publié un ouvrage sur le « tremble-terre » en 1616, dans lequel un court passage raconte les souvenirs de ses parents qui vécurent la catastrophe dans le village de la Bollène Vésubie. Cependant, détenant cette histoire de son père, ce dernier mourut alors que petit Louis était encore très jeune. Ainsi, selon ses souvenirs, Louis situa le séisme approximativement en 1569 au coucher du soleil, en précisant bien ‘’si ma mémoire ne me trompe’’.

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Ouvrage de Louis Thaon

« Mes très chers père et mère me racontèrent qu’au dernier tremblement, la Bolène voisin de la cité de Lantosque et lieu de ma naissance, a été ruinée (…). Ma mère, Jeanne Fulconis fut sauvée sous la voûte d’un escalier, avec un enfant qu’elle tenait dans ses bras, que toute la maison eût fondu sur elle et eût accablé et tué tous les domestiques (…). Mon père, Honoré Thaoum qui était en promenade hors du village de la Bolene, avec quelques uns des principaux d’ici, ayant entendu le bruit subit et inouï, tourna les yeux et ne put voir que poussière, et flairer une vapeur de soufre, de façon que lui et toute l’assemblée furent contrains de fermer le nez et les yeux, l’espace d’un quart d’heure (…). Chacun courut à la maison secourir les siens sans s’arrêter aux instantes prières de ceux qui imploraient leurs secours en passant, ce qui fut une bonne chose pour ma mère, car se faisant entendre par ses cris, elle fut bientôt découverte et dégagée des ruines. Ce tremblement fut si étrange qu’il mit tout le bourg sens dessus dessous, il étouffa presque tous les habitants et mit le reste aux aumônes...  » [1].

Cette confusion de date de Louis Thaon, sera reprise plus tard au XIXe siècle, par le baron Octave Prost, qui a privilégié l’événement sans attaché trop d’importance à la date [2].

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Village de Lantosque
Village natif de Louis Thaon
(Photo : André Laurenti)

Le témoignage de Jean Lubonis

Autre document, c’est une note dont l’importance est d’avoir été écrite par un notaire de Nice Jean Lubonis, témoin du phénomène et qui au dos d’un protocole de 1564, sur le feuillet 79, a rédigé en latin cette note traduite :
« L’an 1564, jeudi 20 juillet vers une heure de la nuit, fut un tremblement de terre dans le comté de Nice, sans faire aucun dommage dans la ville (...) Ce tremblement de terre, fit frémir la vallée de Lantosque, et provoqua un choc tel que le village de la Bollène resta entièrement dévasté et détruit, au point que toutes les murailles des maisons sont détruites. Les deux tiers des personnes du lieu sont mortes et presque l’autre tiers demeure blessé, et dans les lieux de Roquebillière et de Belvédère, presque la moitié est détruite et dévastée au point que dans le lieu de Roquebillière vingt-deux sont morts et presque soixante sont blessés. Dans le lieu de Lantosque, quelques maisons sont ruinées et quelques autres menacent ruines et les morts sont au nombre de trois ; dans le lieu de Venanson, l’église paroissiale du lieu avec certaines maisons furent ruinées. Le curé, avec huit hommes et deux femmes, dans la dite église sont morts. Dans le lieu de Saorge, une partie du château fut dévastée. Le château de Pene fut presque dévasté. Une partie du château de Vintimille fut également ruinée et plusieurs autres lieux furent dévastés. Ce tremblement de terre continua pendant quelques jours. Toutes les personnes des dits lieux attendirent de jour comme de nuit à l’extérieur, craignant une mort proche (...) Ce tremblement de terre continua pendant un an, jusqu’à la fête de Pentecôte »(2) [2].


Remarques personnelles
Dans ce texte, l’auteur évoque un château en partie dévasté à Saorge sans préciser lequel, car il y en avait trois, celui de Saint-George, de Sales (rive gauche) et de Malamorte (rive droite).
Dans son ouvrage sur les châteaux, Edmond Rossi indique que "le terrible tremblement de terre du 20 juillet 1564 malmena Saorge et en particulier la forteresse médiévale de Saint-Georges dit château majeur, située à l’extrémité ouest du village dont il ne subsiste que quelques restes" [3].

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Château Saint-George à Saorge
Gravure de Giuseppe Bagetti 1793, géomètre de Napoléon qui a suivi la campagne d’Italie. Ce document permet de situer ce château.

Autre château cité par Lubonis celui de Pene, on peut supposer que l’auteur évoque le château de Piene Haute, Penna en langue ligure (voir carte interactive). Cet édifice occupait une position stratégique sur une étroite barre rocheuse. Le hameau de Piene dépend actuellement de la commune de Breil-sur-Roya.
Autrement, Lubonis nous renseigne en partie sur le nombre de victimes, leur répartition et aussi sur la duré approximative de cette séquence sismique qui serait prolongé jusqu’à la Pentecôte, c’est à dire moins d’un an.

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Piene Haute (Breil-sur-Roya)
On distingue à gauche de l’église un petit promontoire où s’édifiait le château.
(Photo : André Laurenti)

Le document remarquable de Francesco Mogiol

Un autre document remarquable, contemporain à ce tremblement de terre, est une lettre publiée en allemand et illustrée d’une carte. L’opuscule fut rédigé par un marchand génois Franscesco Mogiol de passage à Nice, le 20 août 1564. Il transmettra ce document, à un correspondant de Nuremberg et finira par être publié dans un livret de nouvelles écrites en allemand. Le texte que l’on peut consulter dans le mémoire de Mercalli [2] débute par une description des lieux :
« Dans la province de Ligurie proche de la ville de Nice (...), est arrivé à une heure avant le début de la nuit du 20 juillet , un terrible tremblement de terre dans le village de l’Escarène (...). Ce bourg se situe au carrefour de deux voies de communications importantes vers les montagnes. L’une monte en direction du Col de Tende par Sospel et la vallée de la Roya, l’autre rejoint la vallée de la Vésubie pour se diriger vers le col des Fenestres. Dans cette dernière vallée et dans sa partie basse, sont installés de nombreux villages et hameaux qui entourent la rivière Vésubie s’écoulant en direction de la mer et de Nice et alimentée par de nombreux ruisseaux » [2].

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Village de l’Escarène
Cette commune avait une situation stratégique, elle était le carrefour de deux voies de communications importantes vers les montagnes
(Photo : André Laurenti)

Francesco Mogiol poursuit avec une description générale des effets du séisme, sans préciser les lieux :
« Ce fut un tel tremblement de terre atroce et effroyable que les habitants des villages ont couru dans les églises pour chercher l’aide de Dieu au travers de prières et de dévotions. Mais comme ces églises n’étaient pas toutes solidement bâties, elles furent les premières a être ruinées, et tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur furent tués.
Mais les autres villages, situés immédiatement au-dessus des deux montagnes, se sont spectaculairement brisés en même temps que les montagnes même, et ce sont ces deux montagnes, en s’écroulant l’une sur l’autre, à avoir créé des cavernes et des profonds gouffres sans fond, au point que chaque individu a peur juste à en entendre parler
 » [2].

En poursuivant le texte, l’auteur communique les noms des localités les plus sévèrement touchées.
« Puis ce qui est encore plus effrayant et compatissant dans ce tremblement de terre, sept pays sont misérablement détruits et engloutis, de sorte qu’on ne peut plus trouver de repères. Ces villages s’appelaient :
Roccamarina, Repella, Sandalingi, Roccaballiera, Villaret, Morena et Roccia. Et au-dessus de ces villages, il y en a trois autres, situés sur le flanc de la vallée et trois autres encore, au sommet de la montagne, lesquels sont, pour plus de la moitié, malheureusement abîmés de telle sorte que personne ne peut y habiter à cause de la peur et du danger
 » [2]. 

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Carte du séisme Nissart de 1564
(Collection Universitätsbibliothek Erlangen, Allemagne Broch. I,I)

Remarque personnelle

Quels sont donc ces villages ?
Les dénominations des sept localités posent problème, elles ont été déformées soit à partir du message initial, soit dans la version allemande du document. Aussi les identifications ne sont pas résolues. L’incohérence de la carte ne permet pas non plus de les situer. Malgré cette confusion, voici une proposition d’interprétation qui se veut personnelle :
Après avoir cité les noms, l’auteur évoque sans les nommer, trois autres villages postés en hauteur sur le flanc de la vallée. On peut imaginer qu’il s’agit de la Bollène, Belvédère et Venanson. Face à cela, on peut penser que les sept localités se trouvent dans une vallée. Si c’est le cas, on obtiendrait les identifications suivantes :
Morena = la Bollina = la Bolline
Sandalingui = San Dalmasso = Saint Dalmas Valdeblore
Roccia = Rochia = la Roche, toutes trois dans le Valdeblore.
Pour la vallée de la Vésubie :
Roccaballiera = Roquebillière
Villaret = quartier de Villaron
Roccamarina pourrait correspondre au quartier Rocca Pinéa ou Rocca Alpinaria, à l’endroit où se situent les thermes actuels de Berthemont les Bains.
En ce penchant sur l’histoire de cette station, on apprend que celle-ci située entre Roquebillière et Saint-Martin Vésubie, portait au moment du séisme le nom de Rocca Alpinaria. L’histoire indique qu’en 1564 le séisme détruisit totalement les bains. Ils furent reconstruits presque un siècle plus tard, en 1663 sur ordre de Christiane de France, sœur de Louis XIII et veuve de Victor Amédée premier Duc de Savoie. Les bains portèrent par la suite son nom [4].

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Berthemont les Bains
La station thermale de Berthemont les Bains avec son hôtel dans la partie supérieure et l’établissement thermal en dessous.
(Photos André Laurenti)

Interprétation d’un effet éruptif

Dans les documents anciens, la comparaison de certains effets d’un séisme à celle d’une éruption volcanique est assez courante. C’est ce que décrit Mogiol dans la suite de son document :
« Encore plus extraordinaire, c’est aussi dans ce lieu ouvert au milieu d’une haute montagne, un jet de feu sans intermittence, comme le mont Etna, horrible pour tous ceux qui le voient ou entendent le bruit ou le grondement lointain ... En dehors de tout cela, pendant six longs jours, on a entendu les plaintes et les lamentations de ces hommes enfouis dans les crevasses des montagnes et dans les maisons écroulées ».

Le philosophe, Astronome, Pierre Gassendi chanoine de Digne, cite dans ses écrits un texte de Pline décrivant un fort séisme qui arriva proche de Rome, à la vue de quantité de chevaliers romains.
« Deux montagnes, dit-il, s’entrechoquèrent plusieurs fois avec un grand bruit, un grand fracas dans le temps qu’elles s’éloignèrent s’approchèrent l’une de l’autre, il sortait entre les deux des tourbillons de flammes et de fumée » [5].

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Séisme du 14 novembre 2007 au Chili
Il ne s"agit pas d’un volcan, mais d’une montagne secouée par un séisme, avec ici la vision qu’ont eu les habitants de la ville de Tocopilla au Chili au moment du tremblement de terre
(Source : Centre Sismologique Euro-Mediterranean)

A cette époque pour expliquer les tremblements de terre, les philosophes évoquaient des cavernes avec des courants d’air, des tempêtes souterraines faisant ébranler des masses de terre et des montagnes. Les séismes arrivaient par inflammation soudaine de quelques exhalaisons sulfureuses et bitumineuses prenant feu dans les grottes souterraines, libérant dans l’atmosphère des vapeurs toxiques. Cette théorie présentait l’avantage d’expliquer par la même cause, les tremblements de terre et les volcans.

Par ailleurs, des phénomènes similaires ont été rapportés lors du séisme de 1855 à Chasteuil dans les gorges du Verdon.
Dans un environnement montagnard aux reliefs prononcés, les éboulements provoqués par un séisme sont nombreux et vont dégager des nuages de poussière qui peuvent stagner plusieurs heures avant de se dissiper. Dans le cas ou l’épicentre est très proche comme ce fut le cas ici, les effets peuvent être spectaculaires.

500 personnes envoyées en aide

Mogiol évoque ensuite l’attitude probablement exagérée des personnes venues en aide :
« De Nice et aussi de Terre-Neuve, 500 personnes furent envoyés pour venir en aide à ces hommes, prisonniers, ensevelis, pour les aider du mieux possible. Mais quand ils se rapprochèrent de ce spectacle épouvantable, ils furent saisis d’une telle peur et d’une telle terreur qu’aucun d’eux ne put s’en approcher ; malgré les menaces et les prières de leurs supérieurs, par peur ils firent demi tour et s’enfuirent » [2].

L‘auteur termine par un effet étrange dans le port de Villefranche :
"Au port de Villefranche, la mer s’est abaissée d’une bonne lance de lansquenet (3). Et ce tremblement de terre dura jusqu’au sixième jour d’août. Dieu a eu pitié de nous et de tous les pauvres pécheurs en détresse et dans le besoin" [2].

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Rade de Villefranche-sur-Mer
(Photo : André Laurenti)

Autre document allemand

Un autre rapport allemand écrit le 18 août 1566 par une personne digne de foi habitant Nice, décrit le tremblement de terre comme l’a fait Mogiol, avec les mêmes descriptions de phénomènes volcaniques et les secours qui s’enfuirent. Il apporte toutefois un fait nouveau, la personne raconte que :
« le torrent, qui coule tout autour de l’Escarène (le Paillon), d’une manière inattendue a débordé rapidement. A cause du tremblement de terre le peuple a couru partout dans les églises pour demander l’aide de Dieu et toutes ces personnes dans l’église ont péri noyé » [2].

Commentaire personnel
Cette information semble peu probable pour l’Escarène car son église est plutôt située en hauteur par rapport au lit du Paillon. Avant d’atteindre l’église, l’eau aurait englouti une partie des habitations situées en dessous. De plus, en été, le débit du cours d’eau est nettement inférieur à celui de la Vésubie.
Malgré tout, ce phénomène a pu être possible à Roquebillière dont l’église Saint-Michel de Gast est proche de la Vésubie. Le pont qui enjambe la Vésubie est à 596 m d’altitude, environ 15 m au dessus du cours d’eau. L’église est située approximativement entre les deux (moins de 7m). Elle représente l’édifice le plus proche du cours d’eau de toute la vallée.
Toutefois cela semble peu crédible, car parmi tous les auteurs qui ont publié sur cet événement aucun n’évoque pareil drame.

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Eglise de Saint-Michel de Gast
(Photo : André Laurenti)

Caesar Nostradameus
Caesar Nostradameus ou César de Nostredame (1553-1629), fils de l’astrologue Michel Nostradamus et auteur historien provençal, rapporte une lettre écrite de Nice au Comte de Tende gouverneur de la Provence en 1564. Ce texte fournit un premier bilan des victimes avec leur répartition. On apprend par exemple qu’à Nice 1/3 des habitants ont dormi dans les champs. (Texte légèrement francisé pour une meilleure compréhension).

« Je cuyde que vous avez entendu la désolation qui est en ces montagnes de terre-neuve, où sont peries jusqu’à dix ou douze que villes que bourgades, & morts de huit à neuf cens hommes (...). Les montagnes se fendent par le milieu, les roches se brisent & despecent, avec un bruit & tonnerre épouvantable, de sorte que les pauvres gens ne peuvent estre seurs ny avoir retraitte salutaire aux champs ny aux villes (…).
L’on entend dans les cavernes des grands cris & des hurlements effroyables : encor mesme Mecredy passé beaucoup de maisons tombèrent. Les deux tiers des habitans de Nisse couchent aux champs. Une grande partie du Chasteau de Vintimille est tombé par terre, avec la moytié du Convent. Somme que tous les quartiers des montagnes se fendent d’heure en heure, & à yeux voyans, dont est grande desolation. Escrit ce xx Juillet 1564
 [6].

Nostradameus poursuit avec le témoignage d’un habitant de la zone sinistrée de passage à Salon.

"En ce mesme temps, passa par nostre ville de Sallon, un qui se disoit de ces quartiers là, lequel racomptant ces tristes choses & ces tant estranges prodiges, laissa un roolet en sa langue naturelle & Nissarde qui est comme un vieil Provençal des villes & chasteaux ruynes : en premier lieu Roche Begleure, (Roquebillière) & Mage où estoyent restés morts & accablés sous les ruynes, jusques au nombre de trois cens & plus, & trente blessés. Beauvers (Belvédère = Barver en niçois) ruyné, trois cens morts & d’avantage. La Boullene (La Bollène) entièrement & de fond en comble ruynee, deux cens cinquante morts, & quatorze blessés. Lantousques (Lantosque) à moitié ruynee, tous les pauvres habitans morts & accravantés, fors quatorze petits enfans.
Venasque
(Venanson) à moitié ruynee, trente-huict de morts, & onze blessés. Outre cela le chasteau de Cahours tombé avec le Pont, qui avoit cousté plus de cinquante mille escus, & le pas dict Mont-taillat, (Rocca Tagliata passage sur la route du col de Braus après Touet de l’Escarène) qui faisoit le grand chemin de Piedmont, lequel a deux grands Rochers fendus & taillez à force de ferrements & de marteaux acerés, pour faire le grand chemin de Nisse, & de Piedmont. S’estans ces rochers joincts & assemblés, entre lesquels passoit une grosse & bruyante riviere, qui s’est effondree & perduë.
Davantage s’est ryuné le chasteau de la Bregue,
(Château de la Brigue) & y sont mortes plusieurs personnes (...) [6].

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La Brigue
Château Lascaris datant du XIVe siècle
(Photo : André Laurenti)

Commentaire personnelle

Ce texte apporte également quelques interrogations notamment sur la dénomination de Mage. Comme le précise César Nostradameus, le témoin s’est exprimé en langue nissarte.
En niçois "lou mage" signifie l’aîné. Si on rapporte ce mot à un village, on peut supposer qu’il s’agisse d’un quartier le plus ancien. En associant Mage à Roquebillière, cela pourrait donc correspondre à Gordolon, ce village plus important que Roquebillière était, selon Eric Gili, une grande seigneurie dont l’histoire s’étend sur près de 800 ans, Gordolon aurait disparu à cette époque.
Par ailleurs, il n’a pas été possible d’identifier le château de Cahours. Mais si le témoin s’est également exprimé en niçois, "cahuns" exprime l’admiration, mais cela n’est pas suffisant pour identifier le château.
Quant à la suite du texte, il faut comprendre l’effondrement d’un pont au droit du Mont-Taillat. Il existait un passage étroit situé sur la voie allant de l’Escarène à Sospel via le col de Braus, appelé "Rocca Tagliata". Cette dénomination a disparu des cartes actuelles, mais on la retrouve sur cette carte des Archives Royales de Turin. Il existe deux anciens ponts proches de "Rocca Tagliata". Le premier se situe au hameau de Saint-Laurent et le second sur le vallon du Mont Auri qui a pu appartenir à l’ancienne voie.

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Extrait carte de 1763
Rocca Tagliata en amont de la commune de Touët de l’Escarène
(Source : Archives Royales de Turin)
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Rocca Tagliata
Passage étroit situé en arrière plan du hameau de Saint-Laurent
(Photo : André Laurenti)

Le chroniqueur du Broc
Autre élément nouveau, c’est la découverte aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes d’un manuscrit des notaires de la commune du Broc. Le notaire Maître François Arnulphy a été dans ces annotations personnelles, le chroniqueur d’événement locaux couvrant la période de 1543 à 1567. Dans la sixième notice de cette chronique, l’auteur mentionne l’événement du 20 juillet 1564 en évoquant seulement et sans aucun autre détail, le nom de la Bollène.

- Le 20 de juillet post ave grand vent par tremblement de la terre et environ la demye nuyt autre tremblement de la terre que a mys par terre toutes les maysons de la Bollène et dez autres lieux en terre neuve et y sont mortz beaucoup de gens [7] (jeudi 20 juillet).

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Manuscrit d’Arnulphy
Extrait correspondant au 20 juillet.
(Archives Départementales des Alpes-Maritimes)

De la septième à la dix-huitième notice, Maître François Arnulphy évoque ce qui fut probablement les répliques du séisme nissart et mérite d’être rapporté intégralement d’autant plus que ces textes ont été écrits l’année même du séisme par l’auteur, ils attestent donc une certaine fiabilité.

- A 26 de juillet a retourné davant jour ledit tremblement de la terre dont cest faicte la procession générale au présent lieu du Broc et dict grand messe a la annonciation de notre dame de la Foulx pour Dieu vulle avoir miséricordie du pauvre puble et cesser son ire et la métiier (Mercredi 26 juillet).

- Le luns dy dernier jour de juillet hure de vespres encores est retourné le tremblement de la terre (lundi 31 juillet).

- Le 5 d’aoust la nuyet encore est venu le tremblement de la terre (samedi 5 août).

- Sabemedy 19 de aoust a esté le tremblement de la terre dont à Nyce et alz portalz a faict a chacune porte a scavoir de St. Aloy, la Payrolière de limppe et la Marine ung grand puys grandeur de ung vayseau de dix charges et d’une canne de profond, (Samedi 19 août). La canne de Nice correspond à 1,984 m.

- Le 27 d’Aoust de matin encores a esté tremblement de la terre (dimanche 27 août).

- Le Luns dy 4 de septembre une hure davant jour a esté tremblement de la terre (Lundi 4 septembre).

- Le samedy 23 de septembre a hure de sohel de vespre encore tremblement de la terre avec vent(samedi 23 septembre).

- Luns dy 25 de septembre de grand matin encores grand tremblement de la terre (lundi 25 septembre).

- A 7 de novembre environ demye nuyet tremblement de la terre (mardi 7 novembre).

- Le 16 de …la nuyet environ une heure demye nuyet grand tremblement de la terre [7]. Pour ce dernier, le mois reste inconnu.

Tout porte à croire qu’Arnulphy a ressenti les secousses sur la commune du Broc. Autre détail qui peut avoir de l’importance, il indique à la date du 12 juillet sans préciser l’endroit, "grandes neige en montagne".

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Village du Broc
(Photo : André Laurenti)

Autre note sur ce tremblement de terre, par Gio Francesco Blancardi de Sospel qui, dit-il : "a causé de graves dégâts à Bolena avec la mort de 600 personnes et d’une grande quantité de bétail. À Belvedere, il a tué 80 personnes, à Roccabigliera beaucoup de personnes dans l’église : même chose à Venanson : enfin à Clans, il a jeté à terre 14 maisons et beaucoup d’animaux sont morts" [8].

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Gio Francesco Blancardi de Sospel
Texte relatif au séisme de 1564
(Source : Archives municipales de Nice)

De Gioffredo à Scaliero

L’évènement sera repris plus tardivement par différents historiens notamment l’abbé Pierre Gioffredo (1629 - 1692) et un autre historien niçois, Joseph Scalier vers 1730.
Gioffredo reprend dans son ouvrage culte "la Storia delle Alpi marittime", un extrait du manuscrit sur Belvédère d’Honoré Laurenti . L’auteur "affirme qu’il causa la ruine de La Bollène et d’une grande partie de Belvédère où il dit que nombre de personne furent écrasées par les ruines tandis qu’à La Bollène mourut le quart des habitants. Le cours de la Vésubie, torrent en général rapide et impétueux, fut suspendu pendant une demi-heure. De nombreuses et très profondes fissures et ouvertures apparurent dans les montagnes, qui semblaient coupées en deux, et il en sortait tant de vapeurs qu’elles provoquèrent durant la nuit des incendies si nombreux qu’on se serait cru à Mongibello"(4) ; "La mer, comme un fleuve, s’était tant avancée qu’elle submergea de nombreuses boutiques à Antibes puis se retira si loin qu’elle laissa le port vide d’eau". [9].

Selon Gioffredo, le piémontais Jean-Baptiste Gastaldi, après avoir dessiné dans ses tables géographiques et sur une carte particulière ce terrible tremblement de terre (carte qui n’a pas été retrouvée), il dit que "le séisme a été de longue durée, qu’il a complètement détruit sept villages autour de L’Escarène, dans le diocèse de Nice, provoquant la mort d’un nombre infini de personnes" (...). Il ajoute que "l’on ressentit les terribles effets de ce même tremblement de terre jusqu’au fond de la mer car le fond de la rade de Villefranche s’était abaissé de la hauteur d’un pique, et, en surface, on avait vu surgir des monstres inconnus et de nouvelles espèces de poissons" [9].
Et, parmi les villages ruinés, il cite en particulier Roquebillière, La Bollène et La Roche.

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Village de la Roche
(Photo : André Laurenti)

Toujours Gioffredo, il reprend un texte sur l’histoire de Nice de Pierre-Antoine Boiero l’auteur "spécifie qu’il y eut, après le tremblement de terre et durant plus de cinquante jours, mais à des moments très espacés, de nouveaux mouvements brefs et sourds. Avant chacun d’entre eux, on entendait un certain grondement qui faisait très peur. A la suite de ce désastre, les villages de Roquebillière et de Belvédère furent exemptés d’impôts parle duc pendant dix ans" [9].


Joseph Scalier, ou Scaliero, a réuni dans un manuscrit en trois volumes une série de faits. A propos du séisme de 1564, il rapporte parmi les notes de Salicis prieur de Val di Blora, laissé dans les registres de la paroisse que "le 5 août 1564, un tremblement de terre dura 1/4 heure. Dans la paroisse de Saint-Jacques de cette vallée, annexée à la paroisse principale de Saint Dalmas de Valdeblore, le signor Claudio Gnigo a été trouvé mort, et tous les livres de la paroisse ont été ensevelis. Suite à cela, il fallut construire à côté, une chapelle avec des planches de bois, où les offices religieux purent être données pendant un an et demi".
Salicis ajoute que "le lieu de la Rochia presque tout affecté, 50 personnes ont été tuées" [2].

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La Bolline
Eglise Saint-Jacques
(Photo : André Laurenti)

Ressenti en territoire éloigné

Le tremblement de terre a été ressenti plus à l’Est de Ventimiglia, en Ligurie occidentale, mais sans causer de dégâts. En effet, dans un rapport sur le tremblement de terre du 26 mai 1831 par l’intendant de la province de San Remo, Alberto NOTA, dit qu’en 1564 il y a eu une forte secousse à San Remo, suivie de beaucoup d’autres pendant deux mois [2].
Selon Mercalli, Vincenzo Lotti écrit qu’en 1564, un grand tremblement de terre s’est produit et que toutes les semaines pendant deux mois des répliques se sont succédées à intervalle irréguliers, incitant des personnes à dormir par peur à la campagne [2].
Même à Porto Maurizio, il y a des témoignages de ce tremblement de terre pour lequel la population a attendu deux mois à la campagne (communication du Prof. N.F. Vassallo) [2].
Jean Vogt, père de la sismicité historique en France, découvrit à la bibliothèque de Carpentras, un témoignage aixois à propos de ce séisme de 1564. La chronique de Foulquet Sobolis (1562-1607), histoire de la Provence en forme de journal durant la période de 1562 à 1607, publié par le docteur F. Chavernac (août 1894). L’auteur note dans son journal, ce jour "au dit an fut faict terre tremblant". Tout porte à croire que l’événement fut ressenti jusqu’à Aix en Provence [10].

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Chronique de Sobolis
Extrait de l’ouvrage du docteur F. Chavernac en août 1894
(Source : BNF Gallica)

Les chroniques publiées par Promis (1871) couvrent la période 1484 - 1570. Grasso Dalmazzo est sans doute né à San Dalmazzo (Piemont) où il a vécu. Sa chronique parle de ce village et de la ville voisine de Cuneo. La chronique rapporte que le 20 juillet 1564, "il a fait un tremblement de terre à 2 heures environ de la nuit et à 6 heures du matin dans notre secteur du Piemont. Il n’a causé aucun dégât, mais au dessus du territoire de Terra Nova, à la Bolena et d’autres petites terres, il a ruiné les maisons et tué 300 personnes, blessés et estropiés sont restés par le tremblement de terre durant 24 h [11]".


Le Journal de Nice de 1866

Une rétrospective des événements anciens a été publiée dans le Journal de Nice en 1866. Dans cet article une large part est consacrée au séisme Nissart. Il reprend entre autre, les différents témoignages évoqués auparavant dans cette page, seul fait nouveau, le texte rapporte qu’une montagne se détacha à Peille sans plus de précision. Il rajoute par la suite que des quartiers de rochers, se détachant des montagnes, ont roulé dans la Vésubie, et fait refluer les eaux, si bien qu’au tremblement de terre s’ajouta, pour Roquebillère, l’inondation, qui acheva de perdre ce qu’avait épargné le fléau. Il précise aussi que Roquebillère suite à cet événement, a été reconstruit sur la rive gauche. Il rajoute aussi que toutes les églises de la vallée de Lantosque portent le millésime du milieu du XVIIe siècle [12].


Urbain Bosio
Urbain Bosio semble être le seul auteur à propos de ce tremblement de terre, a citer Saint-Martin Vésubie en rapportant ceci : "les convulsions du sol occasionnèrent à Lantosque, à la Bollène, à Belvédère et à Saint-Martin, l’écroulement de plusieurs maisons" (...) Il poursuit en disant qu’à "Nice, à Villefranche et à Monaco, on constata un abaissement sensible du niveau de la mer, mais il n’y eut pas de dommages sérieux dans la région du littoral" [13].


La publication de Musso

Musso dans son ouvrage consacré à Roquebillière, indique à propos du séisme "nissart", que "des blocs de pierre lancés des quartiers superposés au village et arrivant des hauteurs de Valcrosse, de Tres Crous étaient arrivés jusqu’à la Vésubie, recouvrant les habitations de toutes sortes de débris. Les traces de ce désastre subsistent encore de nos jours et le voyageur peut remarquer sur les côtés de la route (...), aux abords du village, d’énormes blocs de schistes qui n’existent que sur les hauteurs du quartier Vignos et au-dessus, entassés ou disséminés, écrasant de leur masse les anciens murs ayant servi de digue ou diverses vieilles maçonneries" [14].
Musso mentionne un manuscrit qui est en sa possession sans communiquer son titre, ni sa date. Ce document rapporte que "le 20 juillet 1564, le comté de Nice fut désolé par des tremblements de terre sans pareils. Roquebillière fut presque détruite, laissant sous ses maisons 300 morts.
La Bollène totalement ruinée avec 250 morts et 14 blessés.
Lantosque moitié détruite et morts la majeure partie de ses habitants.
A Venanson, 38 morts et 11 blessés.
Dans le Valdeblore, une montagne, s’étant effondrée sur Saint-Dalmas, couvrit de ses déblais une prodigieuse quantité de champs.
Totalement démolie, la paroisse de Saint-Jacques.
Le château de Saorge ruiné avec le pont de Roccatagliata où était le chemin du Piémont.
La rivière resta divisée et son cours fut arrêté
Le château de la Briga et celui de Vintimille furent aussi détruits (...)"
 [14].

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Village de Venanson
(Photo : André Laurenti)

Commentaire personnel
Cette source publiée par Musso, se rapproche du texte de Nostradamus et ne semble pas être contemporaine à l’événement.


Elisée Reclus

Jacques Elisée Reclus (1830-1905), rapporte ce passage dans son ouvrage :
"un passage très peu fréquenté, le col de Colomb, fait communiquer la vallée de la Gordolasque avec celle du Gesso d’Entraque. Les divers hameaux qui composaient la commune de Gordolasque furent presque tous renversés par le tremblement de terre de 1564. Depuis cette époque la commune n’existe plus" [15].


L’ensemble des documents ont été réunis sur cette page pour essayer d’approfondir au mieux les connaissances sur cet événement. Tenter de résoudre les nombreuses énigmes, notamment les lieux rapportés par certains auteurs et restés à ce jour non identifiés.
Cette catastrophe s’est produite en pleine période de commerce, sur un axe de communication important développé grâce au transport du sel de Nice vers le Piemont par le col des Fenestres.

L’heure du séisme

Le choc principal du tremblement de terre de 1564 s’est produit le jeudi 20 juillet, une heure environ avant la nuit (source Mogiol), soit aux alentours de 19 heure.
Certains auteurs avancent 23 h, mais cette heure tardive correspond plutôt à des répliques qui ont suivi, car si c’était le cas, le père de Louis Thaon n’aurait pas pu voir en pleine nuit, la poussière s’élever du village de la Bollène. Les victimes qui se trouvaient dans l’église de Venanson dont le curé, étaient sans doute là, pour l’office des vêpres.

L’épicentre supposé

L’aire centrale où le séisme a été le plus désastreux, comprend surtout la partie supérieure de la vallée de la Vésubie et un peu moins le Val De Blore qui fait la liaison entre la vallée de Vésubie à l’Est et la vallée de la Tinée à l’Ouest. A partir des données historiques, le territoire impacté correspond à une forme elliptique ne dépassant pas les 20 kilomètres de diamètre dans sa dimension la plus longue, pour une superficie d’environ 190 km2. Cette zone relativement réduite, laisse supposer un séisme superficiel avec un hypocentre proche de la surface, dans la couverture sédimentaire (Voir la carte interactive en début de page).
Il ne faut pas à tout prix chercher l’épicentre proche de la Bollène Vésubie sous le prétexte qu’il représente le village le plus touché. La Bollène Vésubie et Clans dans la vallée de la Tinée, ont été les communes les plus affectées de leur vallée respective, par le séisme ligure de 1887, dont l’épicentre était à plus de 70 km de là. Ces deux villages ont fait l’objet tous les deux d’un effet de site lié à l’instabilité du sol.
Néanmoins, le territoire le plus affecté inclus les villages de la Bollène, Belvédère Roquebillière et Venanson. Les effets semblent très vite s’atténuer au Sud à Lantosque pourtant proche du territoire impacté, et au Nord à Saint-Martin Vésubie, un village non cité par les différents auteurs.
Dans le Valdeblore, on ne connaît pas assez les effets sur Saint-Dalmas (alt. 1300 m) excepté Musso qui rapporte l’effondrement d’une montagne recouvrant les champs. On ne connaît rien non plus sur Rimplas pourtant cité par Mogiol. Il en est de même pour la Bolline (alt. 1000 m), dont on connaît uniquement l’église de Saint-Jacques affectée par la réplique du 5 août.
Quant à la Roche (alt. 1120 m), il est fait état de 50 victimes, ce village est situé contre un éperon rocheux. Il n’est pas exclus que la chute de rochers ait aggravé les dommages sur le bâti ou en soit la principale cause.
En fonction de ces connaissances, l’épicentre semble s’écarter du Valdeblore pour se rapprocher de la vallée de la Vésubie entre Lantosque et Saint-Martin Vésubie.

Les victimes

Le nombre de victimes n’est pas connu avec exactitude, les bilans différent selon les auteurs, mais au vu des sources, on peut admettre plusieurs centaines.

Villaret, quelle piste retenir ?

A propos de Villaret cité par Mogiol, il y a fort à penser que ce nom est à chercher dans la zone épicentrale. Entre Lantosque et Saint-Martin Vésubie, il existe trois possibilités. Tout d’abord le quartier du Villar situé en rive droite, sur les hauteurs de Lantosque.
Selon la mémoire orale, Lantosque primitif était bâti au quartier du Villar, au dessus des Combes et des Clapières. On a la certitude de son emplacement par la position de l’ancienne église (alt. 1004 m), dont on peut retrouver quelques traces. Une croix s’élève à l’arrivée sur l’ancien hameau. Actuellement, les ruines sont couvertes de ronces infranchissables.
On raconte qu’un cataclysme épouvantable s’abattit sur ce village. La légende rapporte qu’il fut emporté par un gigantesque éboulement à la suite d’un séisme violent et dévastateur, vers 1150. A la suite de cet événement, les rescapés décidèrent de reconstruire le nouveau village sur l’emplacement actuel de Lantosque.

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Quartier de Villar (Lantosque)
Une croix s’élève à l’arrivée sur le hameau.
(Photo : André Laurenti)

Un autre quartier "le Villars" se situe au dessus de Saint-Martin Vésubie sur le flanc sud du Mont Archas le long du vallon du Villars. Ce hameau s’étage sur 300 m de dénivelée avec 1600 m comme point le plus élevé. Il est constitué d’une trentaine de granges d’estive éparpillées. Certaines ont été restaurées, mais pour la plupart, il ne reste plus que l’emprise des fondations.

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Quartier le Villars (St. Martin Vésubie)
Ce hameau rural, comprend de nombreux emplacements de constructions qui ont disparu
(Photo : André Laurenti)

Deux autres sites sont également a explorer, le quartier de Villaron en aval de Saint-Martin Vésubie et celui de Libaret qui regroupe de hameau les Granges en contrebas de Venanson. Des recherches doivent être menées pour connaître leur importance au XVIe siècle.

Les châteaux éloignés

Les effets du séisme sur les châteaux de la Brigue, Saorge, Piene et Vintimille restent acceptables. Ces édifices sont implantés en hauteur et ne sont pas à l’abri d’effets de site. De plus, les parties élevées de ces châteaux restent en général vulnérables aux sollicitations sismiques. Ces constructions n’étaient pas toujours bien entretenus.
Voir à ce sujet les effets du séisme Ligure de 1887 sur le château de Bar-sur-Loup pourtant distant de 100 km de l’épicentre.

Les répliques

Les répliques se sont produites d’une manière irrégulière, durant moins d’un an. Parmi ces répliques, celle du 5 août a poursuivi les effets destructifs en particulier sur l’église Saint-Jacques de la Bolline. Le document d’Arnulphy complète le lot de répliques pendant quatre mois, en donnant les jours et en situant approximativement l’événement dans la journée.

Tsunami

L’ouvrage de Gioffredo citant Honoré Laurenti indique des mouvements de mer à Antibes. Le cahier des délibérations du Conseil Municipal de la Bollène de 1887 dressant l’historique des séismes historiques, rapporte le même fait de l’invasion de la mer, citant aussi H. Laurenti, mais il renvoie ce phénomène à Nice ; ce qui est plus vraisemblable [16].
L’auteur précise que le port était alors situé aux Ponchettes.
Il est évoqué aussi un affaissement du port de Villefranche-sur-Mer.
Fransceco Mogiol rapporte qu’il a été observé des variétés de poissons jamais vues auparavant en mer de Nice. Il s’agit là d’ un fait analogue et bien établie observé à l’occasion du grand tremblement de terre du 23 février 1887.
L’historien Urbain Bosio cite un abaissement sensible du niveau de la mer à Nice, Villefranche et aussi à Monaco, il précise qu’il n’y aurait pas eu de dommages sérieux dans la région du littoral [13].
A propos du tsunami, il est peu probable que ce séisme "nissart" ait généré directement un mouvement de mer, car l’épicentre se trouvait à l’intérieur des terre, à environ une quarantaine de kilomètres du littoral. Il faut plutôt attribuer ces mouvements de mer aux effets induits par la propagation des ondes, celles-ci ont pu générer un glissement sous-marins.


Diverses investigations archéologiques menées dans la région soulèvent des énigmes concernant : lacune, effondrement et sectionnement. Le séisme nissart de 1564 pourrait être le coupable.

Lacune suspecte sur les églises médiévales

Lors d’un inventaire sur les églises médiévales des Alpes-Maritimes, il a été constaté une lacune géographique dans la vallée de la Vésubie.
On peut supposer que dans le département, il devait y avoir environ une église par commune. Dans toute la partie nord du département, les églises du fond des vallées du Var, de la Tinée et de la Roya Bévéra sont conservées, or ce n’est pas le cas pour la vallée de la Vésubie et sa région. Pour quelle raison ? le séisme nissart de 1564 pourrait être l’explication.

Notre Dame de Colla

Bien que Arnulphy proche du village de Carros, n’en parle pas, on s’interroge aussi sur l’effondrement du clocher tour de [Notre Dame de Colla] dans ce village de Carros survenu selon les archéoloques, à cette époque.

Archéosismicité, les meules de Cap d’Ail

Autre site dont on soupçonne les effets du séisme nissart, les meules de Cap dAil. Des extractions de meules ont été sectionnées pendant leur exploitation probablement dans un contexte sismologique. La date du séisme de 1564 conviendrait, elle correspond à la typologie de ces meules qui ont un format correspondant à des mesures se trouvant sur d’autres carrières provençales du Moyen Age à l’époque moderne.


1) - A propos du cartographe piémontais Giacomo (Jacopo) Gastaldi, l’historien niçois Pierre Gioffredo (1629 - 1692), en évoquant ce tremblement de terre, mentionne Gastaldi en disant que sur une carte géographique il a tracé l’emprise. Mercalli a effectué des recherches dans les bibliothèques de Turin, de Gênes et de Rome et n’a jamais pu trouver cette carte. D’autres auteurs comme Baratta 1904, 1914 ; Almagia 1914 ; Cadiot 1979, 1980 n’ont jamais pu prouver l’existence de cette carte.

2) - Feuillets d’un document rédigé en 1565, appartenant au notaire niçois Lubonis, et intitulé « De admirabili et horrendo terremotu in Comitatu Niciense » (De l’admirable et effrayant tremblement de terre survenu au comté de Nice)

3) - Soldat mercenaire d’infanterie du Saint-Empire romain germanique du XVe au XVIIe siècle. Il était souvent équipé d’une longue pique de six mètres ou bien d’une hallebarde plus courte d’environ deux mètres.

4) - Montgibello est le nom que l’on donne au volcan Etna en Sicile. Il s’agit du doublet en latin " mons" et de l’arabe "djebel" qui veulent dire "montagne" et qui se traduit par "Montage des montagnes".


[1] Le tremble-terre ou sont contenus les signes, causes, remèdes et effets – Louys du Thaoum Docteur és Droits et Advocat en la Cour – Gilbert Vernoy – Bordeau – 1616 – pages 197 à 199

[2] Giuseppe Mercalli : Terremoti della Liguria e del Piemonte - mémoire - Naples 1897 – p. 88 à 93

[3] Edmond Rossi - Les châteaux du Moyen-Age en pays d’azur - Alandis Editions année 2003 - p. 97 à 99

[4] Pierre Guigonis - Vallée de la Vésubie - Association Départementale d’Economie Montagnarde - p.13.

[5] François Bernier "Abrégé de la philosophie de Gassendi" - Tome V - chapitre VII Tremblement de terre -1678

[6] Caesar de Nostradamus : "L’histoire et chronique de Provence" auteur du texte - Lyon 1614 - p. 800 à 801 - Books Google

[7] Arnulphy François 1543 1572 Chronique d’un notaire du Broc (Alpes-Maritimes) Publication Galleani NO 146 oct. 1998 - Réf. 03E100/029 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[8] Gio Francesco Blancardi di Sospello - récit relatif au séisme de 1564 en haute Vésubie, trouvé dans la chronique La Citta di Nizza - Archives municipales de Nice

[9] Pierre Gioffredo - Histoire des Alpes-Maritimes - troisième partie de 1529 à 1652 - traduit de l’italien par Hervé Barelli, textes latins traduits par Marcelle Prève - p.252 à 254

[10] Vogt Jean - « Le complexe de la crise sismique nissarde de 1564 » Quaternaire, 3, (3-4) – 1992 – p. 125 – 127

[11] Grasso Dalmazzo - 1570 - Chronique. D. Promis Editeur - 1871 - Miscellanea di Storia Italiana, XII

[12] Journal de Nice du 23 mai 1866 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[13] Urbain Bosio "la Province des Alpes-Maritimes anciens comtés de Nice, de Vintimille et de Tende, baronnie de Beuil et principauté de Monaco" - Nice - 1902

[14] Jean Musso - Roquebillière Notes d’histoire - Serre Editeur année 2002

[15] Elisée Reclus - "les villes d’hivers de la Méditerranée et des Alpes Maritimes" - Editions Hachette Paris 1864

[16] Alphonse Gayraud : Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal de la Bollène Vésubie en date du 21 mars 1887 - Marie de la Bollène Vésubie


Commentaires

mercredi 31 juillet 2019 à 08h54
Vésubie : séisme nissart de 1564

Merci pour ce recueil de témoignages :)

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samedi 20 juillet 2019 à 00h46, par  karine
Vésubie : séisme nissart de 1564

Super intéressant récapitulatif et témoignages de l’époque avec malheureusement énormément de morts durant ce TBT dans les villages de la vallée de la vésubie en majorité !

Merci beaucoup !!!!!!

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