Vésubie : séisme nissart de 1564


Le séisme de 1564

Le 20 juillet, une heure avant le coucher de soleil un violent tremblement de terre affecte à nouveau la vallée de la Vésubie. Ce séisme appelé séisme nissart, a fait l’objet d’une étude minutieuse entreprise par B. Cadiot (B.R.G.M.). Malgré tout, la confusion des documents rend difficile la compréhension du phénomène, en voici les raisons : "Un marchand génois de passage à Nice un mois après le séisme, transmet à son correspondant de Nuremberg une lettre illustrée par une carte. Cette lettre écrite en italien a été dans un premier temps traduite en allemand puis reproduite. De nos jours, le texte original a disparu et c’est par hasard qu’une copie de la carte a été retrouvée en Autriche. En observant cette carte, les problèmes graphiques de la localisation et l’orthographe des villages affectés font supposer une réelle méconnaissance de l’arrière pays par l’auteur. Ainsi par recoupement B. Cadiot attribue à Repella le village de Rimplas, à Sandalingi celui de Saint-Dalmas de Valdeblore, à Roccia la Roche, à Morena avec beaucoup d’imagination la Bollène Vésubie ou peut-être Molière, Villaret plusieurs hameaux portent ce nom, quant à Rocca Marina ce dernier reste inconnu.

JPEG - 235.2 ko
Carte du séisme Nissart de 1564
(Collection Universitätsbibliothek Erlangen, Allemagne Broch. I,I)

LES EFFETS DANS LA RÉGION

Roquebillière fut particulièrement éprouvé, et compta près de 300 victimes. L’effondrement de l’église tua 22 personnes et en blessa 60. Le hameau de Gordolon fut détruit de fond en comble. A la Roche, presque totalement anéanti, 50 personnes trouvèrent la mort. Complètement ruiné, on dénombra 250 morts à la Bollène-Vésubie et 14 blessés. A Saint-Jacques de Valdeblore, qui n’existe plus de nos jours, connut une destruction générale, un peu plus haut, à Saint-Dalmas Valdeblore c’est une montagne qui s’est éboulée. A Belvédère une cinquantaine de victimes furent déplorées et autant de blessés. A Lantosque de nombreuses habitations s’écroulèrent, provoquant 3 morts. A Venanson l’église ne résista pas tuant ainsi 21 personnes.

JPEG - 18.1 ko
Village de Venanson
Il domine la vallée de la Vésubie.
(photo : André Laurenti)

A la Penne, le château et quatorze maisons s’effondrèrent. Par ailleurs les châteaux de Saorge, de la Brigue et de Vintimille furent partiellement détruits. A Clans, quatorze maisons s’écroulèrent, un grand nombre d’habitants ainsi que du bétail furent écrasés sous les décombres. A l’Escarène plusieurs sources font état d’une montagne qui se serait ouverte en deux, laissant sortir du feu. Sur les cours d’eau de la Vésubie et du Paillon, des barrages artificiels provoqués par des éboulements firent, après avoir cédé, de nombreuses victimes en aval. Sur le littoral, d’important mouvements de mer ont été rapportés à Antibes, à Monaco, à Nice ainsi qu’un affaissement du port de Villefranche-sur-Mer. L’historien Urbain Bosio indique qu’il n’y aurait pas eu de dommages sérieux dans la région du littoral [1].

JPEG - 38.5 ko
Villefranche-sur-Mer
Le quartier de "Malariba" au premier plan a subi des désordres lors du séismes de 1887.
(photo A. Laurenti)

Le séisme nissart, l’un des plus violents qui ait affecté l’actuel territoire de la France au cours du dernier millénaire, eut un grand retentissement en Europe et éveilla la curiosité des plus célèbres physiciens de l’époque. De nos jours, il suscite de nombreuses interrogations, notamment celles concernant la localisation du foyer. Les scientifiques émettent des avis différents, certains le situent vers l’Escarène, d’autres dans le Valdeblore.

JPEG - 75.3 ko
Carte macrosismique du "séisme nissart"

Une rétrospective des événements anciens est publiée dans le Journal de Nice en 1866. Dans cet article une large part est consacrée au séisme Nissart en voici de larges extraits : Nostradamus rapporte une lettre écrite au comte de Tende gouverneur de Provence : " Je cuide que vous avez entendu la désolation qui est en ces montagnes de Terre Neuve (Val d’Entraunes et comté de Beuil, des vals de la Tinée et de Lantosque, où sont péris jusqu’à dix ou douze que villes, que bourgs et morts de huit à neuf cents personnes aiant commencé telle mortalité et fléau de Dieu, le 20 juillet passé, si qu’une ville tombe aujourd’hui, une autre demain. Les montagnes se fendent par le milieu, les rochers se brisent et se dispersent avec un bruit de tonnerre épouvantable, de sorte que les pauvres gens ne peuvent être seurs ni avoir retraite aux champs ni aux villes [2]...
Encore même mercredi passé, beaucoup de maisons tombèrent. Les deux tiers des habitants de Nice couchent aux champs. Une grande partie du chemin de Vintimille est tombée par terre avec le couvent. Enfin tout est dans la désolation".
Jean André Salicis, prieur de Valdeblore, ajoute que l’oscillation dura un quart d’heure environ, le 5 août. Saint-Jacques de la vallée du Val de Blora, ensevelit sous ses ruines le seigneur Claude Guigo. Il y eu 50 personnes de tuées, à la Roche et à la Bollène [2].
Ludovic, de Lantosque, a laissé le récit de ces épouvantables catastrophes.
Le notaire Laurenti, de Belvédère, et Jean Lubonis, de Nice, racontent que l’année 1564 le 20 juillet, à une heure de la nuit, on entendit de violentes secousses qui se répétèrent plusieurs fois. Il n’y eut, cette nuit, aucun dommage à Nice ; mais dans la vallée de Lantosque, la Bollène croula presque en entier, la moitié des habitants furent tués et le reste blessés. Presque tout le village de Roquebillère et Belvédère furent renversés. On compta trois cent morts et 60 blessés à Roquebillère ; 50 morts à Belvédère et autant d’estropiés. Lantosque perdit 36 personnes.
Un autre chroniqueur du temps prétend que presque tous les habitants périrent à Lantosque, excepté les enfants. Les maisons qui sont encore debout menacent de s’écrouler.
A Venanson, l’église écrasa le curé, huit hommes et deux femmes qui s’y trouvaient. On y compta 36 morts et onze blessés.
Saorge et Briga furent détruits en partie. Une montagne se détacha à Peille.
Des quartiers de rochers, se détachant des montagnes, ont roulé dans la Vésubie, et fait refluer les eaux, si bien qu’au tremblement de terre s’ajouta, pour Roquebillère, l’inondation, qui acheva de perdre ce qu’avait épargné le fléau [2].
Cet article de presse précise aussi que Roquebillère a été reconstruit sur la rive gauche suite à cet événement. Il rajoute aussi que toutes les églises de la vallée de Lantosque portent le millésime du milieu du 17e siècle [2].
Lors d’un inventaire sur les églises médiévales des Alpes-Maritimes il a été constaté une lacune géographique. On peut supposer qu’il devait y avoir environ une église par commune. Dans toute la partie nord du département, les églises du fond des vallées du Var, de la Tinée et de la Roya Bévéra sont conservées, or ce n’est pas le cas pour la vallée de la Vésubie et sa région. Le séisme nissart de 1564 pourrait être l’explication.

Mes investigations sur cet événement apportent quelques éléments nouveaux sur ce séisme. Tout d’abord, à propos de la localité de Rocca Marina qui n’avait pas pu être identifiée, en me penchant sur l’histoire de la station thermale de Berthemont les Bains, on apprend que celle-ci située entre Roquebillière et Saint-Martin Vésubie, portait au moment du séisme le nom de Rocca Alpinaria. L’histoire indique qu’en 1564 le séisme détruisit totalement les bains. Ils furent reconstruits presque un siècle plus tard, en 1663 sur ordre de Christiane de France, sœur de Louis XIII et veuve de Victor Amédée premier Duc de Savoie. Les bains portèrent par la suite son nom. L’identification supposée de Rocca Marina pourrait permettre d’inscrire un nouveau site dans la zone de très forte intensité.

PNG - 385.8 ko
Berthemont les Bains
La station thermale de Berthemont les Bains avec son hôtel dans la partie supérieure et l’établissement thermal en dessous.
(Photos André Laurenti)

Autre élément nouveau, c’est la découverte d’un manuscrit des notaires de la commune du Broc aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes. Le notaire Maître François Arnulphy a été dans ces annotations personnelles, le chroniqueur d’événement locaux couvrant la période de 1500 à 1567.

LA COMPILATION DE FRANCOIS ARNULPHY 1500 -1567

Dans la sixième notice de cette chronique, l’auteur mentionne l’événement du 20 juillet 1564 en évoquant seulement et sans aucun autre détail, le nom de la Bollène.
- Le 20 de juillet post ave grand vent par tremblement de la terre et environ la demye nuyt autre tremblement de la terre que a mys par terre toutes les maysons de la Bollène et dez autres lieux en terre neuve et y sont mortz beaucoup de gens [3].

De la septième à la dix-huitième notice, Maître François Arnulphy évoque ce qui fut probablement les répliques du séisme nissart et mérite d’être rapporté intégralement d’autant plus que ces textes ont été écrits l’année même du séisme par l’auteur, ils attestent donc, une certaine fiabilité.

- A 26 de juillet a retourné davant jour ledit tremblement de la terre dont cest faicte la procession générale au présent lieu du Broc et dict grand messe a la annonciation de notre dame de la Foulx pour Dieu vulle avoir miséricordie du pauvre puble et cesser son ire et la métiier [3].

- Le luns dy dernier jour de juillet hure de vespres encores est retourné le tremblement de la terre [3].

- Le 5 d’aoust la nuyet encore est venu le tremblement de la terre. (samedi)
- Sabemedy 19 de aoust a esté le tremblement de la terre dont à Nyce et alz portalz a faict a chacune porte a scavoir de St. Aloy, la Payrolière de limppe et la Marine ung grand puys grandeur de ung vayseau de dix charges et d’une canne de profond [3].

- Le 27 d’Aoust de matin encores a esté tremblement de la terre [3]. (dimanche)

- Le Luns dy 4 de septembre une hure davant jour a esté tremblement de la terre [3].

- Le samedy 23 de septembre a hure de sohel de vespre encore tremblement de la terre avec vent [3].

- Luns dy 25 de septembre de grand matin encores grand tremblement de la terre [3].

- A 7 de novembre environ demye nuyet tremblement de la terre [3]. (mardi)

- Le 16 de …la nuyet environ une heure demye nuyet grand tremblement de la terre [3]. Pour ce dernier, le mois reste inconnu.

D’AUTRES ÉVÉNEMENTS ?

Par ailleurs deux autres événements qui ne figurent dans aucune compilations connues même dans les documents italiens, sont consignés dans le manuscrit. Le premier a eu lieu le 19 Mai 1549.

- Ledit an et le lunddy 19 de may a 9 hures a esté grand tremblement de la terre duquel est tombés en plusieurs lieux dez maysons et dez cheminées [3].

Ce séisme apparemment a été destructeur. Malheureusement Arnulphy ne mentionne aucune localité et il semble bien difficile de trouver d’autres informations.

Le second et dernier événement mentionné a eu lieu le 10 septembre 1566.
- 1566 et 10 de septembre de nuyet a fait grand tremblement de la terre et presque toute l’année [3]. On se trouve ici, en présence d’un séisme troublant qui ne s’est peut être pas produit dans les actuelles Alpes-Maritimes, en effet E. de Balincourt (1906) évoque un important tremblement de terre à Avignon le 5 Mai 1566.Si Arnulphy note le 10 Septembre, il précise néanmoins que le séisme a duré une partie de l’année.

CONCLUSION

Cette dernière découverte permet d’exclure définitivement le séisme de 1556 qui ne figure pas dans le manuscrit d’Arnulphy et qui était qualifié de douteux depuis longtemps par les historiens. Il s’agit probablement d’une confusion de date avec le séisme majeur de 1564. Toutefois elle confirme avec certitude, la date du 20 juillet 1564 comme étant l’événement majeur et apporte un éclaircissement sur les répliques, tout en supprimant le doute sur les différentes dates fournies par des historiens dans d’autres sources.


[1] Bosio Urbain - La Province des Alpes-Maritimes - Nice 1902

[2] Journal de Nice du 23 mai 1866 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[3] Arnulphy François 1543 1572 Chronique d’un notaire du Broc (Alpes-Maritimes) Publication Galleani NO 146 oct. 1998 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes


Commentaires

l'actualité Azurseisme

19 avril - Plusieurs chocs entre Bandol et Toulon

Plusieurs événements se sont produits en mer au large entre Bandol et Toulon. Du 17 au 19 avril, (...)

10 avril - Nouveau séisme dans le centre de l’Italie

Un séisme de magnitude 4.7 ML s’est produit le mardi 10 avril 2018 à 3h11 TU (5h11 heure locale), (...)

6 avril - Italie centrale : 85 000 séismes depuis août 2016

Selon l’Institut National de Géophysique et de Volcanologie (I.N.G.V.), le territoire situé au (...)