Effets du séisme sur la Bollène Vésubie


PRÉSENTATION

Le tremblement de terre du 23 février 1887 est l’un des plus puissants événements connus, survenu dans le Sud-Est au large d’Imperia en Ligurie (Italie). Il s’agit du séisme le plus récent pour lequel les archives disposent beaucoup d’informations. Il s’est traduit par des intensités notables dans une grande partie du département des Alpes-Maritimes d’une manière parfois ponctuelle et à des distances éloignées. Cependant il est malaisé d’interpréter les causes plus ou moins sévères sur les constructions qui appellent une discussion à la fois sur l’état du bâti mais aussi sur la nature du sol.
L’étude sur le village de la Bollène Vésubie apporte un éclairage nouveau sur les causes responsables d’importants dégâts immobiliers lors de ce séisme. Déjà affecté par les séismes plus anciens, notamment celui de 1564, ces investigations font apparaître un risque sismique élevé et invitent à prendre les mesures qui s’imposent.

LA BOLLENE VESUBIE
Pop. : 579 h (2016) - Superficie : 3 557 ha - Alt. : 700 m
Zone de sismicité 4 (sismicité moyenne) - Consulter Plan séisme
Commune membre de la Métropole Nice Côte d’Azur - Département des Alpes Maritimes

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Situation de la Bollène Vésubie
(Source : fond de carte Géoportail)

SITUATION GÉOGRAPHIQUE

Le village de la Bollène Vésubie est situé dans la vallée de la Vésubie, à quelques 55 km du littoral. Le village est perché sur un replat à 700 m d’altitude, surplombant en rive gauche, la vallée où coule la rivière Vésubie. Il est traversé par la RM 70 qui relie par le célèbre col de Turini (alt. 1 607 m), les vallées de la Vésubie et de la Bévéra à l’Est. Sur le plan touristique, La Bollène est une porte d’accès au Parc National du Mercantour, sans oublier bien sûr, la proximité avec la vallée des Merveilles.

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La Bollène Vésubie
Le village est perché sur un replat à 700 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

PRÉSENTATION DU VILLAGE

Le village se présente sur plan circulaire fermé centré sur l’église par des façades élevées et juxtaposées, les maisons forment une enceinte close. L’habitat est concentré, le plan d’ensemble est commandé par la nature du relief, par les nécessités d’accès et non pas par des soucis d’esthétique. On peut observer une opposition très nette entre cette ceinture bâtie et l’espace périphérique environnant qui reste libre de toute construction. Cette disposition particulière s’explique non seulement par son caractère défensif, mais aussi par la nécessité de préserver les terres de culture [1].

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La Bollène Vésubie
Les habitations forment une enceinte close, une disposition qui permet tout autour la préservation des terres de culture
(Photo : André Laurenti)

RESSOURCES ET MATÉRIAUX TRADITIONNELS

En dépit de quelques échanges avec l’extérieur, une grande partie de ce qui était nécessaire à la subsistance des habitants, devait être produite et conservée sur place. Par ailleurs, à l’est du village, la forêt de Turini domine la vallée de la Vésubie. Elle est boisée de pins sylvestres, de sapins, d’épicéas et de mélèzes. Elle a fait naître au XVIIe siècle un commerce de bois de marine. Les fûts étaient flottés dans les cours d’eau jusqu’à la côte. D’une manière générale, les matériaux employés par cette communauté étaient le plus souvent ceux que l’on trouvait sur place [1].

a) La pierre
Elle était extraite à proximité d village. Elle est abondante et de bonne qualité. C’est principalement le calcaire et, en plus petite quantité, le tuf calcaire qui étaient utilisés dans commune. La taille se faisait sur place par éclatement au coin de fer ou à la cheville de bois mouillé. Les blocs n’étaient pas équarris et la maçonnerie n’était pas appareillée, si ce n’est un peu aux angles [1].

b) Le mortier
Le mortier de chaux était le plus répandu. En aval, dans le val de Lantosque, on trouve du mortier de gypse (plâtre grossier de teinte ocre rouge). La fabrication était assurée par les utilisateurs. L’extraction se faisait par grattage au hasard des besoins et des ressources. Le calcaire était cuit dans des fours en forme de calotte et confectionné sur place. Les blocs calcinés étaient ensuite réduits en poudre par battage. La fabrication de la chaux comme du plâtre était un travail pénible auquel plusieurs personnes devaient coopérer [1].

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Détail de façade
Mortier de gypse qui donne cette teinte ocre orangé
(Photo : André Laurenti)

c) La tuile ronde
L’argile était moulée sur une forme en bois, lissée à la main et cuite dans des fours rustiques. Certaines mentions de patronymes retrouvées sur les tuiles et datées du XVIIIe siècle permettent de penser que les constructeurs procédaient eux-mêmes à la fabrication [1]. Après le tremblement de terre de 1887, de nombreuses toitures ont été refaites avec la tuile plate de Marseille.

d) Appareillage des murs
Les murs des habitations sont en pierres hourdées au mortier sans enduit. Les grosses pierres sont calées avec des moyennes et petites pierres. Ainsi, le mortier reste très peu apparent. Le constructeur devait économiser ce matériau, produit d’un dur travail. Il usait abondamment de petites pierres et de déchets (tuiles cassées par exemple [1].

e) Les galetas
Comme dans la plupart des villages du moyen et haut pays niçois, les greniers ouverts appelés "galetas" sont présents à la Bollène. Ils servaient à sécher le foin et les châtaignes. Ces combles ont tendance à être transformés en pièces habitables ou bien laissés à l’identique avec une condamnation des ouvertures afin de les protéger des intempéries.

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Façades typiques du village
A gauche fermeture des greniers (galétas)
A droite, présence de matériaux hétéroclites
(Photos : André Laurenti)

S’il y avait des spécialités artisanales, il paraît difficile de parler de véritables métiers du bâtiment. Il faut plutôt envisager la construction d’une maison comme de résultat d’un système d’entraide coopérative par échange de services.

SISMICITÉ HISTORIQUE

Au cours des siècles, la vallée de la Vésubie a été au cœur d’événements sismiques importants qui ont jalonné l’histoire du moyen et haut pays niçois, voici dans le tableau ci-dessous les principaux séismes destructeurs.

DateEffets connusIntensité max (MSK)Période retour
23 juin 1494 Dégâts immobiliers à la Bollène VIII 55 ans
13 mai 1549 Des maisons et cheminées tombées - lieux non connus VII à VIII 15 ans
20 juillet 1564 Séisme nissart : 250 morts et 14 blessés à la Bollène, village le plus touché VIII 146 ans
14 et 16 juin 1618 Dégâts à Duranus, Roccasparvière, Coaraze,Utelle et Lantosque VIII 54 ans
15 février 1644 Séisme dévastateur, des victimes à la Bollène et Roquebillière VIII 243 ans
23 février 1887 Effondrement de nombreuses maisons à la Bollène, 2 morts et des blessés - intensité VIII pour cette commune X 132 ans...

En supposant que les épicentres de ces séismes étaient plus ou moins proches de la Bollène, on peut donc comprendre leurs effets destructeurs sur cette commune.
Cependant, le tremblement de terre ligure de 1887, lui amène une interrogation. Pourquoi ce village situé à plus de 70 km de l’épicentre, a t-il subi des dégâts aussi importants ? Car, excepté le quartier de Cros d’Utelle très affecté également, la Bollène est le seul village de la vallée à avoir connu autant de destructions ayant entraîné mort d’hommes.

LES EFFETS DU SÉISME

La première secousse a été d’une intensité inouïe, dira-t-on. Trente-cinq à quarante maisons s’écroulèrent, d’autres se trouvèrent inhabitables ou plus ou moins lézardées. L’église et le clocher fortement endommagés, menacèrent ruine.
Dès que la nouvelle fut connue, les habitants de Lantosque arrivèrent en masse. Avec la douane de la localité ils travaillèrent activement pour retirer les victimes. D’autres gens arrivèrent de Belvédère, de Roquebillière et même de Saint-Martin Vésubie [2].

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La Bollène Vésubie
Télégramme envoyé par le Maire au Préfet, le jour même du tremblement de terre à 9h45
(Archives Départementales des Alpes-Maritimes)

LE TÉMOIGNAGE DU MAIRE DE ROQUEBILLIERE
Le docteur Mattéo, Maire de Roquebillière commente dans le moindre détail, sa visite du village de la Bollène. Son récit permet de se faire une idée sur l’ampleur des dégâts. On apprend aussi comment s’est organisée la population. En voici un extrait publié dans le registre des délibérations de la commune :
"Arrivés sur le plateau du Puey, nous assistons au premier campement de ces villageois qui ont trouvé un lieu sur et un abri. Mme Thaon Pauline a fait immédiatement mettre à la disposition des habitants, le rez de chaussée de ses maisons....
La coupole du clocher du village fortement endommagée ainsi que sa croix penchée, s’offrent d’abord à notre vue. Nous montons à la Bollène et nous entrons par une rue qui commence à la maison de Mme Thaon Peyrani et qui fait le tour complet du village. Près d’une chapelle dite de la Madonna des Nogairets et qui menace ruine, nous trouvons des paysans travaillant encore à rechercher des bestiaux ensevelis et des denrées perdues. Nous nous engageons à travers les rues qui n’existent plus. Une odeur de viande putréfiée vient frapper notre odorat. Le danger est trop grand pour que l’on puisse extraire des bêtes mortes sous ces nouvelles ruines. Le spectacle le plus désolant s’offre à nos yeux et nous marchons avec précaution. Des débris énormes de maisons écroulées, des maisons coupées en deux nous laissent voir deux ou trois étages ou des nombreuses personnes (...) se sont sauvées par miracle. C’est si étonnant qu’on n’oserait le croire. De la paille, des chevrons brisés, des débris de plâtre noircis, des vieilles cuisines, des paillasses, du foin, des draps de lit, des ustensiles de cuisine primitifs, des coins de feu en l’air et des toits suspendus sur nos têtes. Sous les décombres, vivent encore un certain nombre de bestiaux auxquels les paysans font passer de la nourriture par de larges fissures.
Nous arrivons à la place de l’Église qui a la position relevée d’un observatoire. La croix du frontispice est tombée entraînant dans sa chute divers matériaux. L’hémicycle n’a pas souffert. La grande nef est endommagée en divers endroits, mais plusieurs magnifiques peintures à la fresque faites par Lavigna, sous l’administration municipale du notaire et maire Thaon, sont demeurées presque intactes. Les murailles latérales sont beaucoup atteintes. Une partie du grand autel du milieu est complètement détruite. Des débris de chandeliers, des statues et statuettes et un grand tableau (...), gisent par terre au milieu de la poussière de pierres et de morceaux de plâtre provenant de chapiteaux écroulés.
Nous quittons l’église et nous descendons par une rue qui nous conduit sur le quartier épargné, c’est à dire à la place de la Mairie. Une clochette perchée sur une arcade de la Mairie, sert de clocher provisoire. On célèbre les offices religieux sous les portiques de la Mairie (...) Des malades et trois blessés occupent le rez de chaussée ou salle d’école, bref l’établissement est transformée en église, en hôpital, et en bureau de bienfaisance. C’est à la Mairie que sont centralisés tous les secours (...)
" [3].

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L’éclaireur du Littoral
Article de presse du 28 février 1887
(Source : Archives Départementales des Alpes Maritimes)

Les trois quarts de la population se trouve sans asile et sans provisions. Quelques habitants logent dans la partie du village demeurée intacte, d’autres dans les campagnes sous des tentes, ou dans des maisons rustiques, d’autres pèle mêle dans diverses écuries [3].

DELIBERATION DU CONSEIL MUNICIPAL

Dans le registre des délibérations de la commune en date du 21 mars 1887, M. Gayraud Conseiller Municipal et commis des postes, complète avec des informations intéressantes.
Tout d’abord, il commence par un détail qui peut avoir une grande importance. Il précise qu’au cours du mois de novembre 1886, le village avait été éprouvé par des pluies torrentielles.
En effet, de violents orages ont provoqué des crues et des dégâts importants sur les récoltes et aux équipements dans tout le département. A la Bollène le lundi 8 novembre 1886, un orage de grêle d’une rare violence a détruit une partie des récoltes d’olives, les terrains à ensemencer ont été ravinés, les chemins très endommagés furent coupés à plusieurs endroits. Les passerelles jetées sur le vallon de la Planchetta ont été emportées. De fortes pluies se sont poursuivies en décembre. Deux mois plus tard, la terre tremble !

Le séisme aurait selon Gayraud, sectionné le village en deux : une partie épargnée et une partie fortement endommagée... Le nombre des maisons écroulées est de trente cinq environ, celui des lézardées et fortement ébranlées de soixante quinze.
Après avoir fait un rappel historique des séismes sur quatre siècles, l’auteur conclut que presque tous les tremblements de terre survenus depuis le XVe siècle, ont été toujours fortement ressentis à la Bollène. Cette expérience de quatre siècles nous instruit et nous donne presque la ferme conviction que notre village est construit sur un terrain au courant volcanique. Pour éviter le retour de pareils désastres, il faudrait abandonner les lieux éprouvés et rebâtir dans un autre endroit plus propice et qui a été épargné par la catastrophe. Les maisons devront être en outre très basses. Un rez-de-chaussée et un premier étage suffiraient et les maisons résisteraient davantage [3].

RECHERCHE EN ARCHIVES

La découverte aux archives départementales d’une liste des propriétés affectées auxquelles étaient associées les numéros de parcelles et la description de la nature des dégâts, a permis de reporter ces informations sur le cadastre en vigueur de 1874 et mettre en lumière les effets du séisme sur le village. Le résultat obtenu est en parfait accord avec les déclarations de Gayraud qui distinguait deux parties, l’une fortement endommagée et l’autre moins touchée. Les indicateurs utilisés pour classifier les dommages étaient les suivants :
- Maisons écroulées
- Maisons menaçant ruine ou inhabitables
- Maisons ébranlées ou avec toit effondré
- Maisons endommagées avec pertes sensibles
- Maisons lézardées avec pertes insensibles [4] ;

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Commune de la Bollène Vésubie
Effets du séisme de 1887 - document réalisé à partir du cadastre de 1867.
(Plan établi par : André Laurenti)

Classification utilisée dans l’échelle EMS 98

Classe de vulnérabilité A
Sur un ensemble de 285 constructions environ, plus de 12% des constructions se sont écroulées (degré 4 à 5), et plus de 26% se sont lézardées et fortement ébranlées (degré 4). En fonction des proportions, on peut retenir de nombreux dégâts de degré 4 et quelques uns de degré 5, ce qui justifie une intensité de VIII [5].
Ce constat des dommages a probablement été amplifié par la nature du sol et par la vulnérabilité des constructions, les intensités des communes environnantes de la vallée n’ont rien connu d’équivalent par rapport à la Bollène Vésubie.

REBÂTIR LE QUARTIER SINISTRE AILLEURS

Les dimensions de la catastrophe et la mémoire du passé, ont poussé les habitants et les élus, à prendre conscience de la nécessité d’une réforme radicale.
En effet, peu après le tremblement de terre, une pétition fut adressée au Préfet par les membres du Conseil Municipal et les principaux sinistrés. Ils proposèrent d’acquérir un terrain situé à proximité du village, pour rebâtir le quartier qui avait le plus souffert. La raison de cette décision collégiale fut liée à la nature du sol. "Les maisons écroulées ne peuvent être rebâties sur le même emplacement, sauf à dépenser l’argent inutilement et exposer les propriétaires à de nouvelles pertes... Il est impossible de trouver en cet endroit des fondations solides... Elles sont situées sur un terrain mouvant et dans un quartier qui suite aux tremblements de terre du XVIe siècle, fut le plus éprouvé et où périrent de nombreuses personnes" [6].
Faisant suite à la pétition, le Comité Départemental de secours débloqua les fonds nécessaires pour acquérir un terrain situé au quartier Ferraïa, appartenant à Mme Thaon (parcelle n°776) [7]. Celui-ci fut fractionné en quinze parcelles cédées gratuitement aux sinistrés, qui devaient construire leur demeure dans un délai de deux ans sous peine de perdre tous les droits.
Malgré cette gratuité, les bénéficiaires ne disposèrent pas l’argent nécessaire pour construire une maison neuve. Bien sûr, des possibilités d’emprunts existaient, mais ils étaient accordés seulement pour des rénovations et en aucun cas pour financer des constructions neuves. Cet état de fait engagea les sinistrés à restaurer les maisons en ruine.

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Extrait Cadastral de 1874
Repérage du bâti endommagé dont la reconstruction sur le même emplacement n’était pas envisageable. Reconstitution d’après l’état dressé par le Maire et le Conseil Municipal le 23 août 1887.
(Plan réalisé par : André Laurenti)

LE BÂTI COMMUNAL

Contrairement au bâti privé pour lequel on ignore quelles ont été les techniques de réparation utilisées, le bâti public communal et religieux a fait l’objet de devis relativement bien détaillés.

a) L’église paroissiale

La description des travaux comporte la démolition et la reconstruction d’une partie des murs latéraux en maçonnerie ordinaire (mortier de plâtre et enduit à la chaux du Teil). Elle mentionne également la mise en place d’un double chaînage, dont un à la partie supérieure des murs et l’autre à la moitié de leur hauteur, avec des tirants en fer méplat de 2x6 cm placés dans les rainures de 8 cm établies dans les murs et scellés avec du mortier de ciment, assemblés à trait de Jupiter et bridés avec des ancres de 1 mètre de hauteur. Il a été prévu aussi des tirants en fer rond de 4 cm de diamètre munis aux extrémités d’ancres de 1 m, placés à travers les voûtes séparant la nef des bas-côtés à la hauteur des joints de rupture. Le remplissage des lézardes a été préconisé après dégarnissage des vieilles maçonneries sur toute leur épaisseur et sur une largeur minimum de 0,3 m [8].

b) La chapelle de la Sainte-Croix

Au sud de l’église paroissiale, se trouve la chapelle de la Sainte-Croix. Sur cet édifice, deux tirants en fer ont été prévus pour prévenir l’écartement des murs latéraux [8].

Dans l’ensemble, les prescriptions restent semblables à celles pour l’église. Il en va de même pour la maison d’école des filles.
Seulement, à part les clefs de tirants visibles sur les murs, la présence d’enduit sur toutes les façades ne permet pas de vérifier l’existence de cette technique de ceinturage.

TISSU URBAIN CLAIRSEMÉ

Si l’on compare le cadastre de 1874 à l’actuel, on s’aperçoit que de nombreuses constructions ont disparu à l’intérieur du village (voir plan). On a parfois profité des destructions liées au séisme pour élargir certaines rues, comme la rue Constant Cassini et la rue du Clape, ou encore pour aménager des terrasses privatives et des places publiques.
Plus tard, au début du XXe siècle, la disparition d’habitations s’est poursuivie. Les maisons figurant sur le plan, îlots 2-4-5 et une partie du 3, ont été démolies en 1935-1936 pour permettre le passage de la nouvelle route, la RM 70 qui ceinture le village.
L’autre partie de l’îlot 3 a été démolie en 1957, on y trouve actuellement une placette et un petit jardinet.

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Schéma de gauche : rue Constant Cassini, les destructions causées par le séisme ont permis d’élargir la rue tout en renforçant la nouvelles façade.
A droite : îlot 3, av. Capitaine Joseph Paoli, une partie de cet îlot a été démolie en 1935 pour le passage de la route, l’autre partie a été détruite en 1957, le tout a été remplacé par des éléments de contrefort.
(Schémas : André Laurenti)

L’îlot 6 a été démoli en 1959 et remplacé par une place. Selon les indications fournies par la Mairie,toutes ces habitations étaient à l’abandon et menaçaient ruine. L’îlot 7, où se trouvait le four communal, a été démoli dans les années 1946-1947 et remplacé aussi par une placette. Quant à l’îlot 1, il a été démoli en 1961, les maisons qui s’y trouvaient étaient également en ruine, cela a permis l’extension de la place De Gaulle devant la Mairie.
A l’occasion de ces différentes démolitions, des contreforts ont été édifiés pour soutenir les façades mitoyennes, principalement sur les îlots 3 et 6.

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Contreforts
Schéma de gauche : présence d’un contrefort d’angle rue de la Madone.
A droite : Place Arthur Thaon îlot 6, disparition des constructions endommagées par le séisme (P711-712-713), îlot démoli en 1959 et remplacé par un renforcement de murs consolidant à droite la chapelle et au centre une maison d’habitation.
(Schémas : André Laurenti)

Dans l’ensemble du village, les renforcements de façades et les tirants sont des éléments assez répandus. Les ouvertures bouchées et les arcs de décharge sont peu visibles en raison d’un grand nombre de façades enduites. Quant aux arcs de confortement, ils sont totalement inexistants. Par ailleurs, sur les dix passages voûtés existant en 1887, quatre seulement subsistent encore de nos jours.

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Extrait cadastral actuel
Repérage du bâti disparu depuis 1887.
(Plan réalisé par : André Laurenti)

Depuis 1887 des nouvelles constructions sont apparues, elles se situent pour la plupart en périphérie du centre ancien. Comme on peut le voir sur le plan ci-dessous, le terrain destiné aux sinistrés en bordure de la RM 170, est occupé par quelques nouvelles maisons.

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Extrait cadastral actuel
Plan des constructions nouvelles depuis 1887
(Plan réalisé par : André Laurenti)

LE SOUS-SOL, PRINCIPALE CAUSE DE DÉSORDRES

Il y a quelques années, un affaissement important survient place de Gaulle, juste en face l’hôtel de ville.
Selon la Mairie, ce genre de désordre existe depuis longtemps. En effet, de mémoire de bollénois, on raconte qu’une cavité se forme de temps en temps et il est même rapporté que, les gens jetaient là leurs détritus. Ces désordres qui affectent donc régulièrement ce secteur du village, sont réapparus vers 1980.
Une première phase de reconnaissance et d’investigations géologiques et géotechniques, a été réalisée par le Centre d’Études Techniques de l’Équipement (C.E.T.E.), en 1985 et 1987.
Une nouvelle phase a été reconduite en 1995 par la société ERG. Des sondages ont été réalisés au centre de la place du village qui subissait ces affaissements. Les résultats des observations ont permis d’avancer que les mouvements de sol proviendraient d’un phénomène de dissolution en profondeur de formations gypseuses. Cette dissolution aurait pour origine, la circulation anarchique d’eaux souterraines [9].

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Lézardes
A gauche : petit commerce en activité en 1994
A droite : cliché pris en décembre 1998 - importantes lézardes, bâtiment évacué
(Photos : André Laurenti)

Si ces circulations d’eaux naturelles sont le plus souvent très importantes, bien que variables en intensité et en répartition, il convient de souligner que le village est également marqué par la présence de très nombreuses canalisations souvent anciennes, construites tant pour l’alimentation en eau potable que pour les besoins d’irrigation de la commune. Les mouvements importants du sol ont vraisemblablement entraîner des désordres dans les canalisations. Ces dégradations sont probablement venues amplifier les volumes d’eau et conduit à une aggravation des désordres engendrées par le phénomène naturel.
Des maisons situées autour de la place en subirent les conséquences avec des fissurations importantes, des affaissements.

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Lézardes
Trois bâtiments ont été lézardés
(Photos : André Laurenti)

UN RISQUE SISMIQUE IMPORTANT
Les bâtiments construits avec des matériaux plutôt pauvres, montrent que cette communauté ne possédait pas de ressources suffisantes pour permettre de disposer d’une culture sismique, fruit d’une expérience personnelle ou héritée de ces ancêtres et cela malgré la récurrence d’événements sismiques à travers les siècles. Une volonté existait, mais ce fut comme on a pu le voir, une tentative avortée par manque de moyens.
Ces investigations permettent de mettre en avant un risque sismique important pour cette commune. Ce risque repose au niveau de l’aléa sismique, sur la possibilité de subir une secousse tellurique d’une magnitude supérieure à 5 dans le secteur de la Vésubie, ou d’une magnitude supérieure à 6 dans le secteur Ligure, comme nous l’enseigne le passé.
A cet aléa vient s’ajouter la vulnérabilité des constructions qui dépend, comme on a pu le voir :

- des constructions précaires avec des habitations reconstruites sur les mêmes emplacements, à partir de matériaux de récupération constituant parfois un amalgame extrêmement hétéroclite

- de l’instabilité du sol qui affecte presque tout le village et qui continue à déformer le bâti (perte de verticalité des façades, fissurations par tassement différentiel etc...)

- préparation et sensibilisation inexistantes des habitants.

- Commune ne disposant pas de PPR sismique

Avec un tissu urbain qui s’est clairsemé suite au séisme, mais surtout à cause de l’exode rurale et aux divers aménagements modernes, le risque sismique demeure donc important pour cette communauté, même si l’aléa reste modéré.
En conséquence, il est conseillé de prendre rapidement les mesures nécessaires pour réduire la vulnérabilité. Il est indispensable aussi que la population soit à l’avenir sensibilisée et préparée pour faire face à l’éventualité d’un séisme.

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SOURCES ET DOCUMENTS CONSULTES

- Plan parcellaire - année 1874 - Echelle 1/500 - feuille C4 - cote 25fi 020/1/C4 - Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

- Télégramme en date du 13 février 1887 - Réf. 1 M987 - Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

- Devis des travaux à exécuter à la maison d’école des filles en date du24 mars 1887 - Réf. E dépôt 13M1 - Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

- Etat des dommages causés par habitant, avec réf. cadastrales. réf. 1 M984 Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)


[1] La Vésubie - Construire dans le Haut Pays sans compromettre l’architecture traditionnel - Direction Départementale de l’Agriculture des Alpes-Maritimes - Juillet 1977

[2] L’Éclaireur du Littoral du 28 février 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes (ADAM)

[3] Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal de la Bollène Vésubie en date du 21 mars 1887 - Marie de la Bollène Vésubie

[4] Etat numérique des maisons écroulées ou menaçant ruine qui peuvent être reconstruites sur le même emplacement, en date du 23 août 1887, réf. 020 O150 Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

[5] Cahier du Centre Européen de Géodynamique et de Séismologie - Volume 19 - L’échelle Macrosismique Européenne - Luxembourg 2001

[6] Pétition du Conseil Municipal et des habitants, adressée au Préfet, concernant la reconstruction du village en date du 2 juin 1888 - réf. 020 O150 Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

[7] Plan parcellaire des terrains à acquérir par la commune pour la reconstruction du village, en date du 2 juin 1888, réf. 020 O150 Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

[8] Devis des travaux à exécuter à l’église paroissiale et à la chapelle de la Sainte-Croix en date du 24 mars 1887 - Réf. 020 O150 - Archives Départementales des Alpes Maritimes (ADAM)

[9] Rapport d’étude géologique concernant les affaissements des RD 70 et RD 170 et à la place De Gaulle à la Bollène Vésubie, en date du 31 janvier 1996. Sol-essais transmis par la Mairie de la Bollène Vésubie


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