Effets sur la vallée de la Roya


La vallée de la Roya

La vallée de la Roya est caractérisée par l’austérité du paysage avec des pentes abruptes, des gorges obscures et des terres escarpées. Ainsi la Roya est compartimentée par les gorges de Paganin, de Berghe, de Saorge en France et de Fanghetto en Italie.
On distingue deux types d’implantation de l’habitat : les villages de fond de vallée et de bassin et les villages de versant dominants et dominés. Saorge représente la seule commune importante implanté en amphithéâtre sur un versant ouest dominé. Les hameaux comme Berghe supérieur, Berghe inférieur et Granille sont situées sur un versant Est dominé, Piene Haute aligne ses maisons le long d’une crête surplombant la Roya et enfin Morignole est perché à flanc de versant. Tous, sont des hameaux dépendant d’un chef lieu de commune situé en fond de vallée.
En ce qui concerne les matériaux utilisés pour la construction, on remarque la tuile ronde limitée au village de Breil, qui faisaient autrefois l’objet d’une production locale, les charpentes étant constituées d’un chevronnage couvert de voliges. En amont dans la haute Roya, c’est la lauze qui est largement employée. Elles étaient extraites des carrières de Fontan (ardoise violine) et pour Tende et Saint-Dalmas. (ardoise verte). Les plaques, non équarries étaient posées sans ordre apparent contrairement aux toitures de la Tinée. De taille variable 40 cm de côté jusqu’à 1 m environ. Elles étaient clouées sur lattis ou voligeage.

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Village de Saorge
La lauze en ardoise violine est encore présente sur les toits du village
(Photo : André Laurenti)

Aux abords des hameaux sur des bâtisses isolées non habitables, on remarque encore la présence du chaume de seigle. Comme dans la Tinée les risques d’incendie entraînèrent sa disparition à l’intérieur des villages. En effet, l’histoire du village de Saorge rappelle que les toitures autrefois couvertes de chaume, furent équipées de lauzes après le terrible incendie de 1465 qui détruisit une partie du village.
Toutefois, on remarque une particularité architecturale spécifique à cette vallée qui se limite aux environs de Breil-sur-Roya, c’est l’utilisation de la voûte sur le principe dit du « Casun ». En effet la chape de mortier a été et demeure un matériau de couverture employé ici tant pour les bâtiments annexes (granges abris) que pour les locaux d’habitation.

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Les casuns de la Roya
Les casuns de Breil étaient utilisés comme granges ou abris
(Photo : André Laurenti)

Le hameau de Libre qui dépend de Breil-sur-Roya en est un bon exemple. La voûte se compose de mortier de chaux et de moellons appareillés sur un coffrage amovible en plein-cintre. L’extrados est garni d’un ballast, lui-même enrobé d’une chape de mortier fin à la chaux. Cette architecture « endémique » est peut être lié aux rares lieux d’extraction d’argile permettant la fabrication des tuiles et à l’éloignement des carrières de lauzes situées plutôt en amont de la vallée.

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Hameau de Libre
Les casuns utilisés comme habitation au hameau de Libre
(Photo : André Laurenti)

Contrairement aux vallées du Var, de la Tinée et de la Vésubie, le séchoir ouvert est un élément peu fréquent de l’architecture de la vallée de la Roya, seul Saorge en possède quelques uns, sinon aucun des autres villages ou hameaux n’en est pourvu.


SEISME LIGURE DU 23 FEVRIER 1887

A l’époque du tremblement de terre, la vallée de la Roya dans sa partie aval, était italienne du littoral jusqu’à un peu avant Breil-sur-Roya, englobant Piene Haute.
En amont, la frontière était située juste avant Saint-Dalmas de Tende, comprenant au nord Tende et la Brigue.
le village de Piene figure sur la page "vallées de la Nervia et de la Roya" car à l’époque du tremblement de terre Piena était italien. Plus au nord et pour faciliter la cartographie la Brigue et Tende figurent sur cette page.
Les informations sur la vallée de la Roya sont peu nombreuses. A priori les effets ont été atténués. La presse française donne seulement quelques détails sur les communes de Breil-sur-Roya, Fontan et Saorge. Le catalogue italien des forts tremblements de terre donne pour cette vallée, les intensités uniquement pour les communes de Tende et la Brigue [1].

Localité Altitude Nb hab.1887 Morts Blessés Intensité (MCS) INGV Intensité (MSK) Sisfrance Intensité (EMS98) A. Laurenti
Breil-sur-Roya 300 m 2576 0 0 ND VIII VI-VII
Fontan 450 m 1074 0 0 ND ND VI
Saorge 500 m 1514 0 0 ND VII-VIII VI-VII
La Brigue 812 m 4047 0 0 VI ND ND
Tende 815 m 1903 0 0 VI VII VI-VII

Légende du tableau :
NC : Non Connu - ND : Non Défini
Echelle d’intensité : MCS : Mercalli, Cancani et Sieberg – MSK : Medvedev, Sponheur et Karnik – EMS 98 : European Macroseismic Scale 1998


Détails sur les effets du séisme

BREIL-SUR-ROYA
Superficie : 8 131 ha - Alt. : 300 m
Latitude : 43° 56’ 17 Nord - Longitude : 7° 30’ 54 Est
Population : 2 576 habitants en 1877 – 2 158 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre Napoléonien
Section : EDEV La Ville, Feuille unique développement

Les effets :
La chapelle de la Miséricorde et l’église paroissiale furent crevassées. Le curé qui, au moment du séisme disait la messe, fit sortir au moment de l’offertoire, le public. Les maisons de MM. Ghirardi, Torelli, Bergondi et Bermondi, furent lézardées. Par ailleurs les habitations de campagne appartenant à MM Rey, Robiolis et Revelli situées aux quartiers de la Pinea, de Bourgemo et de Peuil sur la rive droite de la Roya ont beaucoup souffert [2].
Le Phare du Littoral écrira que plusieurs cheminées des maisons sont tombées, mais il a été plutôt constaté des dommages dans les campagnes. Les maisons isolées ont presque toutes été fendues. Par ailleurs, des rochers sont tombés des montagnes [3].

Remarque
Les hameaux de Libre et de Piene Haute et Piene Basse font partie de la commune de Breil-sur-Roya

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Commune de Breil-sur-Roya
Cette commune est situé en fond de vallée à 300 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)
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La chapelle de la Miséricorde
Située au cœur du village, elle a été lézardée de haut en bas par le séisme de 1887. De nos jours, les lézardes ont depuis peu, simplement été rebouchées.
(Photos : André Laurenti)

FONTAN

Superficie : 4 961 ha - Alt. : 450 m
Latitude : 44° 00’ 17 Nord - Longitude : 7° 33’ 15 Est
Population : 1 074 habitants en 1877 - 341 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre Napoléonien
Section : N3 Fontan

Les effets
Selon la presse, ce village n’a absolument rien souffert du séisme [4].

Remarque
Les hameaux de Berghe Supérieur et Berghe inférieur situés en rive droite, sont attachés à la commune de Fontan depuis 1870.

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Village de Fontan
Fontan est situé en fond de vallée à 450 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

SAORGE
Superficie : 8 678 ha - Alt. : 500 m
Latitude : 43° 59’ 18 Nord - Longitude : 7° 33’ 11 Est
Population : 1 514 habitants en 1877 - 459 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre Napoléonien
Section : D1 Saorge

Les effets

Les oscillations brusques et saccadées étaient dirigées du sud-est au nord-ouest. Aucun accident ne fut déploré. Cependant plusieurs maisons se lézardèrent et une pierre énorme roula à quelques pas du village jusqu’au chemin, emportant tout sur son passage [5].

M. Auguste Botton maire de Saorge a mentionné dans ses notes personnelles qu’il y a eu de gros dégâts au quartier Ciapagne. Le chemin passant le long de la maison d’école et la place a été crevassé en plusieurs endroits. La chapelle Saint Sébastien, l’église et la maison d’école furent aussi pleines de lézardes dans les murs et les plafonds.
La maison d’école des garçons a été surtout compromise. En dehors des nombreuses lézardes qui s’y sont produites, elles est encore exposée à être écrasée par un gros rocher qui menace de tomber d’un instant à l’autre [6].
L’état présentant par commune le nombre de maisons détruites, très endommagées et partiellement détruites, indique pour Saorge une maison détruite, 19 personnes auraient déclaré des pertes sans autre précision.

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Village de Saorge
Saorge est situé sur un versant dominé à 500 m d’altitude en rive gauche de la Roya
(Photo : André Laurenti)

TENDE

Superficie : 17 747 ha - Alt. : 815 m
Latitude : 44° 05’ 19 Nord - Longitude : 7° 35’ 39 Est
Population : 1 903 habitants en 1881 – 2 178 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre 1901
Section : XXIV section XXIV, section XXIV

Les effets
La Gazzetta Piemontese mentionne une grande agitation dans toutes les habitations. Presque toutes les maisons ont été fissurées, notamment la mairie, celle de M. Toesca et la caserne des carabiniers. Les trottoirs de quelques chemins ont été endommagés. Il est signalé également la chute d’un grand lampadaire et la turbidité de l’eau a été observée à la fontaine [7].
Arture Issel écrira dans son mémoire que les villages éloignés de la mer qui subirent des dommages dans une certaine mesure, furent Tende, Cuneo et Possano [8].

Remarque
Au traité de paix de Paris du 10 février 1947 ce territoire passe sous souveraineté française.
Les localités de Saint-Dalmas de Tende, Casterino, Granile et Vievola, dépendent de Tende.
Saint-Dalmas de Tende n’était pas encore un village, c’était un lieu peu peuplé de 25 habitants en 1881. Ce lieu s’est développé au début du XXe siècle pour loger les mineurs travaillant à l’exploitation d’une minière située à l’entrée de la Vallée des Merveilles restée en activité jusqu’en 1927. La population passera à 400 habitants en 1928.

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Village de Tende
Tende est situé sur un versant dominé à 815 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

LA BRIGUE

Superficie : 9 177 ha - Alt. : 800 m
Latitude : 44° 03’ 47 Nord - Longitude : 7° 37’ 01 Est
Population : habitants en 1877 - 700 habitants en 2017
Intercommunalité : Communauté d’agglomération de la Riviera française

Cadastre 1906
Section : XLII section XLII, section XLII Section : XXXIXDEV section XXXIX allega, section XXXIX allega Section : XDEV section X, allegato
Section X, allegato

Les effets
Les effets restent méconnus sur cette commune, l’I.N.G.V. a attribué une intensité de VI (échelle M.C.S.)

Remarque
La Brigue a été annexée à la France le 10 février 1947, le hameau de Morignole dépend de la commune de la Brigue

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Village de la Brigue
Il est situé en fond de vallée à 800 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

Source documentaire

- Levret Agnès Grunthal G : Cahier du Centre Européen de Géodynamique et de Séismologie – volume 19 – l’Echelle Macrosismique Européenne – année 2001


[1] Catalogo dei forti terremoti in italia dal 461 a. C. al 1980 – Istituto Nazionale di Geofisica – luglio 1995

[2] Le Petit Niçois : Extrait du journal du 26 février 1887 (Arch. Dép. Des A.M.)

[3] Le Phare du Littoral du 25 février 1887 - Archives Départementales des Alpes-Maritimes

[4] L’Eclaireur du Littoral : extrait du journal du 7 mars 1887 (Arch. Dép. Des A.M.)

[5] L’Eclaireur du Littoral : extrait du journal du 25 février 1887 (Arch. Dép. Des A.M.)

[6] L’Eclaireur du Littoral : extrait du journal du 9 mars 1887 (Arch. Dép. Des A.M.)

[7] Gazzetta Piemontese : extrait du journal du 26-27 février 1887

[8] Arturo Issel : "Il terremoto del 1887 in Liguria" - Roma 1888 - Bibliothèque Société Géologique de France


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