Météotsunami aux Baléares

vendredi 20 juillet

En cette période estivale, où beaucoup de personnes sont concentrées sur les plages, il est important de ne pas ignorer certains phénomènes de mer susceptibles d’occasionner des dégâts et même causer la mort.

Tsunami météorologique ou météotsunami
On connaît parfaitement les coups de mer provoqués par des vents tempétueux et les effets de houle. Il existe aussi en Méditerranée et dans bien d’autres endroits, un phénomène possédant presque les mêmes caractéristiques qu’un tsunami généré par un séisme. Il se forme à la suite d’une anomalie du niveau de la mer, provoquée par des manifestations atmosphériques de haute énergie, tels que des fronts d’orages, des tempêtes tropicales, générant des différences de pression atmosphérique. Dans ces conditions, les oscillations du niveau de la mer peuvent produire des vagues ayant les caractéristiques similaires aux tsunamis d’origines sismiques. Ce phénomène est appelé "météotsunami".

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Menton
Coup de mer au droit du Bastion à Menton en 1989.
(photos : André Laurenti)

Météotsunami survenu aux Baléares
Le 16 juillet 2018 au matin, un "météotsunami" a déferlé sur les côtes espagnoles de Majorque et Minorque sur l’archipel des Baléares, causant la mort d’une personne. En l’espace de quelques secondes, les rues de la ville de Ciutadella de Menorca (29 629 habitants), située sur la côte Ouest de Minorque, se sont retrouvées envahis par les eaux. Les plages, les commerces, les bâtiments ont été inondés. D’autres stations balnéaires, comme Alcudia au Nord-Est de Majorque, ont également été touchées tout comme Sant Tolm, Porto Petro et Porto Colom.
Mais, c’est sur l’île de Majorque que le drame est survenu dans la ville de Santavi. Selon les médias locaux, la tragédie aurait pu être encore plus grande, car la victime, sa compagne et ses deux enfants de huit ans se trouvaient dans les escaliers d’accès du logement à la mer, lorsque la vague a emporté le père et l’un des deux enfants qui a pu être sauvé.

Ce "météotsunami" qui a donné des vagues d’une oscillation maximale de 1,15 m à Porto Cristo, a été relevé par les marégraphes des îles Baléares et de la Méditerranée occidentale. Il a même été détecté en Corse et en Sardaigne.
Mauricio Gonzalez expert en la matière, explique que ce mouvement de mer connu sous le nom de "rissaga" en espagnol, est très fréquent en Méditerranée occidentale, à cause des oscillations des pressions atmosphériques d’origine africaine. Les changements brutaux de pressions à la surface de la mer génèrent des formations de vagues. Celles-ci ont une longueur équivalente à celle des baies naturelles d’accès aux villes comme Ciudadela, augmentant ainsi leur amplification.

Un phénomène récurrent
Au cours des dernières décennies des "météotsunamies" se sont déjà produits,aux Baléares, certains ont affecté les mêmes secteurs. Celui du 15 juin 2006 a été plus important encore et a affecté le port de Ciutadella sur Minorque. Le niveau du port a baisser d’environ 4 m (onde négative), ce qui a entraîné des courants rapides, faisant sombrer une trentaine de bateaux et endommageant une centaine d’autres.

Qui surveille ?
Aux Baléares, ce phénomène est surveillé par l’Agencia Estatal de Meteorologia (agence d’état espagnole de la météorologie) et dans le cas où les conditions sont favorables à ce type de manifestation, elle peut lancer un message d’alerte précoce. Ainsi, le jour précédent une alerte jaune avait été émise, elle était orange à partir de 7h30 le 16 juillet 2018.
Les "météotsunamis" peuvent ainsi produire des vagues ayant les caractéristiques similaires à celles provoquées par un tsunami généré par un tremblement de terre. En effet, ils sont capables d’inonder des étendues importantes de basses côtes et de produire de forts courants. Malgré tout, les tsunamis d’ordre sismique peuvent atteindre des hauteurs de vagues nettement plus élevées, si par exemple un séisme de magnitude supérieure à 7 survenait sur les côtes algériennes.
En 2017 le Centre d’Alerte Tsunami (CAT) de l’Istito Nazionale di Geoffisica e Vulcanologia (I.N.G.V.) a été accrédité pour le système d’alerte aux tsunamis du Nord-Est Atlantique et de la Méditerranée (NEAMTWS). Le CAT-INGV fonctionne 24 heures sur 24 et les messages émis sont diffuser aux services nationaux et dans les plus brefs délais aux populations potentiellement intéressées.
Toutefois, ce service n’est pas concerné par les "météotsunamis".

Qu’en est-il sur le littoral azuréen ?
Le littoral azuréen n’est certes pas épargné par un tsunami d’origine sismique, il ne faut pas oublier qu’en 1887 le violent séisme de Ligurie a provoqué un tsunami d’une amplitude de 2 m à Antibes. Le phénomène des Baléares montre que même des vagues d’ordre métrique, peuvent tuer. Il faut donc penser aux conséquences d’une pareille catastrophe pendant la saison estivale.
A terme, des systèmes d’alerte de la population, mais aussi sirènes et panneaux de prévention seront installés un jour... sur le littoral.

Sources : INGV et presse espagnole



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